Coupe afro-blonde, bijoux clinquants, moustaches tombantes... Carlos Valderrama fait son effet quand il débarque à Montpellier, en 1988. Le meneur de jeu colombien a été repéré depuis longtemps par ce club du sud de la France aux prétentions modestes. Il y entamera sa carrière européenne. Malgré une première saison délicate, tout le monde à Montpellier se souvient du "Pibe". Retour sur ses trois années françaises.

Il fut un temps où le Championnat de France attirait des stars sud-américaines de premier plan comme Carlos Valderrama. Le meneur de jeu de la Colombie, alors âgé de 27 ans et adulé dans son pays, s’était laissé séduire par les sirènes montpelliéraines. "On avait entendu parler de lui parce qu’il faisait du bruit en Colombie. Tout le monde disait qu’il y avait un joueur exceptionnel là-bas. On y est allé et on a constaté par nous-mêmes.", explique Louis Nicollin, président du Montpellier Hérault Sporting Club.

A l’époque, le président Nicollin a réussi un "coup". Valderrama commençait à intéresser quelques grosses écuries et il avait fait un match remarquable contre l’Angleterre à Wembley. "Nous étions allés le voir à Wembley en mai 1988, sous le maillot de la sélection colombienne, raconte-t-il. On s’était mis d’accord avec Medellin et Valderrama avait déjà signé. Il a sorti un match superbe. Le lendemain, les journaux anglais titraient ‘Montpellier a bien de la chance’".

Adaptation difficile

Valderrama peinera à démontrer ses qualités. D’abord parce qu’il est arrivé à Montpellier à court de forme. "Quand il est arrivé chez nous, il était cuit, analyse Nicollin. Résultat, l’entraîneur a préféré faire confiance à d’autres joueurs d’expérience. Il a laissé Carlos sur le banc. Et comme ce n’est pas un leader né, il n’a pas bronché."

Laurent Blanc, qui fut son partenaire à Montpellier, rappelle que l’adaptation au jeu que l’on pratique en Europe n’était pas évidente, surtout pour un tel joueur : "Le football européen est très différent du football sud-américain. Ce dernier est basé sur le jeu de passe, tandis qu’en Europe, c’est plus rugueux, il y a moins d’espaces. Ce n’était pas facile pour lui."

De fait, sa première année est quasiment blanche. Valderrama ronge son frein, mais ne proteste pas. Car à l’évidence, l’homme est respectueux. "C’est un garçon adorable, jamais un mot plus haut que l’autre. Il était très discipliné. Sa vie c’était le stade et la maison. En bref, c’est un type bien", raconte le président Nicollin.

L’arrivée du Polonais Henryk Kasperczack comme entraîneur en 1989 va enfin lui ouvrir les portes de l’équipe première. Et son talent va éblouir tout le monde. "J’aimais beaucoup son jeu. Il faisait vivre le ballon, il jouait surtout court, à une touche de balle, le fameux ‘toque’ sud-américain, très efficace. Carlos faisait toujours la bonne passe au bon moment. C’était un régal d’évoluer avec lui", explique Stéphane Paille, attaquant international qui l’a croisé à Montpellier.

Avec Valderrama c’est tout le club qui monte en puissance. "En 1990, quand Montpellier a gagné la Coupe de France, il a été le principal artisan de la victoire : il nous a sauvés en demi-finale contre Saint-Étienne", explique Nicollin. Un sentiment partagé par Laurent Blanc. "C’est sans conteste lors de cette demi-finale qu’il a le plus marqué les esprits. Ce jour-là, il a été magnifique." De même, en Coupe d’Europe, face au PSV Eindhoven ou au Steaua Bucarest, ses performances tirèrent l’équipe vers le haut.

"Nous n’aurions jamais dû le laisser partir"

De quoi, pensait-on, ouvrir les portes de grands clubs européens au Colombien. Pourtant, "El Pibe" va rejoindre Valladolid, encore un club aux ambitions modestes, mais cette fois dans le Championnat espagnol. Il y restera deux saisons avant de rentrer en Colombie. Un choix sentimental : à Valladolid, Valderrama retrouve l’entraîneur Francisco Maturana, le gardien René Higuita et l’attaquant Leonel Alvarez. Trois compatriotes... Le président de Montpellier regrette son erreur. "Nous n’aurions jamais dû le laisser partir. Il avait 30 ans et on se disait qu’à cet âge là un joueur est fini..."

Mais Valderrama, au naturel nonchalant, avait-il le profil du joueur moderne tel que les clubs européens les souhaitaient alors ? "Carlos avait les défauts de ses qualités : c’était avant tout un joueur de ballon. Il manquait un peu de rigueur dans le replacement pour un championnat européen où l’approche du jeu est différente. Il n’était pas assez défensif !", résume Stéphane Paille. Le président montpelliérain confirme : "Dans le jeu, il gardait beaucoup le ballon parce qu’il le pouvait ! On a la classe ou on ne l’a pas... C’est vrai qu’il ne courait pas beaucoup et qu’il ne revenait pas pour défendre. Mais il délivrait des passes lumineuses, et c’est ce qu’on lui demandait."

Le dernier mot à Blanc : "Dans un jeu de plus en plus physique et rapide, il n’était pas toujours à l’aise. C’était un pur joueur de ‘toque’, qui faisait tourner la balle. Mais il avait une telle maîtrise technique que lorsqu’on était embêté, on lui donnait le cuir avec la certitude qu’il ne le perdrait pas et qu’il le bonifierait même."