Dans une interview exclusive accordée au magasine sportif allemand kicker, le Président de la FIFA, Joseph S. Blatter, revient en détail sur les grands thèmes qui agitent actuellement le monde du football : la modification du règlement, le problème des paris, l'arbitrage professionnel, ainsi que le nouveau contrat qui lie désormais la FIFA à l'équipementier sportif adidas.
kicker : Comment jugez-vous la position actuelle du "G14" par rapport à celle de la FIFA et de l'UEFA ?
M. Blatter : Cette association de clubs, qui n'est reconnue ni par l'UEFA ni par la FIFA, a porté plainte contre nous devant la Commission de la Concurrence en Suisse. Que ce soit sur le plan sportif, économique ou moral, je ne crois pas que cela soit très louable.
kicker : Le "G14" est-il nuisible à l'ensemble du monde du football ?
Le football se nourrit des grandes émotions qu'engendre le football professionnel. Nous avons besoin du football professionnel. Nous avons aussi besoin de ces clubs pour faire la promotion de notre sport. Il est impossible de se passer d'eux. Mais chacun devrait prendre conscience de la nature de son rôle et agir en conséquence. Plus vous avez de droits, plus vous avez d'obligations et de responsabilités.
kicker : Quinze ligues européennes, dont la DFL allemande, se sont récemment réunies à Bruxelles pour créer la Ligue Européenne de Football Professionnel (EPFL). S'agit-il d'une nouvelle étape vers la marginalisation de la FIFA, de l'UEFA et des fédérations nationales ?
Les structures de l'UEFA comprennent un Forum des clubs, un panel des championnats et le Congrès des fédérations. Tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre est tout simplement illégal. C'est une tentative de court-circuitage de l'organisation pyramidale du football. A la limite, cela se comprendrait que tous les championnats européens se réunissent sous prétexte que les fédérations ne sont pas à la hauteur. Mais, une fois de plus, ce sont les représentants des championnats connus comme les plus riches qui se réunissent.
kicker : Peut-être que la structure classique des associations ne convient plus aux clubs professionnels…
Lorsque j'examine ces clubs et les objectifs de ces ligues, je me rends compte que le problème est avant tout économique. Pour les clubs, c'est avant tout une question d'argent. Quant aux ligues, elles veulent avoir davantage de poids dans l'organisation du football. Il y a à peine un an, les nouveaux statuts de la FIFA ont été ratifiés à l'unanimité. Il y est dit clairement que les ligues sont rattachées aux associations.
kicker : Du point de vue de la FIFA, reste-t-il des problèmes à résoudre avant la Coupe du Monde de la FIFA 2006 ?
Pour nous, cette Coupe du Monde ressemble à un match à domicile car nous sommes vraiment tout près de l'Allemagne. Et je dois faire un compliment à mes collègues allemands : lorsqu'ils font quelque chose, ils le font bien. Tout est plus que parfait. Du point de vue de l'organisation, je ne vois pas comment les choses peuvent mal se passer. Bien sûr, on n'est jamais à l'abri d'un problème, une catastrophe naturelle par exemple, mais cela, ni les footballeurs ni la société en général n'y peuvent rien. Rien n'est jamais certain.
kicker : En ce qui concerne la répartition des billets, certains en Allemagne se sont émus du peu de billets réservés aux Allemands.
Avec un slogan tel que : "le rendez-vous de l'amitié", vous comprendrez qu'on ne peut pas donner tous les billets au pays organisateur.
kicker : Mais quelques milliers de billets, cela ne fait pas beaucoup.
Pour être précis, nous avons reçu deux millions de réservations, dont 80 pour cent en provenance d'Allemagne. Selon toute vraisemblance, la majorité des billets de ce premier lot ira donc aux supporters allemands. Et n'oublions pas qu'après la première phase, de nouveaux billets seront mis en vente.
kicker : Environ deux tiers des billets n'iront pas aux supporters mais aux sponsors, par exemple.
Oui mais parmi ceux-ci, beaucoup reviendront aux supporters par le biais de tirages au sort ou de concours. Attendez de voir ce que McDonald's ou Philips ont prévu de faire avant la Coupe du Monde de la FIFA.
kicker : Que pensez-vous de l'accord concernant les Retransmissions publiques ?
Je dois faire un compliment à l'agence Infront : elle s'est montrée généreuse. Nous avions déjà organisé des Retransmissions publiques en République de Corée et elles avaient attiré un large public.
kicker : Les droits télé de la Coupe du Monde de la FIFA seront-ils à l'avenir gérés par des agences, ou la FIFA compte-t-elle reprendre les choses en main ?
En 1996, nous avons décidé de travailler avec des agences, après des expériences malheureuses avec un consortium de télévisions internationales. Mais la question reste ouverte. Nous avons fait un appel d'offres et nous avons reçu 22 réponses. Ce problème sera donc traité par le Comité Exécutif.
kicker : Quand cette décision doit-elle intervenir ?
En juin, pendant la Coupe des Confédérations de la FIFA, Allemagne 2005.
kicker : Infront semble bien placé…
Je ne peux encore rien vous dire à ce sujet. Pour nous, l'important, c'est que tout fonctionne bien, pas seulement la partie financière. Nous devons également veiller à la répartition des droits entre les différentes chaînes de télévision.
kicker : Vous venez de signer un accord qui vous lie à long terme avec adidas, l'un des plus anciens partenaires de la FIFA.
C'est un bon accord.
kicker : Les autres équipementiers n'avaient aucune chance ?
Pas du tout, mais le seul autre concurrent n'a pas voulu soumettre une offre l'engageant d'un point de vue juridique.
kicker : Moins de partenaires officiels, plus d'argent. Est-ce là la nouvelle philosophie de la FIFA ?
Nous avons décidé qu'il n'y aurait que six partenaires principaux. A ceux-ci viennent s'ajouter six à huit Partenaires officiels de la Coupe du Monde de la FIFA et 4 à 6 Fournisseurs nationaux. Cela nous permet de chercher de nouvelles ressources pour la Coupe du Monde de Football Féminin de la FIFA. Les six partenaires principaux sont présents dans toutes les manifestations que nous organisons. Les autres sponsors dans d'autres domaines apparaissent de façon spécifique.
kicker : En ce moment, nombre de jeunes joueurs changent d'équipe nationale.
Nous n'avions pas prévu cela lorsque nous avons modifié le règlement concernant les jeunes joueurs. Les jeunes âgés de 21 ans ou moins possédant la double nationalité se sont vus accorder le droit de décider pour quelle sélection ils souhaitaient jouer. Avant cela, ils pouvaient se retrouver définitivement liés à une sélection dès 16 ans. Mais repousser la limite à 21 ans a été une erreur. Ce changement a été utilisé comme prétexte à des bras de fer entre sélections. D'un coup d'un seul, l'équipe nationale n'est plus seulement une question de prestige, elle devient aussi une affaire de gros sous. Nous devrions placer la limite à 18 ans mais, pour le moment, il n'y a encore aucune proposition à ce sujet.