Marama Vahirua le rappelle à chaque fois qu'il célèbre un but sur les pelouses de Ligue 1 : c'est bien la pirogue qui est le sport le plus populaire à Tahiti. Le va'a, bien ancré dans la tradition de cette île d'à peine plus de 1 000 km2, qui baigne dans l'horizon bleu du Pacifique Sud, n'est pourtant pas la seule discipline dont raffolent les insulaires. Sur la terre ferme, le foot est bien le sport numéro un.

Les Tahitiens prouvent d’ailleurs, peu à peu, qu'ils sont eux aussi capables d'exister au plan international. La jeune Fédération Tahitienne de Football (1989) a encore tout à construire, mais peut d'ores et déjà s'appuyer sur quelques succès.

D'abord, il y a ce sursaut d'orgueil au dernier classement mondial FIFA/Coca-Cola : un an après avoir été relégué au rang le plus bas de son histoire (195ème), l'équipe nationale s'est remise dans le sens de la marche en gravissant neuf échelons, passant de la 184ème à la 175ème place, la plus belle progression océanienne du mois. "Cela prouve qu'ils ont fait du bon boulot et que ça paie", s'enthousiasme Lionel Charbonnier au micro de FIFA.com. L'ancien gardien, champion du monde 1998 avec l'équipe de France et sélectionneur de Tahiti de 2007 à 2009, n'est pas pour rien dans cette progression.

Tahiti au paradis
Réputé exigeant, l'ex-portier a tenté d'apporter tout son savoir faire : "Travailler sur la confiance, l'esprit d'équipe et la solidarité, et surtout s'entraîner tous les jours avec des méthodes pro. J'ai également contribué à une réflexion plus globale sur la politique technique d'élite, les infrastructures ou encore l'organisation du championnat", précise Charbonnier.

L'ancien portier des Glasgow Rangers, qui a entraîné durant deux ans l'équipe seniors, les U-17 et les U-20 de l'Ile du vent a connu, avec cette dernière catégorie, sa plus belle réussite : une victoire historique 2:1 contre la Nouvelle-Zélande, avec à la clé une qualification pour la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Egypte 2009. "Quand j'ai appris ça, j'étais fou de joie, Charbonnier a fait un super boulot", s'enthousiasme Pascal Vahirua, aujourd'hui entraîneur des jeunes de son club de toujours, l'AJ Auxerre.

L'ex-international français rêve d'imiter un jour son ancien coéquipier : "J'ai envie d'apporter mon expérience aux jeunes, de faire une deuxième carrière là-bas et rendre ainsi à ma terre d'origine tout ce qu'elle m'a apporté". L'emblématique ailier gauche n'a porté qu'une fois le maillot rouge et blanc de Tahiti avant de s'exiler pour la métropole et d'être appelé 22 fois en sélection tricolore (1 but).

Il faut dire qu'il n'est pas évident de concilier une carrière de haut niveau en Europe et les exigences d'une sélection basée à l'exact opposé de la planète, comme le rappelle Marama Vahirua, le jeune cousin de l'ancien Auxerrois. "Le sélectionneur actuel, Eddy Etaeta, m'a appelé il y a quelques semaines pour me demander de participer au tournoi des Jeux du Pacifique en septembre prochain. J'ai donné mon accord de principe, mais il faut voir si Nancy sera d'accord pour me laisser partir trois semaines."

Le modèle néo-zéalandais
Le Nancéien se réjouit lui aussi de cette remontée au classement mondial : "C'est une très bonne chose pour un si petit pays de pouvoir exister ainsi à travers le football." De son côté, Lionel Charbonnier envisage l'avenir avec optimisme : "L'objectif maintenant serait de se rapprocher de la Nouvelle Calédonie ou de la Nouvelle-Zélande, et pourquoi pas passer devant elles."

Le champion du monde 98 estime par ailleurs que cette bonne dynamique s'appuie sur l'essor de ce qu'il appelle "le football diversifié" avec le succès croissant des équipes féminines, du Futsal, et surtout du Beach Soccer. "Ils sont bâtis physiquement pour cette discipline", analyse-t-il en s'appuyant sur la belle qualification pour la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA, Ravenne/Italie 2011. Un exploit qui découle d'une victoire surprise sur les Îles Salomon, pourtant grands favoris pour représenter la zone OFC en Italie. Une préparation rêvée pour Tahiti qui accueillera l'édition 2013, grande première océanienne.

"On ne fera probablement jamais partie des grandes nations du football, mais ce n’est pas parce qu’on est plus petit qu’on ne doit pas avoir d’ambitions", déclarait il y a peu Pure Nena, le directeur administratif de la fédération tahitienne. Pour s’en donner les moyens, Tahiti pourra pour cela s'appuyer notamment sur ceux qui ont emmagasiné un beau vécu international sur les terres égyptiennes en 2009, comme les frères Lorenzo et Alvin Tehau, ou encore Heimano Bourebare : "Une génération fantastique que j'ai envie de voir éclore au plus haut niveau", selon Lionel Charbonnier, qui continue, malgré l'éloignement, à la surveiller de très près.