Michel Platini, élu il y a presque 100 jours à la tête de l'UEFA, estime dans un entretien à l'AFP avoir "ouvert aux familles du football" cette institution auparavant "repliée sur elle-même."

L'ancien numéro 10 des Bleus a gardé sa liberté de ton, martelant ainsi que l'UEFA doit avant tout développer les "transferts de connaissance", plutôt que de se transformer en "entreprise de travaux publics" édifiant "systématiquement des tribunes, des stades, des maisons du football..."

Une fois élu, vous avez imposé votre style, étant notamment plus présent au siège que votre prédécesseur...
"Je pense qu'au début ça inquiétait pas mal de gens à l'UEFA, mais ils ont vite vu que j'étais surtout là pour enclencher la vitesse supérieure, pas pour les surveiller."

Le congrès extraordinaire du 28 mai va changer certains statuts. Pour un rôle du président plus étendu?
"Dans les écrits, oui (afin de donner l'impulsion, ndlr). Avant, le président, c'était plutôt un rôle représentatif."

Quel premier bilan faites-vous?
"L'UEFA était une maison qui était repliée sur elle-même. Elle avait peur de la FIFA, des clubs, des ligues, des joueurs. Moi, j'ai ouvert l'UEFA aux familles du football, je leur ai dit +venez, on va discuter+."

Comment vivez-vous cette présidence?
"C'est une fierté et un bonheur tous les jours. Parfois, il y a des coups à recevoir, mais je suis heureux de les prendre (sourires)."

Des coups qui ne viennent pas de la FIFA. Vous être proche de son président Sepp Blatter...
"On s'entend très bien. Et il est maintenant surpris de ne plus recevoir des lettres +d'engueulade+ de l'UEFA comme avant!"

Quels sont vos principaux chantiers?
"La grande aventure, c'est une charte européenne, véritable convention collective entre toutes les familles du football, pour que les joueurs, clubs et ligues ne se rencontrent pas devant les tribunaux. Cette charte devra être présentée devant la Commission européenne de Bruxelles pour qu'elle ne puisse pas être remise en cause."

A ce propos, le tribunal administratif de Paris a jugé inconstitutionnel l'article de la FFF désignant les clubs comme responsables en cas d'incidents de supporteurs...
"C'est mon fils (Laurent Platini, un des conseils du Paris SG, club plaignant contre la FFF) qui a défendu cette requête... Vous voulez me mettre dans l'embarras (sourires)... La position est difficile en tant que président de l'UEFA, car le TAS nous a donné raison (dans les incidents lors de Nancy-Feyenoord Rotterdam, sanctionnant le club hollandais). Mais, je suis sceptique sur la responsabilité des clubs par rapport à leurs supporteurs. Quand quelqu'un lance un fumigène, ce n'est jamais le club qui incite à ça. Je comprends parfaitement qu'il y ait des clubs qui se rebellent contre ça."

Depuis la mort d'un policier à Catane, la violence autour du football a pris une nouvelle dimension...
"Moi, je voudrais que le sport européen -en accord avec la FIFA, le CIO et les autres sports collectifs- ait un organe de contrôle (une police du sport) qui touche à la violence, mais aussi aux dangers de la corruption, du dopage, avec d'autres volets comparables à la lutte contre la cybercriminalité. Mais il faut monter un dispositif avec 53 pays (l'UEFA regroupe 53 pays) et pas seulement 27 (comme l'Union européenne). Nous espérons organiser une conférence européenne (sans doute à Bruxelles, ndlr) sur ce sujet à l'automne."

Ne pourrait-on pas imaginer, sous l'égide de l'UEFA, des stages organisés par la police anglaise, experte en lutte anti-hooligans?
"Dès qu"on parle de ça, il y a un fond de chauvinisme et on me regarde en disant +ce n'est pas à lui de décider, nous, on est aussi bons que les autres+, etc..."

Réduire la présence de certains pays en C1 ne va pas être facile alors que l'Angleterre avait trois clubs en demi-finales...
"Cela ne change rien. Si on parle du quatrième d'un championnat retenu ou pas en C1 en 2009, ce débat n'intéresse que le quatrième en question, parce que les trois premiers s'en moquent. Qu'il y ait en C1 le quatrième d'un grand pays, alors que le premier d'un autre bon pays n'y est pas, ce n'est pas normal. Il faut rééquilibrer."

Où en êtes-vous dans le principe de solidarité entre grandes et petites fédérations?
"Une nouvelle commission de développement technique va naître le 1er juin. On va essayer de diviser l'argent en deux, entre les constructions et le développement. Parce qu'on n'est pas une entreprise de travaux publics! On n'a pas besoin de créer systématiquement des tribunes, des stades, des maisons du football... Les transferts de connaissance -comme des entraîneurs d'équipes féminines de Bosnie qui viendraient passer quinze jours en France ou en Allemagne pour apprendre- sont plus utiles. Les grands pays ne paieraient pas là-dessus, l'UEFA organiserait tout."

L'Euro-2012 confié au duo Pologne-Ukraine a fait couler de l'encre...
"J'étais surpris de la décision finale. Je ne dis pas si c'était agréablement ou désagréablement."

Y aura-t-il une solution de repli en cas d'instabilité politique en Ukraine?
"Non, on ne peut pas donner une compétition et dire un mois après +il y a une solution de repli+. On va assumer. Si il y a des problèmes en cours de route, on verra comment les régler."