Après avoir passé près d'une décennie à la tête de la sélection nationale américaine, Bruce Arena a finalement été remercié à l'issue d'une campagne décevante à Allemagne 2006. Les autorités de l' US Soccer Federation, la fédération américaine de football, ont pris tout leur temps avant d'annoncer le nom de son successeur.
En octobre dernier, le président de la fédération, Sunil Gulati, affirmait à FIFA.com : "Nous voulons un grand nom du football, quelqu'un qui ait un véritable palmarès au plus haut niveau". A l'époque, les rumeurs faisaient circuler des noms tels que Jürgen Klinsmann, José Pekerman ou Guus Hiddink.
L'équipe nationale a finalement dû patienter quatre mois avant que ne lui soit dévoilé le nom de son nouveau coach. Ce ne fut ni "Klinsi", ni un autre entraîneur au nom tout aussi prestigieux, mais un certain Bob Bradley, nommé sélectionneur par intérim.
Déjà impliqué dans le football universitaire et en charge de la sélection olympique américaine, celui qui a remporté par deux fois le titre d'entraîneur de l'année du MLS (championnat professionnel américain) possède un palmarès inégalé dans son pays. L'ancien technicien du Chicago Fire, des MetroStars et de Chivas USA, n'a pas tardé à s'imposer à son nouveau poste. Au vu des résultats obtenus, la fédération américaine a finalement décidé de lui confier les rênes de l'équipe nationale.
Un départ canon
Bradley aura du patienter cinq mois et onze matches
sans défaite avant de se voir confirmé dans ses fonctions
. L'entraîneur connaît bien le football de
jeunes de son pays et entretient d'excellents rapports avec de
nombreuses promesses. Malgré sa nouvelle situation, il a continué à
les suivre de près. Suite au départ du maître Arena (dont Bradley a
été l'adjoint à l'université de Virginie) et à la retraite
internationale des incontournables Claudio Reyna, Brian McBride et
Eddie Pope, l'équipe à la bannière étoilée est entrée dans une
période de grand renouvellement.
La Gold Cup de la CONCACAF qui s'est déroulée cet été a fait office de baptême du feu en compétition officielle pour le nouveau sélectionneur. Une performance en demi-teinte aurait pu mettre Bradley sur la sellette. L'embauche d'une célébrité aurait alors pu réapparaître à l'ordre du jour. Cela n'a pas empêcher le tacticien, connu pour son franc-parler et sa courtoisie, de mener son équipe à un parcours sans faute de six victoires. C'est à Chicago, sur les terres de ses débuts, que la fête s'est achevée sur un mémorable succès dans une finale toute aussi haletante que classique, face à une formation mexicaine au grand complet.
Avant le début de la Gold Cup, Bradley avait confié à FIFA.com : "Comme j'ai longtemps fréquenté les championnats de jeunes, mais aussi le MLS, je connais personnellement beaucoup de ces jeunes joueurs qui montent. Ce dont il faut que je m'assure, c'est qu'ils apprennent bien ce que signifie jouer pour les Etats-Unis. Je dois être certain qu'ils respectent ce maillot."
Lors de la Gold Cup, la formation de Bradley ne s'est pas contentée de faire honneur à son maillot. Avec une moyenne d'âge de seulement 23 ans, le groupe a démontré une étonnante homogénéité. Au côtés des jeunes stars reconnues que sont Benny Feilhaber, Clint Dempsey, Eddie Johnson et Michael Parkhurst, un nouveau venu s'est fait remarquer par ses féroces récupérations de balles au milieu du terrain. Il s'agit d'un certain Michael Bradley, le propre fils de Bob le sélectionneur.
Michael a grandi au milieu du football. Lorsque son père entraînait l'Université de Princetown, il prenait place à bord du bus de l'équipe pour tous les déplacements. Quand papa dirigeait le Chicago Fire, il suivait les rencontres du bord de touche. Puissant, courageux et ambitieux, ce milieu de terrain n'a que 19 printemps, mais il est déjà l'une des pièces maîtresses de son équipe.
Bien mieux qu'un fils à papa
Malgré son exclusion lors de la rude demi-finale de
la Gold Cup remportée 2:1 face au Canada, le jeune joueur a réalisé
une campagne époustouflante pour sa première compétition
senior.
Retenu pour participer à la Coupe du Monde U-20 de la FIFA au Canada, Michael n'a (par chance) pas pu participer à la décevante aventure de la Copa América au Venezuela, où une formation très expérimentale s'est inclinée à trois reprises.
Thomas Rongen, l'entraîneur de l'équipe U-20 américaine, dit du joueur qui évolue désormais à Heerenveen (Pays-Bas), après deux saisons au MLS : "En quelques semaines, il est devenu une véritable vedette. Il a très vite compris tous les aspects tactiques du football, tout en conservant une capacité exceptionnelle à se sacrifier pour l'équipe. Il a toujours été plus mûr que son âge".
Si la maturité de Bradley est incontestable, il s'est également révélé la semaine dernière dans un rôle de buteur qu'on ne lui connaissait pas à l'occasion de la victoire en match amical contre la Suisse, à Bâle. Au sein d'une pléiade de jeune joueurs comme Danny Szetela, Freddy Adu et Sal Zizzo (tous présents au Canada avec les U-20), Bradley a surgi à la 86ème minute pour inscrire l'unique but de la rencontre. En offrant aux Etats-Unis leur toute première victoire sur la Suisse et leur premier succès sur le Vieux continent depuis près de dix ans, il a également mis fin à une série de défaites de son équipe.
Mais le fils du sélectionneur ne se gargarise pas trop de son premier but chez les seniors : "Ce n'était pas le plus beau, avoue-t-il en riant. Je pense que notre équipe dégage beaucoup d'aspects positifs. Nous savons que nous devons continuer à travailler. Il nous reste un match amical en 2007 contre l'Afrique du Sud. On va donc y aller et essayer de gravir une nouvelle marche pour être prêts pour les qualifications l'année prochaine."
Alors que s'estompe l'image de la génération Arena, les Bradley père et fils veulent écrire ensemble le prochain chapitre du football américain. Premier objectif : Afrique du Sud 2010.
