Après le tremblement de terre de janvier qui a fait près d’un quart de million de morts et un million de sans-abri, et ravagé une terre déjà durement touchée par la pauvreté, les Haïtiens sont aujourd’hui entièrement accaparés par la reconstruction et ne se préoccupent guère de football.

Malgré tout, si la nation caribéenne est encore loin d’être remise, elle s’est offert une petite victoire au dernier Classement mondial FIFA/Coca-Cola. En temps normal, peu de pays sont aussi passionnés de football qu'Haïti, célèbre pour avoir réussi l’exploit de se qualifier pour la Coupe du Monde de la FIFA, R.F.A. 1974. Neuvième de la zone CONCACAF et au 87ème rang de la hiérarchie mondiale, l’équipe nationale a déjà courageusement commencé à se reprendre en main et à se tourner vers l’avenir.

La planète foot solidaire
Par miracle, tous les internationaux sont sortis indemnes du séisme. "Le tremblement de terre s’est déclenché vers 17 heures. Beaucoup de joueurs étaient à l’entraînement, ce qui leur a peut-être sauvé la vie. En revanche, tous ou presque ont perdu des proches", explique le président de la Fédération haïtienne de football, Yves Jean-Bart. Lui-même a été blessé lors de la catastrophe qui a tué le coach de la sélection junior, Jean-Yves Labaze, la masseuse de l’équipe nationale, le caméraman et le directeur exécutif. Trente-deux corps au total ont été retirés des décombres du siège de la fédération.

Pour la plupart sans logement et dans l’impossibilité de s’entraîner à Port-au-Prince, où il ne reste rien des installations sportives, les footballeurs haïtiens ont effectué une première sortie chancelante après le drame, le 5 mai. Opposés pour l’occasion à la puissante Argentine, ils ont encaissé une défaite logique et sans appel (0:4), qui n’a pas surpris les Grenadiers de Jairo Rios, absents des terrains internationaux depuis plus d’un an. A la mi-temps, l’icône Maradona, sélectionneur de l’Argentine, a posé pour des photos auprès de plusieurs joueurs caribéens subjugués. Si les Albicelestes se sont montrés sans merci sur la pelouse, un généreux esprit de fraternité et de solidarité a régné tout au long de la journée à Ipira.

La planète toute entière, et notamment la planète football, se tiennent aux côtés de Haïti. La FIFA a fait don de plus de trois millions de dollars, somme qui devrait être d’une aide précieuse pour préparer la Coupe des Caraïbes 2010 qui se déroulera en Martinique. Rappelons que le onze haïtien a remporté ce tournoi en 2007 et s’était qualifié du même coup pour la Gold Cup 2008, la Coupe des Nations bisannuelle de la CONCACAF.

L'amour du ballon ne meurt jamais
Il reste très peu d’endroits où jouer au football en Haïti, mais une fois les décombres nettoyés, les enfants reprendront possession des rues et recommenceront à taper dans le ballon. Le beau jeu aidera la malheureuse nation à revivre et à rêver. Une rencontre amicale internationale pourrait être organisée en août à Port-au-Prince. Est-il plus belle façon d’aider l’île à sortir de l’abîme ? "C’est incroyable, mais même au milieu des ruines, les jeunes veulent jouer", s’émeut le président de la Fédération, qui a distribué des ballons de football dans les camps de tentes dressés à la hâte après le tremblement de terre.

Absente du grand rendez-vous sud-africain, Haïti sera néanmoins bel et bien présente dans le cœur des participants, qui ne manqueront pas d’avoir une pensée pour la vaillante nation insulaire. "Le football fait partie intégrante de notre société", conclut Jean-Bart. "C’est pourquoi il est important que le ballon reprenne ses droits, pour ramener un peu de sérénité et de joie".