Les entraîneurs allemands sont partout ! Représentée à la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, à la prochaine Coupe d'Afrique des Nations, cette véritable guilde est aujourd'hui présente sur tous les fronts. Il se murmure même que la fédération anglaise pourrait faire appel à un technicien allemand pour conduire les Trois Lions à la Coupe du Monde de la FIFA 2010. Pourtant, les hommes de banc allemands n'ont pas toujours bénéficié d'un tel crédit.
Il y a encore quelques années, le football germanique était associé à une conception résolument défensive du jeu, où l'efficacité primait trop souvent sur la notion de spectacle. Ainsi, en 1998, Jupp Heynckes avait-il été limogé par le Real Madrid... après avoir remporté la Ligue des Champions ! Mais les dirigeants madrilènes, mécontents de la qualité de jeu proposée par leur équipe, avaient dû se résoudre à se séparer de leur entraîneur. Près de dix ans plus tard, c'est un autre homme qui va profondément changer l'image des entraîneurs allemands. Longtemps considéré comme l'un des buteurs les plus prolifiques de sa génération, Jürgen Klinsmann goûte alors à une retraite bien méritée sous le soleil de Californie. Lui-même ne se doute probablement pas qu'il sera à l'origine d'une véritable révolution culturelle outre-Rhin.
Löw, le fer de lance
Le style décontracté de l'ancien attaquant de
Tottenham est aujourd'hui une source d'inspiration pour une
nouvelle génération d'entraîneurs allemands plus jeunes, plus
frais, plus proches des joueurs et, surtout, beaucoup plus à
l'aise avec les médias. "Nous avons acquis une certaine
respectabilité sur la scène européenne", confiait Joachim Löw
lors d'une interview exclusive accordée il y a quelques mois à
FIFA.com. Le nouveau sélectionneur allemand
incarne parfaitement cet esprit de renouveau qui souffle
actuellement sur l'Allemagne.
Ancien adjoint de Klinsmann pendant la Coupe du Monde de la FIFA 2006, Löw est considéré comme la tête pensante du duo qu'il formait avec l'ancien international allemand. Si Klinsmann a su motiver ses joueurs avec beaucoup d'intelligence, ce technicien de 47 ans a quant à lui géré avec habileté les aspects techniques de l'épopée de la Mannschaft. Promu sélectionneur national suite au départ de Klinsmann, il s'est rapidement construit l'image d'un homme compétent, sûr de lui mais jamais arrogant.
Sur le terrain, Jogi laisse beaucoup de liberté à ses joueurs. Sous la houlette de Löw, l'Allemagne a poursuivi le travail entamé en 2006 et propose aujourd'hui un jeu rapide et résolument tourné vers l'offensive. A noter qu'à l'instar d'autres entraîneurs à succès, Löw n'a pas connu une grande carrière de joueur. Avec seulement 52 apparitions en Bundesliga, le sélectionneur allemand ne peut sans doute pas s'inspirer de sa propre expérience pour s'adresser aux joueurs.
"Je veux que mon équipe soit autonome et qu'elle cherche sans cesse à progresser", aime-t-il à répéter. Et c'est bien là ce qui le distingue de nombre de ses prédécesseurs. En effet, aujourd'hui, donner des consignes aux joueurs ne suffit plus. La plupart d'entre eux veulent comprendre le pourquoi du comment. Voilà pourquoi Löw et ses adjoints tentent toujours de donner un maximum d'explications.
Mirko Slomka et Jürgen Klopp appartiennent également à cette nouvelle génération de techniciens. Ni l'un ni l'autre n'a réussi une grande carrière de joueur, mais ces deux hommes, qui ont aujourd'hui la quarantaine, se sont révélés de fins tacticiens et d'excellents meneurs. Le premier a réussi un petit exploit ce mardi en menant Schalke 04 en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, pour la première fois de son histoire. Quant au second, il travaille d'arrache-pied pour ramener le FSV Mayence en Bundesliga. Consultant pour la télévision, Klopp est devenu extrêmement populaire grâce à ses analyses pleines de finesse et ses réparties inspirées.
Schuster, Vogts et Stielike, les ambassadeurs
Mais la vieille garde bénéficie elle aussi de ce
changement d'image. En effet, le football allemand n'avait
jamais compté autant d'entraîneurs en poste aux quatre coins du
monde. Holger Osieck et ses Urawa Red Diamonds participent
actuellement à la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2007,
tandis que Berti Vogts et Uli Stielike préparent activement la
prochaine Coupe d'Afrique des Nations, Ghana 2008 avec le
Nigeria et la Côte d'Ivoire. Au cours de récents entretiens
accordés à
FIFA.com, les deux anciens internationaux
allemands ont défrayé la chronique en affirmant que deux équipes
africaines pourraient bien être présentes en demi-finales de la
Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010. De son coté, Klaus
Toppmöller, le sélectionneur de la Géorgie, confiait à
FIFA.com que son équipe pourrait bien créer la
surprise lors de la compétition préliminaire. On l'aura
compris, c'est donc un vent de confiance qui souffle
actuellement sur tous les acteurs du football allemand.
Mais le véritable symbole de ce renouveau, c'est en Espagne qu'il faut aller le chercher. Si Bernd Schuster n'a que trop rarement été considéré à sa juste valeur par ses compatriotes, il jouit en revanche d'une excellente réputation de l'autre côté des Pyrénées. Sous sa direction, le Real Madrid a entamé un nouveau chapitre de sa longue histoire et, pour l'heure, les choses s'annoncent plutôt bien pour l'ancien entraîneur de Getafe. "En choisissant Schuster, le Real a tiré le gros lot", titrait il y a peu de temps un quotidien espagnol. Il est vrai que l' Ange Blond a déjà empoché 35 points avec sa nouvelle équipe, soit le meilleur total du Real en championnat depuis la saison 1996/97.
Pour l'heure, personne n'imagine que Schuster puisse subir un jour le même sort que Heynckes. Cependant, le principal intéressé n'ignore pas qu'en football, tout peut aller très vite. Voilà un autre trait de caractère typique de cette nouvelle génération d'entraîneurs allemands, qui a su redorer le blason d'une profession en crise. Et tout cela, grâce à Klinsmann. Un fait qui n'a pas échappé à la fédération anglaise, qui se verrait bien faire appel au jeune retraité californien pour donner un coup de fouet à ses Trois Lions...
