À l'heure qu'il est, Hassan Shehata pourrait être sous les feux de la rampe en train de raconter l'histoire d'une réussite éblouissante, celle qui l'a vu conduire l'Égypte aux portes d'un troisième sacre successif en Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de la CAF. Au lieu de cela, le sélectionneur des Pharaons préfère esquiver les louanges et se concentrer sur la finale de dimanche contre le Ghana.
Modestie ou indifférence ? Difficile à dire, puisque Shehata ne s'est pas exprimé une seule fois en public depuis le début du tournoi en Angola. Gageons que quand vous êtes aux commandes de l'équipe la plus titrée du continent (six triomphes à ce jour dans l'épreuve suprême du football africain) et à la veille d'ajouter peut-être une septième couronne au patrimoine footballistique national, vous n'avez naturellement pas la tête aux relations publiques.
Ce mutisme fait de Shehata une figure quelque peu énigmatique, mais après tout, pourquoi en rajouter quand les statistiques parlent aussi fort en votre faveur ? En cas de victoire contre le Ghana, dimanche au stade du 11 novembre de Luanda, lui et ses hommes pourront se targuer d'avoir établi un nouveau record : remporter trois CAN consécutives. Ce n'est pas tout. Avec une série en cours de 18 matches sans défaite dans l'épreuve, les Pharaons ont déjà battu le record en la matière. Shehata, qui a pris les rênes de la sélection égyptienne pour l'édition 2006 du tournoi, en est quant à lui à son 17ème succès de rang. En effet, il n'était pas sélectionneur lorsque l'Égypte a gagné le premier match de cette époustouflante série, en phase de groupes de la CAN 2004.
L'intérim devenu permanent
Par ses résultats, Shehata ne fait que confirmer le bien-fondé d'une demande de plus en plus insistante chez les passionnés de football en Afrique, à savoir donner plus souvent leur chance aux techniciens du continent. En tant que joueur, Shehata a disputé trois demi-finales de la CAN (en 1974, 1978 et 1980). Honorable, mais aucunement comparable aux succès obtenus comme entraîneur.
À l'origine, Shehata avait été appelé au pied levé afin de remplacer l'Italien Marco Tardelli, engagé en octobre 2004 pour la campagne qualificative (et infructueuse) des Pharaons en vue de la Coupe du Monde de la FIFA 2006. Après Tardelli, les dirigeants égyptiens voulaient faire appel à un autre technicien ayant une renommée sur la scène internationale. D'autant plus que le pays des pyramides s'apprêtait à accueillir l'édition 2006 de la CAN. Mais rapidement, Shehata impose sa griffe. Au terme de ses huit premières rencontres au poste de sélectionneur, il totalise sept victoires. Qui dit mieux ? Personne. Shehata en est récompensé par un contrat à durée indéterminée.
Pour son premier grand tournoi, à domicile qui plus est, dans ses nouvelles fonctions, Shehata passe un test grandeur nature. En demi-finale contre le Sénégal, il décide de faire sortir la star de l'équipe, Ahmed "Mido" Hossam. L'ancien Marseillais s'énerve, les deux hommes s'invectivent copieusement, et beaucoup se demandent si l'autorité du patron n'a pas été sérieusement ébranlée. Mais Shehata ne change rien à ce qu'il avait prévu et fait entrer Amr Zaki qui, dans les minutes qui suivent, inscrit le but de la victoire. Mido paiera son comportement en étant invité à prendre place dans les tribunes pour la finale, et à s'excuser publiquement de ses frasques.
Depuis ce premier sacre sur la scène continentale, Shehata a assis son autorité et enchaîné les succès, même si l'épilogue de la campagne qualificative égyptienne pour la première Coupe du Monde de la FIFA organisée par l'Afrique reste un très mauvais souvenir. Shehata semblait pourtant disposer d'une génération dorée arrivée à pleine maturité. Un peu plus de deux mois se sont écoulés depuis cette défaite 1:0 - synonyme d'élimination - à Khartoum contre l'Algérie, mais la blessure est toujours vive chez les supporters des Pharaons. Pour la cicatriser, il faudra un remède puissant. Comme un troisième titre continental successif, dimanche à Luanda ?
Méthode et planification
L'attaquant Mohamed Zidan assure que derrière le visage dur de Shehata, se cache une personnalité plutôt joviale. Il est vrai que lorsque vous êtes à la barre d'un puissant navire, dont le moindre revirement est suivi attentivement par une population de presque 80 millions de personnes presque toutes passionnées de football, vous avez intérêt à être sûr de vos manœuvres. L'attaquant Amr Zaki, actuellement blessé, a bien résumé l'esprit du sélectionneur : "Shehata nous donne une mentalité de vainqueur. Maintenant, même quand nous jouons contre une équipe difficile à l'extérieur, nous avons suffisamment confiance pour presser et développer notre jeu".
En Angola, ce sentiment de confiance est précisément la principale impression qui se dégage du jeu égyptien. En guise d'entrée en matière, les hommes de Shehata n'ont fait qu'une bouchée du Nigeria (3:1). Ensuite, ils ont disposé méthodiquement du Mozambique, du Bénin, du Cameroun et finalement de l'Algérie, à qui ils ont passé quatre buts (4:0). Autant dire qu'à la veille d'affronter une équipe du Ghana amputée de ses meilleurs éléments, les Pharaons affichent une forme extraordinaire et font plus que jamais office de favoris pour cette finale.
Certes, Shehata doit lui aussi composer avec les blessés, en l'occurrence Zaki, Mohamed Aboutrika et Mohamed Shawky. Mais Zidan, Hosni Abd-Rabou, Ahmed Hassan, Essam Al Hadari et Emad Moteab, pour ne citer qu'eux, ont largement pallié ces absences. Ajoutez à cela le sens tactique très développé du sélectionneur, comme le prouve quasiment chacun de ses remplacements, et vous obtenez une formule redoutable. L'exemple le plus éclatant de la maestria de Shehata en la matière est l'utilisation de Mohamed "Gedo" Nagui, toujours remplaçant depuis le début du tournoi… et toujours buteur. Avec quatre réalisations, il est tout simplement le meilleur finisseur de cette CAN.
"Nous avons remporté tous nos matches grâce aux stratégies que nous avons mises en place à chaque fois", expliquait après la victoire contre les Fennecs le sélectionneur adjoint Shawky Gharib, qui assiste aux conférences de presse au nom de Shehata. Avant le début du tournoi, nous avons planifié des scénarios spécifiques pour chacun de nos adversaires."
En juin dernier à la Coupe des Confédérations de la FIFA en Afrique du Sud, la victoire de l'Égypte sur les champions du monde italiens avait été considérée comme une surprise de premier ordre. Demain, si Shehata et ses troupes ne parviennent pas à battre le Ghana, la surprise sera aussi grande, mais moins agréable du côté du Caire. Pour Gharib, les choses ne sont et ne seront pas si simples : "Le Ghana est l'une des meilleures équipes ici. Nous aurons besoin de toute notre concentration pour cette finale".
