Développement

Préparation et équipement dans le traitement des arrêts cardiaques

Michel D'Hooghe, MD Chairman of FIFA and UEFA Medical Committees, Belgium looks on during the 2nd FIFA Medical Conference
© Getty Images

La recherche médicale a démontré que le nombre d'arrêts cardiaques était plus élevé chez les athlètes professionnels que dans le reste de la population. Le décès du joueur de Livourne Piermario Morosini au mois d'avril dernier, lors d'un match de Serie B, est venu illustrer de manière tragique cet inquiétant constat. Le traitement des cas d'urgence médicale dans le football a naturellement occupé une place prépondérante durant la deuxième Conférence Médicale de la FIFA, organisée à Budapest.  

Au cours de la première journée, le professeur Efraim Kramer de l'université Witwersrand de Johannesburg a présenté un exposé sur la formation des personnels paramédicaux. Le scientifique a notamment insisté sur l'importance de former les assistants médicaux à un certains nombre de techniques en rapport avec la pratique du football, comme la réanimation cardio-pulmonaire. Selon lui, la présence de défibrillateurs automatiques dans les stades doit être "une condition sine qua non" à la tenue d'un match. Il a enfin rappelé ce principe élémentaire : présence du défibrillateur, coup de sifflet d'arbitre, coup d'envoi.

Les médecins des clubs sont amenés à traiter toutes sortes de blessures sur le terrain, plus ou moins graves. Toutefois, les professionnels de santé sont rarement confrontés à des cas d'arrêts cardiaques. Pour nombre de participants, l'atelier animé par le professeur Kramer a permis de se remémorer les gestes de base de la réanimation cardio-pulmonaire, ainsi que de l'utilisation d'un défibrillateur. Grâce à des vidéos, les auditeurs ont appris à reconnaître les signes avant-coureurs d'un arrêt cardiaque. Ils ont également pratiqué la réanimation cardio-pulmonaire sur un mannequin en plastique.  

Trois à cinq minutes
"Il faut agir très rapidement. Vous ne disposez que de trois à cinq minutes pour réanimer une personne en arrêt cardiaque dans des conditions normales. Dans le cas d'un patient souffrant de cardiomyopathie hypertrophique, une maladie du muscle cardiaque, il faut agir dans les 120 secondes. Si vous voulez secourir la victime dans le temps imparti, vous devez impérativement savoir quoi faire. Vous devez posséder l'équipement adéquat et vous devez avoir autour de vous des personnes qui comprennent ce qui se passe."  

Le spécialiste sud-africain a rappelé que, pour être efficace, la réanimation cardio-pulmonaire devait être associée à un défibrillateur. "Si le match a lieu, vous devez avoir un défibrillateur. Si vous n'en avez pas, amenez un cercueil avec vous", a sèchement résumé le professeur Kramer.

Le Président de la FIFA Joseph S. Blatter est lui aussi revenu sur la question des arrêts cardiaques lors du discours prononcé en ouverture de la deuxième journée de la conférence. "Le secrétariat général de la FIFA envoie des lettres de condoléances presque toutes les semaines. Lorsque les gens meurent de vieillesse ou de maladie, c'est regrettable. Mais lorsqu'ils meurent sur le terrain, notre responsabilité est engagée. Nous devons donc tout faire pour éviter que ces accidents ne se reproduisent."  

Les médecins et les dirigeants réunis au HungExpo de Budapest pour la deuxième journée de la conférence ont néanmoins appris que tous les arrêts cardiaques ne se soldaient pas nécessairement par la mort du patient. Au mois de mars, Fabrice Muamba s'est effondré sur le terrain lors d'un match de FA Cup contre Tottenham. Grâce à l'efficacité et à la promptitude de toutes les personnes présentes, des personnels médicaux à l'arbitre, le milieu de terrain de Bolton a survécu.   

L'arbitre, premier intervenant
Vétéran de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™, Howard Webb officiait ce jour-là. L'homme en noir et Jonathan Tobin, le médecin de Bolton, sont montés sur scène pour répondre aux questions du président de la Commission Médicale de la FIFA Michel D’Hooghe et de Jiri Dvorak, médecin en chef de la FIFA. Les deux hommes sont revenus sur les gestes qui ont sauvé la vie de Fabrice Muamba.

"Le ballon est parti en sortie de but à la 41ème minute", raconte Webb. "Je me suis retourné et j'ai vu Fabrice Muamba au sol, face contre terre, sans personne autour de lui. J'ai tout de suite compris qu'il se passait quelque chose d'inhabituel et qu'il fallait agir vite, afin qu'il bénéficie d'une expertise médicale. La première obligation de l'arbitre est de protéger l'intégrité physique des joueurs." L'arbitre en a profité pour faire part de son admiration pour les médecins du football : "Pour quelqu'un qui aime le football comme moi, c'est un plaisir de se retrouver en présence de personnes qui partagent cette passion et mettent leurs connaissances au service de la santé des athlètes".

Le docteur Tobin a, pour sa part, souligné que la formation reçue en compagnie de ses collègues avait probablement joué un rôle essentiel dans la survie du patient. "Quand j'ai vu la réaction des joueurs et de Howard Webb, j'ai senti que la situation était très grave. En tant que médecin, vous vous demandez comment vous allez gérer les événements devant un public et devant les caméras de télévision. Aujourd'hui, je suis heureux de constater que tout s'est parfaitement déroulé : la préparation que j'ai suivie, l'organisation… tout le monde savait ce qu'il avait à faire. Nous savions où se trouvaient les équipements et l'équipe chargée de sauver Fabrice a pu mettre ses connaissances en application."

*Le football, c'est la vie * Comme Muamba, Craig Hulse a lui aussi survécu à un arrêt cardiaque survenu lors d'un match à Washington DC, il y a trois ans. L'étudiant en droit est lui aussi monté sur scène pour évoquer le réflexe salvateur d'un de ses coéquipiers.
"Dès que j'ai parlé de ma poitrine, il a couru vers la caserne de pompiers de l'autre côté de la rue. Quand l'arrêt cardiaque s'est produit, l'ambulance était déjà là. Mes sauveteurs ont utilisé le défibrillateur pendant le trajet qui me menait à l'hôpital. Je me suis réveillé 24 heures plus tard, avec un appareil implanté dans la poitrine. Les médecins m'ont dit que je souffrais d'une maladie cardiaque. Depuis, j'ai subi plusieurs opérations pour corriger ce problème. Les médecins m'ont assuré que je ne perdrai pratiquement rien de mes capacités athlétiques."

Muamba et d'autres seront sans doute heureux d'apprendre qu'un arrêt cardiaque ne signifie pas forcément la fin d'une carrière de footballeur. Toutefois, le témoignage de Hulse a également rappelé à toutes les personnes présentes l'importance de la cause médicale : "Pour des centaines de millions de gens, le football, c'est la vie. Mais sans vie, il n'y a pas de football".

Lors du Congrès de la FIFA en mai 2012, Dvorak et D'Hooghe ont proposé que la FIFA offre un défibrillateur à toutes les associations membres. Le Président Blatter a souscrit à cette initiative.

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