Nicolas Anelka, entré en jeu vendredi avec la France contre le Maroc, a été jugé "opérationnel" par Raymond Domenech pour le match de Kiev mercredi, alors que Bolton le déclarait inapte: un exemple parmi d'autres de la petite guerre des bulletins médicaux entre clubs et sélection.
Le rassemblement de l'équipe de France qui a commencé mardi dernier est parfait pour illustrer ces petits conflits d'intérêts. Trois joueurs sont arrivés touchés à Clairefontaine, Malouda, Toulalan et Anelka.
Dès l'annonce de la convocation de Toulalan, Alain Perrin, entraîneur de Lyon, a tiré le signal d'alarme sur RMC. "J'ai appris ce matin que Jérémy (...) serait très vraisemblablement +out+ pour les 10 prochains jours. Donc je ne vois pas comment il pourrait jouer en équipe de France en fin de semaine prochaine (contre le Maroc en amical). Pour moi c'est compromis...".
Et pourtant le Lyonnais s'est entraîné normalement avec les Bleus et a joué toute la deuxième mi-temps avec la France contre le Maroc (2-2) vendredi. Dimanche, Domenech indiquait qu'il le comptait dans les joueurs à sa disposition pour le match des qualifications à l'Euro-2008 à Kiev, mercredi, désormais sans enjeu puisque la France est qualifiée et l'Ukraine depuis longtemps éliminée.
"Le talent de nos médecins"
L'entraîneur de Bolton, Gary Megson, lâchait
quant à lui lundi dernier à propos d'Anelka: "Il souffre
d'une élongation à une cuisse et le pronostic prévoit une
indisponibilité de six semaines. Ce serait une erreur immense de
leur part de dire qu'il peut rester et donc s'entraîner ou
jouer. Ce serait un cauchemar pour Nico et pour nous".
L'attaquant a bien terminé plus tôt le premier entraînement des
Bleus, mais depuis il s'exerce normalement avec les autres et
est entré après l'heure de jeu sur le terrain face aux Lions de
l'Atlas. Il est lui aussi à la disposition du patron des Bleus
pour le match de Kiev.
En revanche, Chelsea ne s'est pas exprimé publiquement pour Malouda, qui lui, a été autorisé à rentrer à Londres car il n'était pas rétabli de sa blessure à un genou, ayant été ménagé (il est resté aux soins) lors des entraînements avec les Bleus.
Dans deux cas sur trois, les joueurs se sont tout de même remis plus vite que prévu.
"C'est le talent de nos médecins, a plaisanté Domenech dimanche. Je comprends les clubs, ils ont fait des examens (pour leurs joueurs touchés), il reste un doute, si leur joueur peut être épargné, ils anticipent et grossissent (les doutes). Après, nous, on fait tous les examens qu'il faut, et on ne prend pas de risque, il n'y a pas de souci, pas de problème."
"Je ne gère pas pour faire plaisir aux clubs"
Le sélectionneur sera-t-il plus attentif aux
inquiétudes des clubs maintenant que la France est qualifiée?
"Je ne gère pas l'équipe de France pour faire plaisir à un
club, a tranché Domenech. Je la gère en disant que certains joueurs
ont besoin de jouer, que d'autres ont moins besoin de jouer.
Après les clubs gèrent leur calendrier, leur emploi du
temps."
Pour l'Ukraine, même sans enjeu, Domenech veut aligner "la meilleure équipe possible", et n'entend pas trop mettre au repos les cadres: "Mettre trop de jeunes en même temps, ce n'est pas une bonne chose, il faut un équilibre entre maturité et enthousiasme, envoyer les jeunes au feu en même temps ne serait pas une bonne idée."
Mais, certains clubs aux calendriers surchargés en Ligue des champions vont-ils demander un traitement de faveur pour certains de leurs éléments? "Ce n'est jamais arrivé qu'un club dise +je ne veux pas qu'untel joue car on est en Ligue des champions+, a rétorqué Domenech. C'est arrivé qu'un club dise +il est blessé, si vous pouviez l'épargner+. Mais je n'ai pas besoin qu'on me le dise. (Mais pas question d'épargner un joueur par rapport à la C1) car si je le fais avec un, il faut le faire avec les autres, et dans ce cas on ne joue plus de match".
