Lorsque l'on s'intéresse aux grands noms de l'histoire du sport brésilien, force est de constater que les footballeurs occupent une place essentielle. Dans un panthéon largement dominé par les spécialistes du ballon rond, la présence d'Ayrton Senna fait donc figure d'exception. Pourtant, l'ancien champion du monde de Formule 1 n'avait sans doute rien à envier aux Garrincha, Pelé, Rivelino et autres Zico en termes de talent, de classe et de génie.
Son décès tragique en mai 1994 avait plongé tout le pays dans le deuil, un mois à peine avant que les Etats-Unis ne se préparent à accueillir la quinzième Coupe du Monde de la FIFA. Très émus par la mort de ce pilote d'exception, les membres de la Seleção avaient juré de remporter la compétition en l'honneur de leur idole disparue. Le 17 juillet, tandis que Dunga soulevait le trophée tant convoité vers le ciel de Los Angeles, les Brésiliens déployaient une grande banderole sur laquelle on pouvait lire : "Senna, nous avons accéléré ensemble. Le tetra est à nous".
Le Brésil s'était emparé de la pole-position au Classement mondial FIFA/Coca-Cola douze jours avant le désormais célèbre accident. Suite à son sacre en finale de la Coupe du Monde de la FIFA, la Seleção exerce alors une véritable hégémonie au sommet de la hiérarchie mondiale. Sur les 140 mois suivants, soit jusqu'en février 2007, le Brésil n'en aura passé que 14 loin du premier rang. Le temps pour la France d'exercer une brève domination, à compter de mai 2001.
Depuis cette époque, beaucoup de Brésiliens ont tendance à considérer cette première place comme leur propriété personnelle. Après avoir vu l'Argentine exercer le pouvoir pendant neuf mois, les fans auriverdes ont ensuite assisté avec dédain à l'ascension de l'Espagne. Profitant habilement de son sacre en finale de l'Euro 2008, la Furia Roja s'est depuis attachée à consolider son avance depuis juillet 2008.
Merci les Etats-Unis
A la veille de la Coupe des Confédérations de la FIFA, les champions d'Europe en titre comptaient 319 points d'avance sur leurs premiers poursuivants, les Pays-Bas. Le Brésil, cinquième, pointait alors à 473 longueurs. En cas de succès, les Espagnols seraient devenus pratiquement intouchables. Très vite, les hommes de Vicente del Bosque ont fait le nécessaire pour justifier leur statut de favoris. Vainqueurs de la Nouvelle-Zélande (5:0), de l'Irak (1:0) et de l'Afrique du Sud (2:0), l'Espagne s'est qualifiée pour les demi-finales sans trembler. La Roja en a également profité pour égaler la séquence de 35 matches sans défaite du Brésil et pour établir une série record de 15 victoires consécutives. Mais, contre toute attente, le beau parcours de l'Espagne a été brusquement interrompu par les Etats-Unis.
De son côté, le Brésil a facilement dominé les débats dans le Groupe B. Après une courte victoire 4:3 contre l'Egypte, les hommes de Dunga ont fait parler la poudre en s'imposant 3:0 face aux Etats-Unis et à l'Italie. Les quintuples champions du monde ont ensuite brisé les rêves sud-africains en demi-finale, avant de batte les Etats-Unis 3:2 en finale, au prix d'un superbe come-back.
La Seleção avait débuté le mois de juin sur deux succès, en Uruguay (4:0) et devant le Paraguay (2:1). Solidement installés en tête des qualifications sud-américaines pour la Coupe du Monde de la FIFA 2010, les Brésiliens ont ensuite pu s'attaquer sereinement à la Coupe des Confédérations de la FIFA. A l'heure du bilan, le Brésil reste donc sur une formidable série de sept victoires en un mois. Le Classement mondial FIFA/Coca-Cola du mois de juillet, publié trois jours après le coup de tête rageur de Lucio à Johannesburg, reflète logiquement cette progression fulgurante. Après une longue absence, le Brésil est donc de retour au sommet de la hiérarchie du football mondial.
Pas le temps de se reposer
Pour leur prochaine sortie, les hommes de Dunga affronteront l'Estonie à Tallinn, le 12 août. Le nouveau leader du classement affiche des statistiques impressionnantes : huit victoires de rang et seize matches sans défaite au cours desquels il a marqué à 39 reprises pour neuf buts encaissés. Ces excellents résultats doivent évidemment beaucoup au gardien Julio Cesar, au latéral Maicon, au meneur de jeu Kaka et aux attaquants Robinho et Luis Fabiano. Toutefois, ces champions n'auront pas le temps de se reposer sur leurs lauriers : dès septembre, les qualifications pour Afrique du Sud 2010 reprendront leurs droits avec un déplacement périlleux en Argentine et la réception du Chili.
"Je suis fier de la progression de mon équipe3, déclare le sélectionneur brésilien. 3Mes joueurs sont tous de formidables professionnels, aussi sérieux que talentueux. Nous sommes ravis d'avoir remporté la Coupe des Confédérations, mais nous devons continuer à travailler sereinement et tirer les enseignements de nos erreurs passées."
Kaka, Ballon d'or d'Afrique du Sud 2009, semble sur la même longueur d'ondes : "Il ne faut pas tomber dans l'euphorie, car cela nous a coûté cher lors de la dernière Coupe du Monde. Heureusement, le groupe actuel possède une mentalité très différente. Les joueurs ont faim de succès et ils sont prêts à tout pour gagner des titres. De toute façon, le Brésil ne pourra jamais se contenter de la deuxième place".
Voilà au moins un problème dont la Seleção n'a plus à se soucier, du moins pour l'instant. Quinze ans après le sacre du Rose Bowl qui avait marqué le début de l'hégémonie brésilienne, Dunga est encore là pour mener la Canarinha vers les sommets. Grand amateur de football et collectionneur de pole-positions, Senna serait sans doute fier de l'hommage.

