Il n'y a probablement aucun attaquant en Asie dont le nom soit plus synonyme de succès et de célébrité qu'Ali Daei, âme de l'équipe d'Iran depuis dix ans et détenteur du record mondial de buts inscrits en sélection nationale. Dans le monde, rares sont les attaquants qui ont conservé leur efficacité aussi longtemps et continué à marquer régulièrement au crépuscule de leur carrière.

Mais Ali Daei rassemble toutes ces qualités. L'ancien buteur du Bayern Munich, qui a fêté ses 38 ans le 29 mars dernier, a inscrit 109 buts pour 148 apparitions sous le maillot iranien, un record qui le place parmi les grands messieurs du ballon rond au même titre que Pelé ou Ferenc Puskas. Il a énormément travaillé tout au long de sa carrière, ce qui fait de lui un parfait exemple pour ses pairs et pour les jeunes footballeurs en puissance.

Naturellement, l'annonce de la retraite d'Ali Daei a rencontré un large écho au sein de la presse internationale, après la victoire finale de son club Saipa dans le championnat iranien le 28 mai dernier. Symboliquement, c'est l'entraîneur-joueur de Téhéran qui a inscrit le deuxième but de son équipe, assurant aux siens une victoire 2:0 synonyme de première place. FIFA.com a rencontré ce légendaire buteur pour revenir sur sa formidable carrière et évoquer son avenir dans le monde du football.

Peu de joueurs restent prolifiques jusqu'à l'âge de 38 ans, mais vous avez montré ce qu'un footballeur sérieux peut accomplir en s'astreignant pendant des années à un travail sans relâche. Pourquoi quittez-vous donc les terrains ?
Il était temps pour moi de dire stop. Pour tout vous dire, j'avais songé à prendre ma retraite au meilleur moment de ma vie : je voulais raccrocher les crampons après la Coupe du Monde en Allemagne, mais j'ai reporté cette décision de dix mois en raison du suspense qui a animé le championnat iranien jusqu'à la dernière journée cette saison.

Vous avez reçu d'innombrables titres honorifiques, comme celui de joueur asiatique de l'année en 1999. Vous avez également mené l'Iran à la victoire à de très nombreuses reprises. Quelle performance reste la plus mémorable à vos yeux ?
Mon plus beau souvenir reste le 29 novembre 1997. Nous avions deux matches de barrage à disputer contre l'Australie pour participer à la Coupe du Monde 1998. Après un nul 1:1 à Téhéran au match aller, l'Australie semblait la mieux placée pour se qualifier. Peu de gens auraient parié sur nous alors qu'ils menaient 2:0 au match retour à Melbourne. Nous avons cependant réussi à égaliser grâce à deux buts en fin de match, ce qui nous a permis d'accéder à la phase finale de la Coupe du Monde après vingt ans d'absence. C'était vraiment extraordinaire.

Chaque joueur connaît des hauts et des bas. Malgré toutes vos réussites sportives, y a t-il quelque chose que vous regrettez ?
Lors des Jeux Asiatiques d'Hiroshima en 1994, je me suis blessé à l'occasion d'un match de poule. J'ai donc été écarté du groupe en raison de mon opération et il m'a fallu beaucoup de temps pour me rétablir. Cette période a été difficile pour moi. Sept ans plus tard, il nous manquait un seul petit point afin d'être automatiquement qualifiés pour la Coupe du Monde 2002, mais nous avons perdu sans explication. La pilule a vraiment été dure à avaler.

En jetant un regard rétrospectif sur votre carrière, on s'aperçoit que vous avez commencé le football plus tard que la plupart des autres joueurs. Comment avez-vous réussi à combler votre retard ?
C'est d'abord grâce à Dieu. Ensuite, j'ai toujours travaillé dur et avec détermination tout au long de ma carrière. J'ai une grande confiance en moi.

Au début de votre carrière, vous attiriez déjà l'attention grâce à votre invraisemblable sens du but. Après avoir trouvé le chemin des filets plus d'une centaine de fois en sélection, pouvez-vous nous révéler vos secrets de buteur ?
Il faudrait demander à ma mère. On naît buteur, c'est une question d'instinct, mais il est nécessaire de s'entraîner pour progresser. Je ne fais pas exception à la règle.

Vous avez réussi à conserver votre forme physique et votre efficacité en club et en sélection pendant près de vingt ans, une performance dont très peu de joueurs peuvent se targuer. Quelle est votre recette ?
J'ai laissé de côté beaucoup de choses agréables dans la vie pour me concentrer sur le jeu et l'entraînement. Cette rigueur a fini par faire partie de ma vie quotidienne. J'adore le football.

Vous avez conduit l'Iran vers deux qualifications en Coupe du Monde de la FIFA, France 1998 et Allemagne 2006, mais l'équipe n'est jamais parvenue à dépasser le stade des poules. Selon vous, était-ce dû à un manque de talent au sein de l'effectif ou bien à la malchance ?
Ces résultats ne sont imputables ni à la malchance ni à une mauvaise prestation de l'équipe. Nous devons accepter notre niveau tel qu'il est. Lors des matchs de poule de la Coupe du Monde 1998 en France, nous aurions pu l'emporter face à la Yougoslavie et l'Allemagne avec un peu plus de chance, mais ces équipes nous étaient supérieures et nous avons perdu, tout simplement.

Vous avez mené le club de Saipa au titre national avec la double casquette de joueur et d'entraîneur, en marquant le dernier but lors de la victoire contre Mas Ofkerman qui vous a valu le sacre. Estimez-vous que ce final soit à la hauteur de votre carrière ?
Ma carrière ne s'arrête pas là. Je me suis fixé d'autres objectifs à atteindre. Je suis très heureux d'avoir remporté le titre dès ma première saison en tant qu'entraîneur, mais c'est loin d'être suffisant.

Parmi toute la multitude d'adversaires que vous avez affrontés, lequel respectez-vous le plus ? Avez-vous un joueur préféré ?
Je les respecte tous. Je me suis inspiré de nombreux joueurs et entraîneurs pour perfectionner mon jeu, mais si je ne devais retenir qu'un joueur, ce serait le Brésilien Giovane Elber. Il jouait à la pointe de l'attaque du Bayern lorsque j'y étais. J'admirais beaucoup son style de jeu.

Qui considérez-vous comme votre successeur dans la sélection iranienne actuelle ?
Chaque joueur apparaît, éclate, mûrit puis s'arrête, comme c'est mon cas. J'ai longtemps fait partie de l'équipe d'Iran mais je ne me suis jamais considéré comme quelqu'un d'extraordinaire. La postérité ne me réserve pas une place à part. De nombreux joueurs iraniens ont beaucoup de talent et de potentiel, mais leur réussite dépend de la volonté de Dieu.

Quels sont vos projets ? Allez-vous continuer sur le banc de Saipa ou envisagez-vous de prendre un jour les rênes de l'équipe nationale ?
J'ai décidé de rester entraîneur à Saipa. Tout ce que je veux, c'est me concentrer sur mon équipe. Le poste de sélectionneur ne m'intéresse pas pour le moment, mais ça peut être une option à l'avenir.