Cinquante-quatrième minute de la finale retour du championnat du Mexique. Humberto Suazo prend possession du cuir sur la droite de la surface, il lève la tête et adresse un centre bien dosé au deuxième poteau de la cage de Cruz Azul. Aldo de Nigris s’élève derrière son défenseur. Son saut semble durer une éternité. La reprise de la tête est parfaite et termine au fond des filets d’un Jesús Corona impuissant. Un but superbe à la hauteur de l’événement.

De Nigris court vers le virage, ôte la tunique rayée de Monterrey et exhibe sur son maillot de corps une photo en noir et blanc, copie conforme de son visage. Dans le dos, on peut lire la légende "AdeN, 9-11", message destiné à celui qu’Aldo considère aujourd’hui comme "son ange", son frère défunt Antonio. Ce dernier aura été la source d’inspiration de l’attaquant rayado tout au long d’une liguilla, le mini-championnant final, qu’il a éclaboussée de son talent. L’hommage ne pouvait être plus beau.

Devoir de mémoire
Le 16 novembre 2009, Antonio de Nigris Guajardo a quitté ce monde à seulement 31 ans. Il évoluait alors au Larissa FC, dans le championnat grec. S’il est un endroit sur Terre qui a été profondément affecté par cette tragédie, c’est bien Monterrey. Non seulement parce qu’Antonio avait été l’une des grandes figures du club avec ses 37 buts en 65 matches, mais aussi car son frère Aldo continue d’évoluer à la pointe de l’attaque des Rayados.

Quelques jours plus tard, Aldo et Alfonso disent adieu à leur frère sur le terrain de l’Estadio Tecnológico. L’arène toute entière rend hommage à son héros disparu par une longue salve d’applaudissements. Ce jour-là, l’équipe dispute les quarts de finale de la liguilla. Elle s’impose 1:0, Aldo ne laissant à personne d'autre le soin d’inscrire l’unique but de la rencontre.

Au coup de sifflet final, entre deux sanglots, De Nigris laisse parler son cœur après une journée on ne peut plus riche en émotions. "Toño est mon ange. Je sais qu’il voulait que je marque aujourd’hui. Pendant la saison, il suivait tous les matches depuis la Grèce, il programmait son réveil et je sais qu’il était présent ici. Je vais non seulement lui dédier ce but, mais ma vie toute entière car il a été un exemple pour tous", promet-il.

L’équipe dans son ensemble a elle aussi rendu hommage à Antonio. Joueurs, dirigeants et supporters se sont promis de remporter le titre pour lui et de tout donner sur le terrain, jusqu’à la dernière goutte de sueur, pour honorer sa mémoire.

Irrésistibles
À partir de ce moment-là, rien n’arrêtera plus Monterrey. Grâce à l’intelligente stratégie mise en place par l’entraîneur Víctor Manuel Vucetich, les Rayados obtiennent le nul au match retour contre América au stade Azteca (1:1), se qualifiant ainsi pour le dernier carré. En demi-finale, Monterrey a pour adversaire Toluca, épouvantail qui a terminé à la première place de la saison régulière.

Mais La Pandilla (la bande) n’a plus peur de rien. Dans son imprenable Estadio Tecnológico, elle bat les Diablos Rojos 2:0 grâce à un Aldo de Nigris de gala qui signe un doublé. Encore une fois, celui-ci désigne son frère comme la plus grande source d’inspiration de l’équipe. Au retour, Monterrey réalise une partie pleine de maîtrise et obtient un nouveau nul (1:1) qui met fin au parcours de Toluca.

En finale, c’est un troisième ogre qui se présente : Cruz Azul. Le début de match est catastrophique. À la mi-temps, les Rayados sont menés 1:3 face à des Cementeros apparemment indestructibles. Encore une fois, l’équipe va puiser dans ses ressources au moment le plus important. Au cours d’une seconde période inoubliable, Monterrey renverse la vapeur et remporte une victoire 4:3 que même les plus optimistes de ses fans n’auraient osé espérer.

NousLa suite et le tournant du match retour, vous les connaissez : le centre de Suazo, l’envolée du numéro 11 et le ballon au fond des filets. Un but fêté comme jamais. Pour toute l’équipe, pour les supporters et bien entendu pour Antonio, source d’inspiration de Monterrey et de son frère Aldo. "Mon frère est mon ange et il sera toujours avec moi, toute ma vie. Antonio, mille mercis."