Cette année restera sûrement comme l'une des plus festives du sport sud-africain. C'est en effet en 2004 que l'Afrique du sud a hérité de l'organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 2010, devenant ainsi la première nation africaine à accueillir l'épreuve suprême. Rien d'étonnant à ce que le pays soit pris d'une effervescence contagieuse et d'un regain d'amour pour le ballon rond.

Cela peut paraître difficile à imaginer, mais il y a à peine 40 ans, l'Afrique du sud était suspendue par la FIFA en raison des pratiques racistes de son ancien gouvernement.

La politique interdisant les différents groupes ethniques de jouer les uns contre les autres allait de pair avec les règles de l'apartheid dans une société à jamais divisée selon les couleurs de peau.

En octobre 1964, à Tokyo, la FIFA décide de suspendre la fédération sud-africaine à cause de sa politique ségrégationniste. L'entité de tutelle du football international fait partie des premières instances sportives à prendre des mesures contre l'apartheid et à lutter pour l'éradication de tels règlements racistes.

En 1976, à Montréal, la suspension se transforme en expulsion. Ce n'est qu'en juillet 1992 que l'Afrique du sud réintègre la FIFA, après le démantèlement de la législation ségrégationniste et le début des négociations destinées à créer une société démocratique.

Le conflit autour du statut du pays au sein de la FIFA remonte à 1952, lorsque l'affiliation de la Football Association of South Africa (FASA), fédération réservée aux blancs, est remise en question par une organisation interraciale composée de fédérations noires, mixtes et indiennes. Ce regroupement constitue un organe parallèle visant à gérer le football sud-africain de l'époque.

Il se nomme South African Soccer Federation (SASF) et demande régulièrement à la FIFA de reconnaître son existence et de devenir membre. Parallèlement, il lui demande expressément de mettre un terme à l'affiliation de la FASA pour cause de discrimination raciale.

La FASA refuse de fusionner avec la SASF, avançant qu'un tel rapprochement s'oppose à la loi et aux coutumes du pays. A la place, elle propose à la fédération de la rejoindre en tant que filiale sans droit de vote.

De son côté, la FIFA essaie en novembre 1954 de trouver une solution satisfaisante pour les deux camps, mais devant l'échec de sa tentative, elle entame son combat contre le racisme dans le football sud-africain.

En 1955, elle déclare que la FASA ne constitue pas une fédération nationale car ses statuts ne reconnaissent pas la grande majorité des footballeurs du pays et ne leur donnent pas le droit de représenter leur nation. En 1956, une commission de la FIFA est dépêchée en Afrique du sud pour y effectuer une enquête, mais lors du Congrès, qui se tient la même année au Portugal, la décision est reportée à 1958.

Quant à la FASA, elle se joint à la nouvelle Confédération Africaine de Football à Lisbonne en 1956, mais elle ne participe pas à la première Coupe d'Afrique des Nations, l'année suivante à Khartoum.

La CAF expulse la FASA en 1960. Simultanément, la FIFA demande à l'entité sud-africaine de régulariser la pratique du football selon des lignes directrices non discriminatoires dans les 12 mois sous peine de sanctions.
Les mesures nécessaires n'ayant pas été prises, la FIFA suspend l'Afrique du sud une première fois en 1961, mais la sanction est levée après la visite du Président de la FIFA Stanley Rous dans le cadre d'une deuxième commission d'investigation.

Les dirigeants blancs sud-africains ont cherché à calmer le jeu en suggérant qu'une équipe de noirs représente le pays dans la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA 1966. La sélection commence alors à travailler sous la houlette d'un entraîneur anglais. Mais la CAF interdit à l'Afrique du sud de participer aux éliminatoires de la Zone africaine ; le pays concourt alors avec l'Australie et les deux Corées.

En 1964, la pression du monde entier est telle que lors du Congrès de la FIFA, il est décidé à la majorité de suspendre le pays jusqu'à ce qu'il adopte un football sans distinction raciale. Freiné par l'apartheid, ce processus mettra une décennie avant d'arriver à terme.
Lorsqu'il accède à la présidence en 1976, le Brésilien Joao Havelange prend une première mesure forte : l'exclusion de l'Afrique du Sud lors du Congrès de Montréal.

Ironie du sort, il sera l'un des premiers dirigeants sportifs majeurs à se rendre dans le pays (à Johannesburg, en avril 1992) quand l'apartheid commencera à être démantelé.

La libération de Nelson Mandela et le début de pourparlers destinés à mettre en place un nouveau gouvernement ont conduit la FIFA à remettre l'Afrique du sud sur la carte du football international. Sous la forme d'un organe nouveau et non discriminatoire, la South African Football Association.