Le soleil pose à peine ses premiers rayons sur l'imposante Cordillère des Andes que déjà, la Ciudad Deportiva Iván Zamorano prend vie. Doté d'un gymnase, d'une piscine, de terrains de football et de courts de tennis, ce centre est le rendez-vous matinal des sportifs de tous âges. Au deuxième étage du bâtiment central, dans un vaste bureau, l'ancien goleador du FC Séville, du Real Madrid, de l'Inter Milan, d'América et de Colo Colo règle avec Verónica, son assistante, les derniers détails du voyage qui va l'emmener au Japon dans les prochaines heures. Au Pays du Soleil Levant, l'ancien international chilien va disputer un match organisé par Hidetoshi Nakata dont les bénéfices seront reversés à la cause environnementale.

Iván "Bam Bam" Zamorano est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de tête de l'histoire du football. Il fait également partie des FIFA 100, groupe composé des 123 meilleurs footballeurs en activité ou à la retraite. Après deux coups de fil, il nous accorde cet entretien, qu'il a voulu à son image : matinal. Avec FIFA.com, il évoque sa vie actuelle, ses buts et son avenir.

"C'est un grand honneur de se trouver constamment au milieu de célébrités. Il y a quelques semaines, j'ai assisté avec ma femme à l'hommage rendu à Nelson Mandela par la FIFA en Afrique du Sud. Ça m'a fait quelque chose de jouer avec les Ruud Gullit, George Weah et Emilio Butragueño, de retrouver de vieux amis. Ce genre de choses ne s'achète pas. Ça veut dire que tu as laissé une trace importante dans le football, que ce soit en tant que sportif ou en tant qu'homme", indique le Chilien, qui avait fait du but de la tête sa marque de fabrique.

Mon rêve a toujours été d'investir dans quelque chose de fondamental pour moi, à savoir le sport
Iván Zamorano au sujet des projets de sa Ciudad Deportiva

C'est de cette même tête que surgissent les idées et les projets pour la Ciudad Deportiva qu'il a construite sur le haut de Santiago. " . En faisant cela, je propose à la société un espace qui réunit le football, le tennis, la natation, le karaté, la danse, la gym et des activités liées à l'hygiène de vie, entre autres", explique-t-il.

Mais Iván "El Terrible", comme il avait été surnommé en Espagne, ne compte pas s'arrêter là. Sur le terrain, il affichait une énergie inextinguible pour courir sur chaque ballon, à l'affût du but, ce qui lui avait valu de terminer meilleur réalisateur de Liga espagnole en 1995, avec 31 unités. Dans la vie, l'ancien capitaine de la Roja fait preuve de la même pugnacité. Son nouveau projet : une Université du sport.

"Avec l'infrastructure et la dimension sociale de la Ciudad Deportiva, nous disposons de choses essentielles à l'être humain : le sport, la santé et l'éducation. Sur cette base, nous allons lancer en 2009 quatre cursus universitaires : kinésithérapie, pédagogie de l'éducation physique, psychologie sportive et encadrement des activités sportives. A plus long terme, nous ajouterons d'autres professions, indique ce passionné de tennis. C'est mon deuxième sport. D'ailleurs, il y a quelques semaines, nous avons inauguré l'un des centres de haut niveau les plus grands d'Amérique du sud. 65 garçons et filles y travaillent pour passer professionnels", ajoute-t-il.

Certains penseront que l'ancien Madrilène a définitivement rangé la panoplie de footballeur pour enfiler celle d'hommes d'affaires. Mais Zamorano reste le compétiteur vorace qu'il était dans les années 1990. "Dans la vie, les priorités changent. Avant, je ne pensais qu'au football et aux buts. Je travaillais toute la semaine pour être le meilleur. Maintenant, ma priorité, c'est la famille, mais il y a aussi ces projets. J'ai de nouvelles idées en permanence et j'aime prendre des décisions avec mes collaborateurs. Cela dit, je n'ai pas coupé les ponts avec le football", ajoute l'ambassadeur de l'UNICEF.

L'objectif le plus important de ma vie a été de me consacrer au football. En regardant dans le rétroviseur, je peux dire que j'ai bien fait les choses. Je n'ai pas ménagé ma peine et je me suis fixé des objectifs très clairs, que j'ai atteints
Iván Zamorano se replongeant dans sa carrière...

" . Le football t'offre des choses merveilleuses. En tant qu'attaquant et que buteur, le but est l'essence même de ce jeu, c'est un compagnon dont on ne se sépare pas", assure ce monument du football sud-américain, qui a participé à France 1998 avant de terminer meilleur buteur et médaillé de bronze des JO de Sydney 2000. J'ai mis beaucoup de buts importants au cours de ma carrière : celui du titre pour le Real Madrid en 1995 ; celui de la victoire en Coupe de l'UEFA avec l'Inter Milan ; ceux en sélection. Il y en a beaucoup et ils ont tous une grande importance pour moi", se souvient-il, tout en regardant des minots âgés de même pas dix ans apprendre les secrets du football.

Colo Colo, le club de son coeur
Les bonnes choses ont toujours une fin. Un jour, il a bien fallu oublier les buts, les victoires et la pression ; dire adieu au terrain et aux cages adverses. "J'ai abordé ma retraite de façon très naturelle. J'ai reçu des offres du Japon, des Etats-Unis et du Qatar, mais j'ai toujours eu dans l'idée de terminer ma carrière à Colo Colo. Je voulais jouer là-bas six mois gratuitement et raccrocher. Au fond, il est plus facile de quitter le football que de se faire quitter par le football", pense-t-il.

Marié avec l'ex-mannequin argentin María Alberó et père de trois enfants (Blu, Mía Pascale et Iván), il avoue accorder une immense importance aux amitiés qui durent toute la vie. "J'ai la chance d'avoir des amis dans le monde entier. Je m'en suis fait beaucoup grâce au football." Parmi ses compatriotes, il y a Hugo Rubio, Fabián Estay et Marcelo Vega. Hors des frontières chiliennes, il entretient des liens étroits avec Javier Zanetti, José Emilio Amavisca, Ronaldo, Carlos Gamarra, Freddy Rincón, José Luis Chilavert et Emilio Butragueño. "J'en ai beaucoup. Ça me donne l'impression d'avoir laissé une trace sur et en dehors du terrain", explique celui que l'on surnommait "l'Hélicoptère" pour sa détente phénoménale.

Quid de l'héritage ? Il y a quelques mois, la presse chilienne s'est mise dans tous ses états à la naissance du fils de Zamorano, qui porte le même prénom que son père. "C'est encore un bébé. Avant qu'il naisse, tout le monde voulait que ce soit un garçon et qu'il marque des buts. Quand il grandira, j'essaierai de lui enlever cette pression, pour qu'il fasse ce qui le rend heureux, comme ses sœurs. S'il choisit le football, je le soutiendrai... Mais j'aimerais qu'il soit professionnel et qu'il parte jouer à l'étranger !", rigole-t-il, avant de s'excuser et de reprendre le téléphone. Le voilà replongé dans la Ciudad qui occupe son esprit, ou plutôt, dans l'esprit qui a créé sa Ciudad, ce monde bâti à force de buts et d'efforts, un monde estampillé Iván "Bam Bam" Zamorano.