Évoquer le poids de l'expérience dans un tournoi de jeunes peut sembler incongru. Un joueur de 19 ans possède-t-il réellement un avantage psychologique sur des adversaires à peine plus jeunes que lui ? À en juger par la finale du Tournoi Juniors FIFA/Blue Stars 2016, la réponse ne fait guère de doute.

Kareem Gubari a réalisé un petit exploit en deuxième mi-temps, signé un but splendide et lancé son équipe sur la voie du succès. Le Grasshopper a ainsi pris le meilleur sur West Ham (2:0) et inscrit son nom au palmarès de la 78ème édition de la prestigieuse compétition zurichoise.

Au cours des trois dernières années, la carrière et la vie de l'attaquant ont connu tant de virages en épingle à cheveux qu'on l'imagine désormais blindé sur le plan émotionnel. Très en vue lors de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA, EAU 2013, Gubari a quitté la ville de Kirkouk, en Irak, ravagée par la guerre, pour s'installer à Zurich. Depuis un peu plus d'un an, il s'entraîne avec le groupe professionnel du GCZ. En août  prochain, il participera au Tournoi Olympique de Football Masculin sous les couleurs de l'Irak, un événement qu'il attend avec une impatience non dissimulée.   

Dans ces conditions, il ne fallait pas s'étonner de voir le futur lauréat du Ballon d'Or adidas hausser le ton en finale contre West Ham. Gubari s'est illustré en repiquant au centre depuis l'aile gauche, avant de décocher une frappe limpide qui a terminé sa course dans la lucarne gauche. "J'avais très envie de marquer dans cette finale, mais la première mi-temps était tellement serrée et pauvre en occasions que je commençais à me sentir un peu frustré. C'est à ce moment que j'ai reçu le ballon là", explique le héros du jour en désignant l'angle de la surface depuis lequel il a signé l'ouverture du score. "Quand j'ai vu que j'avais un petit espace, je me suis dit qu'il fallait que je tente ma chance."

Un stress positif
Ce faisant, Gubari a changé le cours d'un match fermé jusque-là. Par la suite, le Grasshopper a doublé son avance par Nikola Mijatovic. Après le triomphe du FC Lucerne en 2015, les clubs suisses ont remporté quatre des cinq dernières éditions du Tournoi Juniors FIFA/Blue Stars. "C'est significatif pour un pays qui a récemment franchi plusieurs paliers et qui commence à gagner le respect des grandes nations de football", note Boris Smiljanic. Lui-même ancien international suisse entre 1999 et 2006, le technicien d'origine serbe a contribué à cet essor sur le terrain. "C'est important pour ces jeunes de voir qu'ils peuvent tenir tête à des équipes anglaises ou allemandes. Il y a d'excellents joueurs dans ces formations, mais ils n'ont rien à leur envier. Ça apporte une pression intéressante, un stress positif." 

Le groupe était porté par cette dynamique, comme en témoigne son parcours pratiquement sans faute. Après avoir terminé à la première place du Groupe A avec trois victoires et un nul vierge contre St. Pauli en ouverture, le club zurichois affiche des statistiques impressionnantes : huit buts inscrits, aucun encaissé. "Nous savions que nous avions le talent pour réussir. Il suffit de voir Gubari avec le ballon pour s'en convaincre", poursuit Smiljanic. "Les dix premières minutes contre St. Pauli ont été désastreuses, mais j'ai compris ensuite que mon équipe avait trouvé ses marques et la confiance. Depuis ce moment, je savais que ce trophée était pour nous."  

78ème Tournoi Juniors FIFA/Blue Stars
Vainqueur :
Grasshopper
Finaliste : West Ham
3ème : Anderlecht
4ème : St. Pauli
5ème : Feyenoord
6ème : FC Lucerne
7ème : Benfica
8ème : FC Zurich
9ème : FC Blue Stars
10ème : Guangzhou

Ballon d'Or adidas : Sherko Kareem Gubari (Grasshopper)
Gant d'Or adidas : Enzo D’Alberto (Anderlecht)
Prix du Fair-play de la FIFA : Guangzhou