En principe, il est naturel de désigner le champion du monde en titre comme favori logique de l'édition suivante d'une épreuve reine. Mais venant de Junior Negão, cela semble étrange. "C'est très intéressant. Le Brésil a toujours été favori, absolument toujours. Mais aujourd'hui, pour la première fois, il ne l'est pas", lance l'entraîneur de la sélection brésilienne à FIFA.com, à quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA, Tahiti 2013. "L'équipe à battre est la Russie. Tout le monde en est conscient et mes joueurs savent parfaitement qu'ils ne sont pas favoris."

Junior Negão est brésilien, c'est-à-dire qu'il vient d'un pays vainqueur quatre fois de suite, entre 2006 et 2009, de l'épreuve suprême d'une discipline qu'il a lui-même inventée. Depuis la transformation du football sur sable en sport organisé, Negão a vécu en tant que joueur les plus belles heures du beach soccer brésilien. Fin 2012, il a été nommé sélectionneur de la Seleção.

Hilton Santos Junior est le recordman de sélections pour son pays, avec 318 capes. Il a disputé les dix Championnats du Monde précurseurs de la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA. Sur ces dix tournois, le Brésil n'en a perdu qu'un. Il a en outre été capitaine de la Seleção dans quatre éditions de la grand-messe du football sur sable, période durant laquelle il a soulevé le trophée trois fois, entre 2006 et 2008.

Avec un tel parcours, on comprend mieux que pour le natif de Rio de Janeiro aujourd'hui âgé de 49 ans, le fait de ne pas entamer une compétition avec le statut de favori présente quelque chose d'étrange. La domination du Brésil sur la discipline était telle au cours de la première décennie du troisième millénaire que Negão a même été employé pour donner des tuyaux à d'autres équipes, afin d'essayer de contrecarrer les champions du monde à répétition. Seulement, il ne se doutait pas que la leçon serait aussi bien retenue.

Suprématie terminée
"C'est curieux. En 2010, j'ai passé un mois en Russie comme formateur des entraîneurs. La grande question était de savoir comment battre le Brésil. Je répétais toujours la même chose : il faut défendre à la perfection et savoir profiter au mieux des quelques occasions de but que l'on peut se créer en exploitant les rares points faibles de la Seleção, à savoir le marquage sur les coups de pied arrêtés et sur les côtés. Les Russes se sont focalisés là-dessus et ils ont commencé à développer leur propre jeu. À tel point qu'aujourd'hui, ils marquent la quasi-totalité de leurs buts sur ce type d'action", analyse l'entraîneur du Brésil.

Cet éloge d'une autre équipe que le Brésil renvoie le sélectionneur au constat qu'à un certain moment, les Sud-Américains ont stagné. Ou s'ils ont continué de progresser, leurs rivaux ont fait de même, mais plus vite. "Pensez aux joueurs de NBA, quand ils ont commencé à disputer des matches internationaux, en 1992. Ils battaient tout le monde de 40 ou 50 points. Aujourd'hui, les écarts sont beaucoup plus réduits et parfois même, les Américains s'inclinent. C'est plus ou moins la même chose qui est arrivée au Brésil en beach soccer. Il ne faut pas se voiler la face : la phase de suprématie est terminée pour nous."

Junior Negão s'est donc mis au travail. Depuis un mois, il prépare Tahiti 2013 avec un effectif composé d'un mélange de vétérans, comme Mão, Jorginho et Bueno, et de jeunes comme Bokinha et Datinha. Et puis, la fierté ne met jamais longtemps à poindre : "Nous ne sommes pas favoris ? Non, peut-être pas, mais offensivement, aucune équipe au monde n'arrive à notre niveau. C'est un fait. Nous devrons utiliser cela et être irréprochables sur le plan tactique pour pouvoir tenir tête à n'importe quelle équipe", dit-il sans laisser planer le moindre doute sur ce qu'il entend par "n'importe quelle équipe". Avant de conclure : "Les temps ont changé. L'équipe à battre a longtemps été le Brésil. Aujourd'hui c'est la Russie, et je crois que nous avons les moyens de le faire."