"Notre mère nous a demandé de marquer chacun un but et que le match se termine sur un nul !" On doit la révélation à Halil Altintop, jumeau d'Hamit, la veille d'un crucial Schalke 04 - Bayern Munich, en 1997. Mais on a beau être une famille en or (Altintop en turc signifie d'ailleurs "Ballon d'or" !), le football a parfois du mal à faire rimer rivalité avec fraternité. Encore plus lorsqu'il s'agit de gémellité. FIFA.com s'est intéressé aux jumeaux du football, ces doubles qui sèment le trouble.
Semer le trouble, un couple de jumeaux néerlandais en faisait sa spécialité : les frères Van de Kerkhof. Interchangeables dans le dispositif néerlandais, à la fois attaquants et milieux de terrain, les deux frangins peuvent se targuer d'avoir été les seuls à marquer en Coupe du Monde de la FIFA. C'était à Argentine 1978. Mais dans la famille oranje, ils ne sont pas les seuls jumeaux à avoir laissé leurs empreintes dans l'histoire du football.
Car les frères De Boer sont passés par là. En effet, Frank et Ronald sont peut-être les jumeaux les plus titrés du monde, les seuls en tous cas à avoir remporté ensemble une Ligue des champions de l'UEFA, en 1995 avec l'Ajax. Quand Ronald ne parvient pas à tromper Claudio Taffarel et offre ainsi au Brésil son billet pour la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1998, Franck est le seul Néerlandais à lui en faire le reproche. Parce qu'en tant que jumeau, il en a finalement le droit.
Une autre histoire de penalty a ébranlé une fratries. Dans les années 80, les ex-Yougoslaves Vujovic faisaient les beaux jours de Bordeaux. En 1987, une demi-finale de Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe met aux prises les Girondins au Lokomotiv Leipzig. La place en finale se joue aux tirs au but. Au sixième essai, Zlatko ne se sent pas le courage de tenter sa chance et envoie donc son frère Zoran jouer les Zorro. Mais ce dernier échouera sur le gardien allemand. L'histoire ne dit pas s'il y a eu des reproches.
Jamais sans son double
Il y a en revanche une pointe d'agacement, teintée de tendresse dans la voix d'Alexei Berezutsky, lorsqu'il évoque l'une des rares fois où, dissocié de sa moitié, Vasili, ils se sont rencontrés en championnat : "Je jouais alors latéral gauche, et Vasili ailier droit. Il me marquait sur les corners, et faisait systématiquement faute sur moi". Reste que les tours jumelles du CSKA Moscou se sont ensuite retrouvées pour ne plus se quitter. Comme la majorité de ces drôles de duos d'ailleurs.
En témoignent Hossam et Ibrahim Hassan. Tous deux ont suivi le même parcours : d'Al-Ahly à Neuchâtel Xamax, en passant par le PAOK Salonique mais surtout le Zamalek, grand rival du club de leurs débuts. Mais c'est sous le maillot des Pharaons que les Hassan ont marqué l'histoire. Les compères sont tout simplement centenaires avec l'équipe nationale égyptienne, avec un total de 169 matches en sélection pour Hossam, et de 125 pour Ibrahim !
Les Italiens Emmanuele et Antonio Filippini ont eux aussi toujours cherché à porter les mêmes couleurs. C'est ainsi qu'ils ont sillonné ensemble Ospitaletto de 1992 à 1995, puis Brescia jusqu'en 2002, Palerme en 2004, et enfin Livourne jusqu'en 2009. Les frères espagnols Sergio et Francis Suárez semblent prendre le même chemin : après avoir été prêtés tous deux à Castillo lors de la saison 2005/06, ils ont retrouvé leur club formateur de Las Palmas. A en croire les médias espagnols, leur avenir pourrait bientôt être catalan, puisqu'ils semblent être dans le collimateur du grand Barça.
À moins qu'ils ne prennent exemple sur les frères Degen, séparés de quelques centaines de kilomètres. Après avoir goûté aux mêmes championnats (Super League suisse et Bundesliga allemande), David a choisi les Young Boys de Berne, pendant que Philipp tente de grappiller du temps de jeu à Liverpool.
A s'y méprendre
Un autre géant anglais a choisi de prendre le lot de deux. Manchester United a en effet misé sur une paire prometteuse, il y a un peu plus de deux ans, scellant donc son destin à celui de deux flèches brésiliennes, Fabio et Rafael Da Silva. Leur gémellité a récemment jeté le trouble sur l'homme en noir. Lors du match Barnsley - Manchester United (0:2), au mois d'octobre dernier, l'arbitre a tout simplement confondu les deux frères lors de l'attribution d'un carton jaune. Personne ne lui jettera la pierre, tant la ressemblance est frappante...
Plutôt rare et matière à confusion, la sélection allemande de la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA, Chili 2008 comptait, elle, deux paires de jumelles originaires de Berlin ! Autant dire que la sélectionneuse Maren Meinert redoublait de concentration pour leur délivrer ses consignes. Nicole et Sylvie Banecki, Monique et Isabel Kerschowski ont décroché une jolie troisième place dans cette compétition.
L'Allemagne des jumeaux Lars et Sven Bender a en revanche été moins en réussite lors de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Égypte 2009, éliminée en quart de finale par le Brésil. Les Gambiens Sanna et Sainy Niassi, eux, n'avaient guère brillé deux ans auparavant à Canada 2007, battus en huitième de finale par l'Autriche, mais sévissent aujourd'hui sur les pelouses de MLS, aux États-Unis.
"Nous sommes des frères typiques : on s'amuse bien, on adore le football, et on se chamaille... mais c'est rare !" confiait Rafael Da Silva au micro de FIFA.com lors de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Corée 2007. Il faut croire en tous cas que c'est le credo de tous ces jumeaux !
