Il fut une époque où Hampden Park, avec ses travées à ciel ouvert, pouvait paraître particulièrement peu adapté au climat pluvieux d'Ecosse. En revanche, il était propice à un phénomène connu sous le nom de "clameur de Hampden". Si les foules qui se pressaient dans ce stade de 183 000 places, situé au sud de Glasgow, étaient particulièrement nombreuses, on pouvait alors entendre des quatre coins de la ville résonner la clameur annonçant une victoire de l'équipe locale.
Le stade national de l'Ecosse a évidemment beaucoup changé depuis. Samedi, pour Ecosse-Italie, il ne pourra accueillir qu'un tout petit peu plus du tiers des 149 415 spectateurs présents lors d'une rencontre avec l'Angleterre en 1937 : un record pour l'Europe. Toutefois, une victoire écossaise pourrait bien réveiller la clameur de Hampden. Pour ce duel sans merci que doivent se livrer les deux formations, la frénésie s'est emparée des Ecossais, qui s'arrachent des places à plusieurs milliers de livres.
Alex McLeish pourrait tenter de freiner cet enthousiasme en minimisant l'importance de la rencontre, mais il s'en garde bien. Car l'entraîneur écossais est bien placé pour en évaluer la portée historique, lui qui a vu Johnstone, Denis Law et Kenny Dalglish faire honneur au maillot bleu marine, qu'il a lui-même porté à 77 reprises. Il a même joué avec le King Kenny - seul joueur de champ à compter plus de sélections que lui - à Espagne 1982, première des trois Coupes du Monde de la FIFA successivement disputées par l'ancien milieu de terrain.
Aussi, quand McLeish affirme qu'une victoire samedi représenterait le plus grand exploit de l'histoire du football écossais, il sait de quoi il parle. "Personne ne donnait cher de notre peau après le tirage au sort... et avec raison, a-t-il confié en exclusivité à FIFA.com. "Aussi, si nous parvenons à nous extraire d'un groupe comprenant le champion du monde, le finaliste de la Coupe du Monde et un quart de finaliste (l'Ukraine), tout le monde sera d'accord pour dire qu'il s'agit du plus grand exploit de notre histoire.
"En ce moment, il règne dans le pays une ambiance incroyable. Les gens dans la rue sont tous avec nous. Toute la nation est derrière son équipe. Les joueurs peuvent devenir des héros à tout jamais, samedi. C'est formidable pour l'Ecosse de se retrouver à pareille fête. Quel que soit le résultat demain, nos garçons peuvent être fiers. Ils ont déjà gagné, même en cas de nul ou de défaite. Nous avons atteint le quota de points que nous nous étions fixé. Nous l'avons même pulvérisé. Maintenant, peu importe ce qui arrivera, nous voulons simplement qu'en quittant Glasgow les Italiens se disent : "Qu'est-ce qu'on a pris !". Et je suis sûr qu'ils se le diront.''
Confiance et trac
Non que l'objectif de cette sélection écossaise se
résume à vouloir en faire baver aux Transalpins. Le percutant duo
constitué de James McFadden et de Scott Brown est emblématique
d'une nouvelle génération d'Ecossais sûrs d'eux-mêmes.
Ils savent que si une victoire les qualifierait pour l'EURO
2008, les Italiens, de leur côté, peuvent se contenter d'un
match nul. Il ne leur resterait alors aux Ecossais qu'à espérer
une victoire de l'Ukraine, chez elle, face à la France.
Battre Buffon, Pirlo, Toni et les autres n'est pas à la portée de n'importe qui, mais pour McLeish, qui reste sur deux victoires face à la France et qui a été le témoin d'une déconvenue italienne à Glasgow, le mois dernier, il n'y a pas de place pour le doute. "Le Celtic a battu le Milan AC, champion d'Europe. Pourquoi ne battrions-nous pas les champions du monde, s'est-t-il interrogé. Nous avons une équipe solide, talentueuse, et dotée d'une rare personnalité. Nos joueurs sont en confiance. Ils ont une force, une foi, qui les pousse. Ils sont sans complexe. C'est vraiment beau à voir."
Cette confiance s'appuie également sur une série de résultats à domicile qui doit impressionner les Italiens : cinq matchs gagnés sur cinq à Hampden lors de ces éliminatoires de l'EURO ; sans parler des années précédentes où la France, l'Allemagne, l'Ukraine, les Pays-Bas et même l'Italie n'ont jamais réussi à s'imposer dans ce stade vieux de 104 ans. On comprend mieux l'assurance affichée par McLeish.
"Le public va jouer un rôle essentiel, a-t-il affirmé. Il est capable de pousser les joueurs quand il le faudra. Il sera notre douzième homme, comme en témoignent les résultats obtenus à Hampden. Il inspirera nos joueurs. Pour être des champions du monde très expérimentés, les Italiens n'en demeurent pas moins hommes. Quiconque visiterait Hampden en ce moment ressentirait une certaine appréhension et je vous garanti que les Azzurri auront le trac. Ils réaliseront qu'ils ont en face d'eux une équipe capable de les battre. Voilà pourquoi mes hommes n'ont aucune raison de douter."
Battre les champions du monde constitue sans doute un formidable défi à relever, mais si l'Ecosse conclut son exceptionnelle campagne par un exploit, McLeish, ses joueurs et leur nation tout entière entendront à nouveau résonner la clameur de Hampden.