Le football algérien sort la tête de l'eau. Que ce soit au niveau des clubs ou des sélections nationales, les bonnes prestations des équipes qui défendent les couleurs nationales réconcilient le public avec son illustre passé et redonne de l'espoir à tout un peuple.
Le retour gagnant des clubs se confirme avec les belles prestations de l'Entente Sportive de Sétif (ESS) et de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK). Le parcours de l'ESS en Ligue des champions arabes est significatif de ce renouveau. Le club de l'Est algérien s'est ainsi imposé en finale de la compétition face aux Jordaniens d'El Fayçali (1:1 ; 1:0). En ligue des champions africaine, la JSK reste en course. Le double vainqueur de l'épreuve (1981 et 1990) s'est qualifié pour la phase de poule et affrontera l'Etoile du Sahel, le FAR de Rabat et l'Al-Ittihad de Tripoli.
Le football féminin n'est pas en reste dans ce concert de louanges. L'équipe nationale commence à montrer le bout de son nez sur la scène africaine. Sa qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations, Nigeria 2006 lui a permis de parfaire sa découverte du haut niveau et d'emmagasiner une précieuse expérience pour l'avenir. La prochaine échéance pour cette formation est une place au Tournoi Olympique de Football Féminin, Pékin 2008. Après n'avoir fait qu'une bouchée du Botswana au premier tour qualificatif (3:0 et 9:1), les Algériennes (82èmes au classement mondial féminin de la FIFA) auront fort à faire au tour suivant. En effet, le tirage au sort leur a réservé l'épouvantail Nigérian (première équipe de CAF), quintuple champion d'Afrique, déjà qualifié pour la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Chine 2007. La tâche s'annonce d'ores et déjà compliquée pour les Maghrébines dans ce long apprentissage du niveau international.
Coté seniors, l'équipe goûte à nouveau aux perspectives de disputer la phase finale de la CAN, au Ghana en 2008. La dernière édition de cette compétition organisée en Egypte (2006) ne comptait pas parmi ses participants l'Algérie, habituée régulière de ce rendez-vous continental. Mais que les supporters des Fennecs se rassurent, l'affront semble en passe d'être lavé. Le bon parcours des joueurs d'Afrique du Nord, deux victoires et un nul en trois matches, leur permet d'occuper solidement la pôle-position du Groupe 8. Pour contrecarrer ses desseins, la concurrence se nomme Guinée, Gambie et Cap-Vert. Avec un match décisif à domicile contre la Guinée mi-juin, le pari de revoir les Verts et Blancs parmi les seize finalistes est peut être en voie de réalisation.
Karim Ziani, le porte-drapeau
Car cet espoir fait suite à la longue traversée du
désert qu'a connue le pays dans les années 90. Une décennie où
les problèmes extra-sportifs ont paralysé le développement du
football tant au niveau des infrastructures que des politiques
sportives. Les affres du passé semblent bien loin dans le
rétroviseur au regard du dynamisme qui habite de nouveau la
sélection des
Fennecs.
Un des signes de la relance du football algérien est le mouvement exportateur que connait le pays. Depuis quelques années, il se remet à transférer des joueurs en Europe qui font bonne figure et s'imposent dans leurs clubs respectifs. C'est le cas de Noureddine Daham en Allemagne (sept buts avec Kaiserslautern) ou bien de Yacine Bezzaz en France (Valenciennes).
Mais ce retour sur le devant de la scène footballistique tient avant tout à l'éclosion d'un groupe évoluant au sein de l'élite européenne. "Une nouvelle génération de joueurs de haut niveau évoluant en ligue 1 française est apparue", souligne en exclusivité pour FIFA.com Jean-Michel Cavalli, le sélectionneur de l'Algérie. Ces jeunes talents sont issus pour la plupart des centres de formation français, reconnus comme étant parmi les plus performants au monde. Ce réservoir constitue une opportunité intéressante pour le pays.
Jean-Michel Cavalli reconnait cette réalité : "la palette d'observation des joueurs a été élargie pour notre détection à l'étranger. C'est plus facile pour moi car les joueurs sont techniquement et physiquement prêts. Il n'y a pas de perte de temps et nous allons à l'essentiel". Aujourd'hui, l'équipe type est composée à 80% des professionnels évoluant en Europe. Le groupe compte quant à lui un tiers de joueurs locaux pour deux-tiers d'expatriés.
Les deux fers de lance de la jeune garde algérienne - la moyenne d'âge étant de 23 ans - jouent dans le championnat de France : au FC Sochaux pour Karim Ziani et au CS Sedan pour Nadir Belhadj. Karim Ziani effectue une saison remarquable. Son club a terminé l'exercice à la septième place du classement mais s'est adjugé la Coupe de France face à l'Olympique de Marseille et jouera donc la Coupe de l'UEFA l'an prochain. Le petit meneur de jeu de 24 ans (1m69 ; 66kg) doté d'une grande technique, d'une rapidité d'exécution et d'une excellente vision du jeu est pour beaucoup dans les belles performances sochaliennes. Passeur et buteur (huit réalisations pour cinq passes cette saison), il suscite déjà la convoitise de clubs comme Marseille, la Juventus ou l'Espanyol de Barcelone.
"Nous avons appris à marcher. Maintenant, il faut
courir !"
De son coté, Nadir Belhadj n'a pas à se soucier
de son avenir. Le latéral gauche de Sedan a signé dès cet hiver
avec le sextuple champion de France, l'Olympique lyonnais,
avant d'être prêté à son club vendeur pour l'aider à se
maintenir au sein de l'élite française. Malgré la descente des
Sedanais en Ligue 2, le défenseur algérien a fait montre d'un
bel enthousiasme tout au long de la saison en étant régulièrement
désigné comme le meilleur joueur de son équipe. Infatigable
travailleur et doué techniquement, Belhadj a confirmé tous les
espoirs placés en lui.
Moins connus mais non moins talentueux sont les Madjid Bougherra (Charlton), Hameur Bouazza (Watford), récemment appelé, Anthar Yahia (Bochum) ou encore Chadli Amri (FSV Mayence). Ces jeunes prometteurs bénéficient au sein de la sélection nationale des conseils de coéquipiers expérimentés comme Yazid Mansouri (FC Lorient), Mehdi Meniri (SC Bastia) ou encore Rafik Saifi (FC Lorient).
Cette alliance faite d'énergie et d'expérience est orchestrée par Jean-Michel Cavalli. L'entraîneur français dispose déjà d'un curriculum bien fourni. Cela fait maintenant 20 ans qu'il côtoie les joueurs professionnels. Ceux du championnat de France - 18 années passées en Ligue 1 et 2 - n'ont plus de secret pour lui. Mais depuis juillet 2006, il est à la barre de l'Algérie. Un premier poste de sélectionneur sur lequel il a murement réfléchi avant d'accepter : "Je me suis préparé à prendre cette équipe. C'est un métier qui peut être dangereux mais j'étais prêt à franchir le pas", confie-t-il. Le Corse d'origine est réputé pour sa rigueur, sa passion et sa proximité avec les joueurs. "Je me suis battu pour avoir des garçons exemplaires. Je demande à ce qu'ils soient professionnels et s'investissent. Il y a dialogue et échange entre nous. Ils comprennent bien les choix que je prends avec le plus d'honnêteté possible. Ils évoluent dans des grands clubs, sont réfléchis et intelligents. La force d'une équipe c'est son état d'esprit et sa solidarité. Nous sommes tous au service d'un pays. Ce n'est pas une cause personnelle que nous défendons", assène le coach des Fennecs.
Bien que le bon parcours des Algériens augure d'une possible qualification pour la CAN ghanéenne, la feuille de route vise le moyen terme. Jean-Michel Cavalli à l'ambition de bâtir un groupe compétitif pour l'autre grand rendez-vous africain. Explications : "Le premier objectif est la CAN avec la volonté de faire la meilleure compétition possible. C'est une épreuve pour murir davantage car le plus important est de faire progresser l'équipe pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. J'ai tenté le pari avec des joueurs d'avenir. Mon projet est sur cinq ou six ans. C'est comme cela que l'on peut construire une nouvelle Algérie". Et de conclure avec philosophie : "Nous avons appris à marcher. Maintenant, il faut courir !"
