Les Pays-Bas sortent régulièrement de jeunes joueurs de grand talent. Rafael van der Vaart, qui évolue à l'Ajax d'Amsterdam, est la nouvelle perle oranje. Le jeune homme, buteur et créateur, compte bien exploser au haut niveau, et ce dès l'UEFA EURO 2004. Présentation.

Lors de la 150ème édition du classique de D1 néerlandaise Ajax Amsterdam - Feyenoord Rotterdam, on ne jouait pas depuis quatre minutes que les 50 344 spectateurs massés dans une ArenA pleine comme un œuf avaient déjà le souffle coupé. Sur un centre en hauteur délivré depuis le flanc droit de la surface de réparation, Mitea remisait le ballon de volée vers le centre. D’instinct et sans réfléchir, le capitaine Rafael van der Vaart, de retour en équipe première après avoir purgé trois matches de suspension, détendait le pied gauche pour marquer l’un des plus beaux buts de l’histoire du championnat hollandais.

"Un but pareil, on n’en marque qu’une seule fois dans sa vie", affirmait van der Vaart à l’issue de la rencontre. Et ce n’était pas tout. Sept minutes plus tard seulement, van der Vaart marquait son deuxième but de la journée devant un public totalement en extase, faisant ainsi définitivement basculer le match au profit de ses couleurs.

Une carrière comme un conte de fées
Né dans la pittoresque ville de Heemskerk (30 000 habitants), située à quelque 25 kilomètres à l’ouest d’Amsterdam, le jeune homme âgé de 21 ans compte parmi les plus sûrs espoirs du football néerlandais. Jusqu’à présent, sa carrière s’est déroulée comme un conte de fées. Les observateurs du légendaire centre de formation de l’Ajax "de toekomst" (l’avenir) décelèrent très tôt le talent de ce garçon de 1,74 m. Découvert à l’âge de dix ans lors d’une journée de recrutement de son club De Kennemers, il évolue depuis 1993 dans le sérail de l’Ajax Amsterdam.

Depuis son arrivée, van der Vaart a connu toutes les équipes d’âge du club ajacide. Après avoir fait ses grands débuts en division d’honneur deux mois à peine après son dix-septième anniversaire, sous la houlette de Hans Westerhof, à l’époque entraîneur intérimaire, il a été sélectionné dès ses 18 ans en équipe nationale néerlandaise face à Andorre. Il était le plus jeune joueur à avoir porté le célèbre maillot orange. Mais il était déjà un des pions essentiels de l’équipe espoirs et comptait parmi les joueurs préférés de son entraîneur, Louis van Gaal, lors du Championnat du Monde U–20 de la FIFA, Argentine 2001.

Capitaine de l’Ajax à vingt ans
L’entraîneur de l’Ajax, Ronald Koeman, lui confia la responsabilité d’enfiler le brassard de capitaine d’un des clubs les plus renommés du football européen à l’âge de 20 ans. En équipe nationale, il endosse, dans le dispositif du sélectionneur Dick Advocaat, un rôle central aux côtés de joueurs comme van der Meyde, Sneijder et Robben, ce en dépit de la concurrence acharnée de vieux briscards comme Cocu, van Bronckhorst et van Bommel.

Lorsque l’on interroge Ruud Kaiser, le sélectionneur des Espoirs néerlandais, à propos de son vivier de jeunes joueurs, la réponse fuse : "Tous ces joueurs disposent d’un énorme talent, mais van der Vaart est le plus prometteur pour l’avenir." En 2002, il a permis à l’Ajax Amsterdam de décrocher son 28ème titre de champion en veillant à se distinguer à l’une ou l’autre occasion en Ligue des champions. Même les blessures n’ont pas relégué durablement le jeune numéro dix sur la touche. Malgré deux opérations au ménisque et une déchirure des ligaments croisés, l’ascension de van der Vaart semble irrésistible.

Beaucoup de talents, peu de faiblesses
La force de van der Vaart réside dans sa polyvalence. Qu’il s’agisse de sa puissance de tir, de sa présence devant le but, de sa solidité dans les duels ou de son intelligence tactique, ses qualités ne laissent jamais à désirer. Il est professionnel jusqu’au bout des ongles, même dans ses contacts avec les médias. Après la défaite 0:1 des Pays-Bas face à l’Ecosse dans le cadre des barrages pour l’EURO 2004, il avait été le seul joueur à ne pas chercher de faux-fuyants. "Nous avons entamé la partie de façon beaucoup trop laxiste : une bonne équipe se doit de gagner un match comme celui-ci."

C’est un joueur qui évolue au service de l’équipe mais qui possède une saine dose d’égoïsme. Il est buteur et passeur avec le même bonheur. L’année passée, il a été désigné meilleur espoir du football européen et les agences de publicité ne sont pas restés insensibles devant la valeur marchande de ce golden boy. Depuis le début de l’année, il porte très haut l’image d’une boisson rafraîchissante connue dans le monde entier.

b>La modestie comme clé du succès
Dans la vie privée, tout va également pour le mieux. Il est le compagnon d’une des femmes les plus séduisantes des Pays-Bas, la présentatrice (MTV, Fox Kids) et actrice Sylvie Meis. D’aucuns osent des comparaisons avec David Beckham et sa femme Victoria, ce qui ne fait guère plaisir à van der Vaart, qui fuit les paillettes et le glamour. "Rouler en Ferrari c’est chouette, mais j’en aurais honte", affirme-t-il. Aujourd’hui, il vit toujours chez ses parents, auprès desquels il a grandi, dans une caravane.

Même s’il garde les deux pieds sur terre, le thème d’un transfert à l’étranger devrait tôt ou tard être placé à l’ordre du jour, comme ce fut le cas avec d’anciennes vedettes de l’Ajax, comme Cruyff ou van Basten. Car la nouvelle étoile du club amstellodamois est déjà sur la liste d’emplettes de quelques grands d’Europe. Pourtant, son manager Sören Lerby veille à ce que son jeune protégé ne perde pas tout sens de la réalité. L’année dernière, van der Vaart a ainsi prolongé jusqu’au 30 juin 2005 le contrat qui le lie à l’Ajax. Reste que beaucoup voudraient déjà voir le prodige évoluer à l’étranger. C’est notamment le cas de ses grands-parents Rafael et Dolores, qui habitent Chiclana de la Frontera, près de Cadix, en Andalousie, et qui rêvent de voir évoluer leur rejeton en liga espagnole, de préférence dans le club de leur cœur, le Real Madrid.

Un objectif lointain : la Coupe du Monde de la FIFA 2006
Après une élimination prématurée en Ligue des champions et une baisse de régime en première moitié de la saison, van der Vaart a aujourd’hui à cœur de démontrer qu’il vaut mieux que cela. En équipe nationale, il peut jouer plus libéré, car la pression est répartie sur plusieurs épaules, tandis que tous les espoirs de son club reposent sur lui, le capitaine. Mais van der Vaart se veut pugnace : "Cela ne pourra que m’améliorer."

L’objectif de cette fin de saison est clair : "Je voudrais être sacré champion le plus vite possible." Cela lui permettrait de se libérer de la pression, car van der Vaart attend avec impatience les matches et l’ambiance de l’EURO 2004 portugais, où il pourra montrer l’étendue de son talent à des millions de spectateurs. Malgré la difficulté de la tâche qui attend les Pays-Bas au premier tour, face à l’Allemagne et la Tchéquie, il se réjouit de ce "groupe formidable" et rêve de briller de mille feux. Son favori pour le titre reste cependant la France, où évolue son joueur favori, Zinédine Zidane. "C’est un joueur fantastique. Au Real, tout tourne autour de lui", s’extasie van der Vaart.

A plus long terme, l’objectif est la Coupe du Monde de la FIFA 2006 en Allemagne, où van der Vaart pourrait écrire une page d’histoire. Il ne sera alors âgé que de 23 ans et pourrait faire mieux que ses illustres prédécesseurs. Frank Rijkaard et Ruud Gullit avaient tous deux 25 ans lors de leur première victoire en Championnat d’Europe en 1988, tandis que Johan Cruyff accusait déjà 27 printemps lorsqu’il disputa la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1974.