Contrairement à ce que son air sérieux pourrait laisser croire, le Néerlandais Klaas Jan Huntelaar s'est taillé une réputation de joyeux drille à Schalke 04. L'attaquant international a profité d'un entretien exclusif accordé à FIFA.com pour faire honneur à sa réputation, sans pour autant négliger les questions plus sérieuses.
C'est donc dans une ambiance détendue que celui que ses coéquipiers surnomment Hunter a évoqué ses relations avec son père, ses petits secrets de buteur et ses objectifs à court terme avec le club de Gelsenkirchen et la sélection oranje.
Klaas-Jan Huntelaar, vos éducateurs au VV Hummelo & Keppel racontent que vous travailliez sans relâche votre frappe de balle. À l'époque, imaginiez-vous devenir un jour professionnel ?
Je n'en ai jamais douté. Depuis tout petit, c'est la seule chose qui m'intéresse. Dès le début, je me suis donné les moyens de réussir et je n'ai jamais dévié de la route que je m'étais tracée. Grâce au soutien de ma famille et de mes amis, j'ai fini par réaliser mon rêve. Enfant, je voulais absolument jouer pour l'Ajax. C'était ma grande ambition. Par une curieuse ironie du sort, j'ai fait mes débuts professionnels au PSV, le grand rival (rires). Je suis néanmoins toujours resté fidèle à mes idées. J'ai pris des chemins de traverse mais j'ai fini par rejoindre l'Ajax. J'ai su saisir ma chance quand celle-ci s'est présentée.
Vos passages au Real Madrid et à l'AC Milan n'ont pas été très concluants. Si c'était à refaire, recommenceriez-vous ?
Avec le recul on voit les choses différemment mais personne ne sait ce qui se serait passé si j'avais fait d'autres choix. Le Real Madrid est un club qui ne se refuse pas. J'aimais beaucoup le football offensif qui était pratiqué là-bas. C'est un très bon souvenir. Le football italien est très différent mais il a aussi ses bons côtés. Comme on dit, toutes les roses ont des épines…
Quand vous avez rejoint Schalke 04 en 2010, votre transfert pouvait apparaître comme un pas en arrière dans votre carrière. Aujourd'hui, êtes-vous convaincu d'avoir fait le bon choix ?
Je ne suis pas d'accord. Ce transfert n'a jamais représenté un pas en arrière. Schalke 04 joue depuis longtemps les premiers rôles en Allemagne. Après mon expérience à l'AC Milan, c'était vraiment la destination idéale. Il était très important pour moi de pouvoir à nouveau évoluer à mon poste de prédilection.
La proximité de Drempt, votre ville natale, a-t-elle joué un rôle dans votre retour au premier plan, par rapport à l'agitation de Madrid et de Milan ?
Le strass et les paillettes de Milan ou de Madrid ne m'ont jamais dérangé. Ma femme et moi, nous avons vraiment apprécié notre séjour à Madrid. Notre premier enfant est né en Espagne. Aujourd'hui, nous sommes retournés vivre aux Pays-Bas et il est vrai que je peux davantage me concentrer sur le football.
Vous êtes père de deux enfants mais vous entretenez également une relation privilégiée avec votre propre père. Est-il exact qu'il assiste toujours à vos entraînements ?
C'est vrai. Mon père vient me voir deux à trois fois par semaine. Ça me rappelle ma jeunesse ! Nous en profitons pour discuter de mes performances et du football en général. Je lui dois beaucoup. D'une manière générale, ma famille compte énormément dans mon équilibre professionnel. À Schalke 04, je bénéficie de conditions optimales, du fait de la proximité avec les Pays-Bas.
Vos coéquipiers vous décrivent volontiers comme un farceur, prêt à tout pour faire rire les autres. Comment vous voyez-vous ?
En effet, je suis plutôt quelqu'un de joyeux. Pour moi, il est très important de pouvoir faire abstraction de la pression pour profiter pleinement du football. C'est dans ces conditions que je suis le plus à l'aise.
Au classement, vous êtes à la lutte avec le Bayern Munich, le Borussia Dortmund et le Borussia Mönchengladbach. Que peut espérer Schalke 04 cette saison ?
Nous voulons nous maintenir dans le groupe de tête le plus longtemps possible. La décision se fera certainement dans les quatre dernières journées. D'ici là, nous voulons rester au contact du Borussia Dortmund et du Bayern.
Vos statistiques personnelles sont impressionnantes : 27 buts en 29 matches. Quel bilan dressez-vous de cette saison, sur le plan personnel ?
J'essaye toujours de marquer davantage. Sur le terrain, je donne le maximum pour exploiter chaque occasion. Mais l'essentiel, c'est que l'équipe gagne. Que je contribue à la victoire en marquant ou en offrant une passe décisive, peu importe. Si nous tirons tous dans le même sens, la réussite individuelle viendra naturellement.
Votre coéquipier Lewis Holtby déclarait récemment que vous marqueriez les yeux fermés. Quel est le secret de votre efficacité ?
Les taupes aussi arrivent à retrouver leur chemin dans le noir (rires). J'essaye d'analyser chaque situation qui se présente et d'en trier le meilleur parti. Si je vois une faille dans la défense adverse, j'adopte une approche plus directe. J'adapte mes choix en fonction des circonstances, de façon à être le plus performant possible.
En 2010, les Pays-Bas ont atteint la finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™. Ce parcours exceptionnel suscite-t-il chez vous de la fierté ou de la frustration ?
Les deux, sans aucun doute. Personne ne nous attendait à ce niveau et la victoire contre le Brésil restera un moment exceptionnel. D'un autre côté, ce n'est jamais agréable d'échouer en finale. À titre personnel, j'aurais aimé tenir un rôle plus important. Malheureusement, cela n'a pas été le cas, ce qui explique en partie ma déception.
Depuis, vous vous êtes imposé comme le meilleur buteur des qualifications pour l'UEFA EURO 2012. Quel est votre statut en sélection ?
Ces derniers temps, le sélectionneur a souvent fait appel à moi. Les qualifications se sont très bien passées. J'en ai profité pour établir un nouveau record et j'en suis très content. Maintenant, il faut continuer sur cette voie. Le dernier match amical contre l'Allemagne ne s'est pas très bien passé mais notre préparation pour l'Euro ne fait que commencer.
Vous retrouverez l'Allemagne sur votre route en phase finale. Ce match revêt-il encore plus d'importance pour vous qui évoluez en Bundesliga ?
Ce sera une occasion très spéciale pour moi car je connais très bien les internationaux allemands qui jouent en Bundesliga. Personnellement, j'attends ce match avec impatience. C'est toujours intéressant de se mesurer à l'Allemagne. Bien entendu, nous avons déjà commencé à nous chambrer à l'entraînement avec mes coéquipiers de Schalke 04...
Vous affronterez également le Danemark, que vous aviez déjà battu en Afrique du Sud. Quel souvenir en gardez-vous ?
Les Danois nous ont posé de gros problèmes en 2010. La décision s'est faite sur un but contre son camp. Nous aurons face à nous une équipe solide, qui dispose de fortes individualités comme Christian Eriksen, Simon Kjaer ou encore Nicklas Bendtner. Tous ces joueurs évoluent à un très haut niveau et ils ont déjà prouvé de quoi ils étaient capables pendant les qualifications. N'oublions pas qu'ils ont devancé le Portugal.
Votre dernier adversaire sera justement le Portugal de Cristiano Ronaldo et Pepe, vos anciens partenaires madrilènes...
Pepe et Ronaldo sont très forts. Ils ont un mental de vainqueurs. On le voit régulièrement au Real. En outre, le Portugal est une équipe qui ne nous réussit pas trop. Les Portugais nous ont battus à l'Euro 2004 et à la Coupe du Monde 2006. Ce sera l'occasion de prendre notre revanche.
L'Espagne, les Pays-Bas et l'Allemagne sont les grands favoris du tournoi. Qui peut remporter le titre, selon vous ?
Les Espagnols ont un temps d'avance, à mes yeux. Ils ont gagné les deux derniers tournois auxquels ils ont participé et ils possèdent le meilleur milieu de terrain du monde. L'Espagne est incontestablement le candidat numéro un au titre européen et l'équipe à battre.
Quelles autres équipes vous semblent capables de créer la surprise ?
Je pense que la Pologne a les moyens d'aller loin, même si je ne la crois pas capable de remporter le titre. Son statut de pays hôte devrait lui donner un léger avantage par rapport à ses concurrents. L'Italie a continué à progresser, tout en renouvelant son effectif. Il ne faudra pas la prendre à la légère.

