L'une des belles histoires de cette Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de la CAF 2010 est l'émergence d'une équipe du Ghana aussi jeune que tenace, qui a su gagner les cœurs en Angola, envoyant du même coup un signal fort dans le monde du football africain : les Black Satellites d'antan sont devenus des Black Stars à part entière.

Pourtant, le sélectionneur Milovan Rajevac a dû composer avec une infirmerie bien remplie, dans laquelle est venu prendre place Michael Essien. L'emblématique milieu de terrain n'aura fait qu'une brève apparition dans cette CAN. En guise de solution, le technicien serbe a choisi de faire confiance à plusieurs joueurs des Black Satellites vainqueurs, il y a trois mois au Caire, de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA. La jeune sélection ghanéenne aura fort à faire dimanche, contre une équipe d'Égypte à la fois entreprenante et efficace. Il n'en reste pas moins que les ouailles de Rajevac ont déjà dépassé toutes les attentes dans le rendez-vous footballistique suprême du Continent Mère.

En toute confiance
Si la présence de l'Égypte en finale de la CAN pour la troisième fois consécutive ne surprend pas grand monde, il n'en va pas de même de celle des jeunes Ghanéens qui, à la veille de la compétition, faisaient figure d'outsiders par rapport à des équipes comme le Cameroun ou la Côte d'Ivoire. Les Black Stars ont d'ailleurs débuté l'épreuve par une défaite 1:3 face à Didier Drogba et compagnie. Ils ont fait preuve d'un mental à toute épreuve pour remporter leurs trois matches suivants sur le même score (1:0).

Après la désillusion inaugurale face aux Éléphants, les Ghanéens étaient obligés de battre le Burkina Faso pour sortir du Groupe B. Mission accomplie, et poursuivie en quart de finale contre l'Angola, devant un public entièrement acquis à la cause de l'adversaire. En demi-finale, devant un voisin nigérian plus expérimenté, le Ghana a une nouvelle fois affiché une solidité défensive remarquable et une détermination de tous les instants. Quelle que soit l'issue de la finale, dimanche au stade du 11 novembre de Luanda, les joueurs de Rajevac pourront être fiers de leur campagne continentale en Angola.

De surcroît, on peut compter sur eux pour donner du fil à retordre à l'Égypte, tant leur football respire la confiance. Cette sérénité est manifeste chez le vétéran Asamoah Gyan, auteur de trois des quatre buts de son pays dans cette CAN, chez le coriace gardien Richard Kingson ainsi que chez la jeune relève symbolisée par André Ayew, Samuel Inkoom, Lee Addy, Emmanuel Agyemang Badu et Agyemang Opoku.

Ayew avait été l'un des grands protagonistes de la dernière Coupe du Monde U-20 de la FIFA. Auteur du but de la victoire face au Burkina Faso, le fils du légendaire Abedi Pelé résume parfaitement l'esprit de l'équipe : "Nous prenons beaucoup de plaisir à jouer. Je pense que nous avons réussi un excellent tournoi jusque-là. Les gars ont faim. On leur a donné une opportunité, ils l'ont saisie".

"Le Ghana peut être fier d'eux"
En l'absence des Essien, John Mensah, Laryea Kingston, Stephen Appiah et quelques autres, Rajevac a rafistolé sa défense à l'aide d'Inkoom, d'Addy et du jeune Issac Vorsah (21 ans), tous impressionnants de sang-froid après quelques ratés en début de compétition. Cette rapide arrivée à maturité récompense la confiance placée par Rajevac dans la jeune génération du football ghanéen. De fait, le stratège serbe pourra compter sur un groupe plus expérimenté l'été prochain, en Coupe du Monde de la FIFA.

"Ces garçons sont en train de réaliser quelque chose d'énorme, déclarait le sélectionneur après la victoire 1:0, en demi-finale contre le Nigeria. Ils ont dépassé toutes les attentes. Il ne faut pas oublier que cette équipe est encore jeune. La plupart des joueurs sont ici pour apprendre. Dans l'ensemble, ils ont progressé depuis le début du tournoi. Ils ont découvert et appris à gérer les exigences du haut niveau international. C'est une expérience inestimable."

À 31 ans, le gardien Richard Kingson est déjà l'un des vétérans de l'équipe. Il ne tarit pas d'éloges à l'égard de ses puînés : "Au début du tournoi, il y avait pas mal de nervosité dans l'équipe, ce qui est normal avec les jeunes. Mais ils se sont très bien adaptés. De temps en temps, leurs nerfs prennent le dessus, alors je les rappelle à l'ordre. Mais à cet âge, c'est normal. Quoi qu'il arrive, le Ghana pourra être fier d'eux".

Le Ghana le sera encore plus si en finale, ses Black Stars parviennent à vaincre une équipe d'Égypte dont les statistiques ont de quoi intimider. Les Pharaons restent sur une victoire 4:0 en demi-finale contre l'Algérie, et sur une série de 18 matches sans défaite dans l'épreuve reine du football africain. Dimanche, les Égyptiens essaieront de battre un record en décrochant une troisième couronne continentale consécutive, la septième de leur histoire.