La patience paie pour les Samoa américaines

Tout vient à point à qui sait attendre. Un adage dont avaient fini par douter les Samoa américaines, minuscule archipel situé aux confins de l’Océanie, qui forme l’une des plus petites associations membres de la FIFA. Près de 20 ans après leur apparition sur la scène footballistique internationale, les insulaires ont enfin pu savourer la toute première victoire de leur histoire.

La route n’aura pas été simple. Avant d’en arriver là, les Samoa américaines ont dû faire preuve d’une patience infinie, subissant même la pire défaite jamais enregistrée en match officiel de la FIFA. Une page s’est enfin tournée le 22 novembre à Apia, dans l’archipel voisin des Samoa. Près de 17 ans après leurs débuts internationaux, qui eurent également lieu dans la capitale des Samoa, les îliens ont fini par connaître le goût du succès face aux Tonga, pourtant données favorites.

Cette performance a été récompensée par un bond de 18 places au Classement Mondial FIFA/Coca-Cola. Les Samoa américaines pointent désormais au 186ème rang, leur meilleure position à ce jour, ce qui leur a permis de dépasser la Papouasie-Nouvelle-Guinée ainsi que les Îles Cook. Une progression modeste certes, mais significative pour une nation de moins de 60 000 habitants.

La lutte contre l’adversité
La quête des Samoa américaines pour la reconnaissance footballistique a débuté lors des qualifications pour la Coupe des Nations de l’Océanie en 1994. S’ensuivirent deux autres campagnes infructueuses pour disputer la compétition continentale, puis la première participation aux qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA™ en 2001.

Le seul fait de prendre part au marathon préliminaire de l’épreuve reine représentait un grand pas en avant pour les Samoa américaines. Malheureusement, les prestations sur le terrain se soldèrent par un fiasco inimaginable. Privée de nombreux éléments avant le tournoi pour des raisons administratives, la sélection, constituée en majorité de très jeunes joueurs, concéda quatre défaites avec 57 buts encaissés pour zéro but inscrit. Les insulaires touchèrent le fond en s’inclinant 31:0 face à l’Australie, établissant au passage un triste record qui a bien peu de chances d’être battu un jour.

Les choses ne pouvaient alors que s’améliorer. Lors des deux qualifications mondialistes suivantes, les Samoa américaines offrirent une résistance accrue à leurs adversaires sans toutefois parvenir à s’imposer. Mais sans même le moindre match nul sur leur CV, elles continuaient à végéter dans les abysses de la hiérarchie footballistique mondiale.

Un nouveau chapitre
Personne ne s’attendait donc à voir briller les îliens à l’approche du tournoi à quatre comptant pour le premier tour des préliminaires océaniennes pour la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™. Avec un seul billet mis en jeu pour le deuxième tour, autant dire que les carottes semblaient déjà cuites.

C’était oublier la science tactique du nouveau sélectionneur Thomas Rongen, ancien entraîneur du New England Revolution et du DC United, entres autres, et ex mentor de la sélection U-20 des Etats-Unis. Grâce à ce fin technicien, les Samoa américaines sont restées en course pour la qualification jusqu’à la dernière minute de l’ultime journée. Obligés de s'imposer face à leurs voisins des Samoa, les insulaires ont résisté jusqu’à la 89ème minute, non sans avoir touché du bois dix minutes plus tôt sur une frappe de Diamond Ott.

Malgré cette déception, l’essentiel avait été accompli quatre jours plus tôt avec cette victoire historique 2:1 contre les Tonga. Un succès mérité, acquis grâce à un but décisif du jeune Shalom Luani (17 ans). Deux jours plus tard, les protégés de Thomas Rongen décrochaient même le premier match nul du pays en tenant en échec les Îles Cook 1:1, avec à la clé un nouveau but de Luani.

Au-delà d'une simple satisfaction collective, le résultat obtenu face aux Tonga a été vécu par certains comme une véritable rédemption. C’est le cas du gardien Nicky Salapu, qui était dans les cages lors du naufrage face à l’Australie. "Aussitôt après la fin du match, il m’a regardé droit dans les yeux", relate le sélectionneur. "Il pleurait et il m’a dit : ‘Maintenant, je peux dire à mes enfants que je suis un gagneur’. Très honnêtement, tout cela va plus loin que le sport."