Joueurs et entraîneurs savent bien que les blessures font partie du métier. Il est même rare de nos jours pour un footballeur professionnel de boucler une carrière sans avoir été victime d'une fracture, d'une déchirure ou d'une lésion quelconque. Il n'en reste pas moins que certaines blessures pourraient facilement être évitées. Et pourtant, comme nous allons le découvrir dans le reportage qui suit, certains pépins physiques sont imprévisibles. Ils peuvent survenir à n'importe quel moment : le jour, la nuit et même le matin au réveil, comme un international U-21 anglais a pu le constater. L'attaquant de Reading Leroy Lita a réussi à contracter une blessure musculaire à la jambe alors qu'il s'étirait dans son lit.
Lorsqu'il s'agit de s'estropier, la salle de bain est asssurément un lieu privilégié. Le gardien Santiago Canizares a dû déclarer forfait pour la Coupe du Monde de la FIFA 2002 après avoir laissé tomber sa bouteille d'après-rasage dans le lavabo de sa chambre d'hôtel. Le récipient a éclaté en mille morceaux, l'un d'entre eux terminant sa course sur le gros orteil du portier espagnol. Résultat : rupture du tendon du doigt de pied concerné. En 1964 déjà, Alan Mullery avait manqué une tournée de l'équipe d'Angleterre en Amérique du Sud suite à un incident survenu dans la salle d'eau. Un simple brossage de dents avait tourné... au tour de reins. Attention également à cet endroit potentiellement très menaçant qu'est l'armoire à médicaments. En son temps, la star brésilienne Ramalho avait dû garder le lit pendant trois jours après avoir avalé un suppositoire censé calmer sa rage de dents.
Les animaux de (mauvaises) compagnies
On dit que le chien est le meilleur ami de l'homme... À quelques exceptions près, comme le prouve la grave blessure aux ligaments du genou qui a tenu Darren Barnard à l'écart des terrains pendant cinq mois. L'international gallois avait malencontreusement glissé dans une flaque d'urine laissée par son chiot sur le sol de la cuisine. Plus récemment, le milieu de terrain de Stoke City Liam Lawrence s'est blessé en trébuchant sur son animal domestique préféré. Parmi les autres victimes de sévices canins, on citera Carlo Cudicini et Julien Escudé, tous deux victimes de faux mouvements alors qu'ils tenaient leur animal de compagnie en laisse, ou encore le joueur de Schalke 04 Friedel Rausch, mordu au postérieur par un berger allemand de la police lors du fameux derby contre le Borussia Dortmund en 1969. L'accident le plus sérieux dans le genre est peut-être celui de Chic Brodie. Sa carrière a pris fin de façon prématurée après un choc violent avec un chien de berger. Tandis que la bête volait le ballon, la rotule de l'ancien gardien de Brentford volait... en éclats. "Le chien était assez petit, mais très fort", commenta placidement le portier des Bees.
La leçon à retenir par rapport à ce genre de péripéties est que tout être vivant constitue une atteinte potentielle à l'intégrité physique du footballeur. Illustration : dans les années 1970, le footing et - par voie de conséquence - la carrière de l'international norvégien Svein Grondalen ont été définitivement interrompus par une collision avec un élan. Plus près de nous dans le temps, le milieu de terrain anglais David Batty était à peine remis d'une blessure au talon d'Achille qu'il rechuta (dans tous les sens du terme) à cause du tricycle de son bambin. Et que dire de la mésaventure du Danois Allan Nielsen, forcé au repos pendant plusieurs semaines parce que sa fille lui avait mis le doigt dans l'œil ?
Coupet et ses étagères mal intentionnées
Les tâches domestiques sont elles aussi autant de pièges en puissance pour les professionnels du ballon rond. Le légendaire Charlie George d'Arsenal ne s'est jamais vraiment remis d'une mauvaise entaille au gros orteil subie alors qu'il tondait sa pelouse. Grégory Coupet avait lui aussi été éloigné des terrains suite à une installation d'étagère mal contrôlée. Bilan pour l'ancien portier lyonnais : deux doigts coupés, et autant de semaines d'absence. L'ancien gardien numéro deux de Liverpool, Michael Stensgaard, pensait bien faire en repassant le linge familial. Sauf qu'au moment de replier la table, il se blessa à l'épaule, suffisamment sérieusement pour être obligé de prendre sa retraite footballistique. Le grand rival des Reds, Everton, n'est pas en reste dans le genre "accidents stupides". Lors de l'échauffement, alors que les Toffees s'apprêtaient à rejouer un match de Coupe d'Angleterre à Chelsea, Richard Wright désobéit à un petit panneau demandant aux joueurs de ne pas s'entraîner devant les buts. La sanction fut immédiate. Il trébucha sur la pancarte et se foula la cheville. Wright n'en était pas à son coup d'essai. Plus tôt dans sa carrière, il avait traversé le plancher de son grenier où il était monté pour y ranger des valises. Résultat des courses : blessure à l'épaule et repos forcé.
Les gardiens de but exerceraient-ils un magnétisme sur le mauvais sort ? Pas impossible, si l'on ajoute à la liste de leurs déboires ceux de l'international allemand Norbert Nigbur en 1980 (carrière brutalement stoppée par une blessure au ménisque attrapée en se levant de table) ou du portier de Manchester United Alex Stepney en 1975 (mâchoire déboîtée pour avoir crié un peu trop fort sur ses défenseurs lors d'un match contre Birmingham City).
Dans la catégorie "inclassables", on rangera la fâcheuse aventure arrivée à Milan Rapaic : blessé à l'œil qu'il se grattait avec sa carte d'enregistrement à l'aéroport, l'ancien milieu de terrain de Hajduk Split avait été forfait pour plusieurs matches. C'est en jouant au Scrabble, et plus précisément en ramassant une lettre tombée par terre, que Lionel Letizi s'était coincé le dos lorsqu'il évoluait au Paris Saint-Germain. Mais la palme du cocasse pourrait être décernée à Sascha Bender, des Stuttgart Kickers (troisième division allemande), qui s'est présenté à l'entraînement avec une grosse ecchymose au visage. C'est son coéquipier Christian Okpala qui s'est chargé de fournir l'explication et pour cause : "Il n'arrête pas de péter. Par pure provocation. C'est pour ça que je lui ai mis mon poing dans la figure".
Attention aux célébrations
Autre situation où la blessure est en embuscade : la célébration de but. Après avoir marqué, Thierry Henry avait tendance à partager sa joie avec le poteau de corner le plus proche. Lorsque ce dernier n'était pas consentant, il le faisait parfois savoir par retour de bâton. Marco Tardelli en a lui aussi fait l'expérience. Mais ce n'est pas toujours l'auteur du but qui fait les frais des installations. Sagement assis parmi les remplaçants d'Arsenal, Perry Groves a jailli du banc lorsque les Gunners trouvèrent enfin le chemin des filets. Sa tête heurta le haut de l'abri et le jeune homme tomba dans les pommes. Qui dit mieux ? L'ancien Grenoblois Paulo Diogo peut-être. Après son passage dans l'Isère, le milieu de terrain suisse a porté les couleurs du Servette Genève. C'est là qu'en décembre 2004, au cours d'un match contre Schaffhausen, il laissa éclater sa joie de buteur en essayant de prendre un bain de foule. Oui, mais : son alliance s'accrocha à un grillage et lui sectionna une partie de l'annulaire. Comble du footballeur helvète malchanceux ? L'arbitre lui donna un carton jaune pour célébration exubérante.
Personne n'a oublié les points de suture arborés par David Beckham quand il jouait encore à Manchester United, traces d'une chaussure lancée rageusement par Sir Alex Ferguson dans le vestiaire. L'Ecossais voulait simplement évacuer un peu de sa légitime frustration, après une défaite à domicile contre Arsenal en Coupe d'Angleterre en 2003. De manière moins vindicative mais peut-être plus infortunée, Emerson se fit une luxation à l'épaule pendant une petite opposition entre joueur brésiliens, juste avant Corée/Japon 2002. Le capitaine annoncé du Brésil pour l'épreuve reine décida de s'improviser gardien de but. Ce qui manifestement arrive souvent aux portiers lui arriva : blessure stupide (luxation de l'épaule en essayant de plonger), forfait, et cinquième titre mondial pour la Seleção.
Au sortir d'une liste aussi insolite qu'éloquente, il serait dommage de ne pas tirer quelques enseignements. La première leçon en la matière serait peut-être, quelle que soit l'origine (stupide ou pas) de la blessure, de ne pas aggraver la situation. En 2003, Darius Vassell voulut jouer au chirurgien de fortune. Souffrant d'une petite hémorragie sur le dessus d'un orteil, il décida de nettoyer tout cela en perçant un trou à travers l'ongle. La procédure n'est pas inhabituelle, à condition d'être réalisée par un spécialiste et avec un instrument stérilisé, ce qui n'était évidemment pas le cas. Le mal empira et le joueur de Manchester City perdit la moitié de son ongle.
À vous la parole !
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