Après avoir passé l'essentiel de sa vie sur les terrains de foot, l'expérimenté Bob Houghton a été contraint de mettre entre parenthèses son mandat de sélectionneur de l'Inde afin de subir une opération de la hanche. Dans sa résidence de Gordon's Bay, charmante station balnéaire du littoral est du Cap, en Afrique du Sud, il a pris le temps de réfléchir à son tout dernier défi, dans l'un des pays les plus peuplés de la planète. A la tête de la sélection indienne depuis neuf mois, l'Anglais est bien décidé à améliorer le niveau du football dans le sub-continent asiatique.
Houghton, qui a un temps dirigé la sélection chinoise, peut en tout cas se vanter d'avoir représenté plus de 2/5èmes de la population mondiale sur le plan footballistique. Très variée, sa carrière l'a également emmené en Afrique du Sud, en Suède, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Arabie saoudite, au Canada, en Grèce et en Suisse.
Houghton s'est affirmé dans le métier à 30 ans, en accédant à la finale de la Coupe d'Europe 1979 avec la modeste équipe suédoise du Malmö FF. Il y a deux ans, il a bien failli qualifier l'Ouzbékistan pour la Coupe du Monde de la FIFA 2006, le pays centrasiatique n'échouant qu'en barrages.
Son tout dernier défi a débuté le 20 juin 2006, lorsque la fédération indienne l'a nommé sélectionneur de son équipe nationale. En exclusivité pour FIFA.com, Houghton a évoqué les défis qui l'attendent pour hisser l'Inde à l'étage supérieur.
Vous avez quitté l'Inde quelque temps pour subir une opération chirurgicale. Comment cela s'est-il passé et quand comptez-vous revenir ?
Ça s'est bien passé et j'espère être de retour à la fin mars, quand la sélection olympique va recevoir la Thaïlande. J'espère revenir pour ce match, pas pour entraîner de façon active, mais au moins pour être présent. Colin Toal a assuré l'intérim et l'équipe s'est plutôt bien comportée. Nous espérons continuer à bien progresser dans ses qualifications.
Quel est le potentiel footballistique de l'Inde ? Après tout, il s'agit de l'un des pays les plus peuplés au monde...
Quand je suis allé en Chine en 1998, le football professionnel commençait à prendre son envol, que ce soit l'équipe nationale ou le championnat. Aujourd'hui, je pense qu'il y a beaucoup de parallèles avec l'Inde. L'Inde d'aujourd'hui, c'est la Chine il y a presque 10 ans. Tout d'un coup, le football suscite beaucoup d'intérêt et met en jeu beaucoup d'argent dans le pays. Des personnalités importantes veulent s'impliquer dans ce sport, notamment par le biais du sponsoring. Il existe déjà un partenariat dans l'optique de la Coupe du Monde de la FIFA 2014. Je pense donc que le football va véritablement décoller. Le championnat est encore jeune, mais il se porte très bien. Certaines équipes attirent beaucoup de monde, mais il y a encore du chemin à faire. Pour cela, il faudra être patient.
Qu'en est-il du niveau technique ?
Il y a de bons joueurs, mais le problème, c'est qu'ils sont très petits. Il va falloir agir comme je l'avais fait en Chine, en essayant de trouver de plus grands gabarits. Il y a des joueurs très talentueux en Inde, mais quand nous évoluons au niveau international, nous sommes tout simplement dépassés physiquement, surtout en Asie. Car ce n'est pas la confédération la plus facile quand vous voulez vous qualifier pour de grandes compétitions. L'Australie en fait partie maintenant, l'Arabie Saoudite et l'Iran sont de très grandes équipes, le Japon et la Corée du Sud sont bien meilleurs que les gens ne le pensent, et la Chine continue de progresser.
Au niveau de l'Inde, nous devons entreprendre des programmes de développement et tenter de trouver des joueurs plus puissants, plus athlétiques. Mais il y a déjà de très bons joueurs ici. Après tout, l'Inde est un pays de football. Elle possède la deuxième compétition de football la plus ancienne du monde derrière la FA Cup anglaise. Rares sont les gens à réaliser qu'il existe une grande tradition footballistique en Inde.
Et aujourd'hui, on commence à parler d'un championnat 100 % professionnel…
Le championnat fonctionne depuis deux ou trois ans et la plupart des équipes sont devenues professionnelles. Aujourd'hui, il y a beaucoup de sponsors ; il en existe un gros au niveau du championnat et l'on trouve quelques accords de partenariat dans les clubs. Tout cela me laisse penser que le football pourrait bien décoller. Il faut juste s'assurer que tout cela soit bien géré.
Ce nouveau contexte vous aide-t-il en tant que sélectionneur national ?
Absolument, cela vaut surtout pour le soutien de la fédération de football. Comme je vous l'ai dit, une société a l'intention de monter un projet pour nous accompagner jusqu'aux éliminatoires de la Coupe du Monde 2014. Cela nous aidera à construire un centre national, chose très importante. En ce moment, c'est l'effervescence dans le football indien.
Le football aura-t-il les moyens de faire concurrence au cricket en termes de popularité et de passion ?
Oui, dans certaines zones comme Calcutta, Goa et Kerala. Bien sûr, si l'équipe se qualifie pour la Coupe du Monde, nous aurons les moyens de rivaliser avec le cricket car le football est beaucoup plus important à l'échelle mondiale que ce sport. Le cricket et l'Inde, c'est une grande histoire d'amour, mais le football a déjà pris la place du hockey en termes de popularité. Mais nous n'avons pas nécessairement besoin de faire de la concurrence aux autres sports. Nous avons déjà vu par le passé qu'en cas de réussite au niveau international, la passion et l'argent sont au rendez-vous.
L'Inde à la Coupe du Monde de la FIFA 2014, c'est possible ?
Vous savez, c'est un objectif. Il n'y a que quatre places qualificatives en Asie et maintenant que l'Australie fait partie de l'AFC, ça va devenir encore plus dur. Le Japon, la Corée du Sud et l'Iran se qualifient tous de façon régulière. Quant à l'Arabie saoudite, elle a disputé les quatre dernières Coupes du Monde. La Chine sera là, ainsi que les pays arabes aux moyens financiers très importants. Et il ne faut pas oublier les pays d'Asie centrale comme l'Ouzbékistan, car ils sont largement au niveau de la confédération. Il est donc difficile d'envisager que l'Inde puisse se qualifier en 2014, mais nous aimerions être compétitifs. Si nous nous retrouvions aujourd'hui dans un groupe avec l'Arabie saoudite ou le Japon, nous n'aurions raisonnablement aucune chance. Mais si nous devenons plus compétitifs, si tous les programmes de développement suivent leur cours, alors nous aurons notre chance.
Vous avez connu un nombre impressionnant de destinations tout au long de votre carrière. Pourquoi avoir autant voyagé ?
Le problème pour nous, les entraîneurs anglais, c'est que l'Angleterre est plutôt un pays de managers. C'est le seul pays du monde où l'on trouve des hommes comme Alex Ferguson ou d'autres, qui sont vraiment des managers. Du coup, les entraîneurs n'ont pas un grand statut. Carlos Queiroz n'appréciera peut-être pas, mais tous les managers de grands clubs sont très connus, alors que les entraîneurs sont des anonymes. Si vous voulez vraiment pratiquer le métier d'entraîneur, il vous faut quitter l'Angleterre. Dans les autres pays, l'entraîneur est l'homme le plus important du club. Le directeur sportif ou le manager général sont là pour le soutenir. Les entraîneurs n'ont pas à se soucier du côté financier, des transferts et des contrats ; ils peuvent se consacrer exclusivement au terrain. L'Angleterre n'est pas le bon pays pour ça. Quand j'ai travaillé à Bristol City, où j'ai connu ma première expérience en tant que manager en Angleterre, j'avais l'impression que je n'aurais pas été moins malheureux dans une banque. Je passais tellement de temps sur les dossiers financiers !
Auriez-vous envie de revenir en Angleterre ?
Non. J'ai reçu quelques offres ces dernières années, mais je n'ai jamais été tenté.