Dans une interview exclusive accordée au magasine sportif allemand kicker, le Président de la FIFA, Joseph S. Blatter, revient en détail sur les grands thèmes qui agitent actuellement le monde du football : la modification du règlement, le problème des paris, l'arbitrage professionnel, ainsi que le nouveau contrat qui lie désormais la FIFA à l'équipementier sportif adidas. Deuxième partie



kicker : L'utilisation de la vidéo, une puce dans le ballon ou une caméra dans le but : jusqu'où le football peut-il aller dans ce domaine ?

M. Blatter : C'est un sujet qui revient tous les ans. Je l'aborderai d'ailleurs à la fin de la semaine (ndlr: interview réalisée avant la réunion de l'IFAB le 26 février dernier), lors de la réunion avec l'International Board. Je compte suggérer que nous nommions un groupe d'experts, afin d'établir précisément ce qui peut apporter un plus et ce qui ne servira à rien. Mais nous ne perdrons pas de vue l'essentiel, à savoir que le football doit rester universel à tous les échelons.

kicker : Cela signifie-t-il qu'il ne peut pas y avoir de différence entre les championnats amateurs et professionnels dans le recours à la vidéo ?

Exactement. La seule différence, c'est que les championnats les mieux organisés disposent de trois officiels par matches, un arbitre et deux assistants. Les règles, elles, sont les mêmes pour tous.


kicker : La solution consistant à implanter une puce dans les ballons est-elle également à proscrire, car trop coûteuse pour les divisions inférieures ?

Il n'est pas dit que cela serait trop cher.


kicker : Mais vous excluez donc la caméra dans les buts ?

M. Blatter : Je n'exclue rien pour le moment. Ce qui compte, c'est que les règles restent aussi simples que possible.

kicker : Pourtant, la règle du hors-jeu n'est pas vraiment évidente à interpréter.

Nous sommes en train de la rendre plus précise.


kicker : Comment souhaiteriez-vous voir évoluer les choses dans ce domaine ?

Mon souhait, en tant qu'ancien attaquant, est que seul le joueur qui reçoit le ballon puisse être signalé hors-jeu. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer cette idée avec Jan Koller, Milan Baros, Ronaldinho et Shevchenko et tous sont très enthousiastes.


kicker : Mais que se passe-t-il si un joueur ne joue pas le ballon, mais gêne le gardien de but ou lui bouche son angle de vision ?

Dans ce cas, l'arbitre doit siffler une obstruction sur le gardien et non plus un hors-jeu.


kicker : Avez-vous d'autres projets de modernisation pour le football ?

Le football est très conservateur dès lors qu'il s'agit du règlement. Et je crois moi aussi que, à une époque où tout va très vite, nous devrions tous nous en tenir à une approche conservatrice. Nous devons en effet moderniser nos stades et nos terrains. Nous devrions utiliser davantage les surfaces synthétiques, qui permettent au football de jouer un rôle plus sensible au sein de la communauté. Tout cela ne peut se produire que dans un cadre amélioré, c'est-à-dire qu'il faut que nos stades deviennent des points de rencontre au-delà des matches. Il faut en faire des lieux de rassemblement, avec des possibilités de loisirs mais aussi des bureaux.


kicker : Les simulations constituent une forme de tricherie. Le carton jaune est-il une sanction suffisante ?

Simuler, c'est tricher, il n'y a aucun doute là-dessus. Néanmoins, il est difficile de définir précisément s'il y a simulation ou pas. En tout cas, la simulation est plus grave qu'un tirage de maillot ou qu'un croche-pied.


kicker : Dans ce cas, pourquoi ne pas sanctionner les simulateurs d'un carton rouge ?

Vous avez raison, car il s'agit d'une tromperie vis-à-vis des autres joueurs et de l'arbitre. Je suis en faveur du carton rouge pour les joueurs qui simulent !

kicker : Le récent scandale qui a affecté l'arbitrage allemand place-t-il l'Allemagne dans une position délicate à l'approche de la Coupe du Monde de la FIFA 2006 ?
Oui, d'ailleurs, il suffit de regarder l'évolution de la demande de billets ! Plus sérieusement, qui se souvient qu'en 1971, la Bundesliga était éclaboussée par un autre scandale ? Je ne pense pas que l'image de l'Allemagne au niveau international ait été affectée par cette affaire.
 


kicker : Par ailleurs, la situation financière critique du Borussia Dortmund fait également couler beaucoup d'encre en Allemagne. Et cette situation n'est pas unique en Europe.
Et pourquoi cela ? Parce que la situation n'a pas été bien contrôlée ! Nous avons le même problème ici en Suisse, avec le Servette de Genève. C'est le rôle des ligues ou des fédérations de contrôler le football professionnel et de surveiller attentivement les finances.

kicker : Pourtant, l'Allemagne est très fière de son système d'octroi de licences…
Le principal problème, c'est le surendettement des clubs qui établissent leur budget en tenant compte de leur participation à telle ou telle compétition. C'est la situation actuelle, et non les perspectives souhaitées, qui devrait servir de base de calcul pour toutes les décisions budgétaires. Je ne comprends vraiment pas ce qui a pu se passer à Dortmund. Le club attire près de 80 000 supporters à domicile et il n'arrive pas à s'en sortir ? Les bras m'en tombent.

kicker : Mis à part Manchester United, aucun des clubs européens côtés en bourse ne génère de bénéfices.
Tant que les associations nationales remplissent leur mission de contrôle, la FIFA ne peut pas pas intervenir dans ce genre d'affaires. En France par exemple, les sanctions à l'égard des clubs mal gérés sont très sévères. En Italie, une loi a été votée afin de détaxer les transferts entre les clubs. Mais cela n'est possible qu'en Italie. En Grande-Bretagne, les clubs de Premier League sont plutôt bien gérés. Maintenant, il y a une autre théorie : imaginez que, sur le marché européen, l'UEFA ou la FIFA décident d'intervenir dans la loi de l'offre et de la demande. C'est bien évidemment impensable. Alors pouquoi se retrouve-t-on face à de telles situations dans le football ? Parce que le football est avant tout basé sur l'émotion, une émotion qui n'a rien à voir avec une prise de décision reposant sur des principes économiques sains. Le football est avant tout une affaire de mécénat.

kicker : Comme Roman Abramovitch à Chelsea.
Chelsea est dans le rouge au niveau financier, comme ses représentants nous l'on montré ici à Zurich.

kicker : Même avec Abramovitch ?
Eh oui ! Mais ils prévoient d'effacer toutes leurs dettes d'ici à deux ans.

kicker : Le Borussia Dortmund fait partie du "G14", un groupe qui réunit maintenant 18 des plus grands clubs européens. Justement, certains de ces clubs sont lourdement endettés…
Lorsque l'on dépense plus que ce que l'on gagne, on se retrouve avec des soucis de trésorerie.

kicker : Comment assainir la situation ?
Il faut être raisonnable ! Que fait une famille lorsqu'elle est endettée ? Elle fait des économies, elle ne se désagrège pas. En l'occurrence, il faut d'abord se pencher sur les indemnités de transfert. Les clubs ne dépenseraient pas de telles sommes si les joueurs n'étaient pas achetés quand ils sont encore sous contrat. Hélas, dans ce genre de situation, ce n'est plus la tête qui commande mais le cœur. Il faut avant tout respecter les contrats !