Un luxe : c'est ainsi que le Groupe d'études techniques de la FIFA nommé pour la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA, Tahiti 2013 a été qualifié par les joueurs participant au tournoi. Ce groupe est composé du Français Henri Emile (70 ans), membre du staff technique de l'équipe de France de beach soccer entre 2006 et 2008, et instructeur de la FIFA depuis ; de Ramón Raya (45 ans), sélectionneur du Mexique, vice-champion du monde en 2007 et également instructeur de la FIFA ; et du Portugais Madjer (36 ans), vice-champion du monde en 2005, meilleur buteur de l'histoire de la compétition et toujours en activité.

FIFA.com a dialogué avec les trois experts pour connaître leur avis sur Tahiti 2013 ainsi que sur le présent et l'avenir de la discipline.

Vous êtes tous les trois impliqués dans le beach soccer depuis les toutes premières éditions de la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA. La discipline a-t-elle beaucoup évolué depuis ses débuts ?
Madjer : Oui, beaucoup. Avant, le jeu était plus spectaculaire. Mais les pays qui sont arrivés plus récemment sur le circuit ont utilisé la tactique et le physique pour freiner ceux qui avaient plus de capacités techniques. Aujourd'hui, le marquage est plus strict et il y a moins d'espaces, moins de possibilités…

Raya : Le spectacle a changé car certaines équipes n'ont pas les moyens de proposer du jeu spectaculaire. Alors pour être compétitives, elles misent avant tout sur l'aspect physique. Aujourd'hui, toutes les équipes ont un système tactique. Elles connaissent leurs adversaires et savent comment créer le danger et se défendre.

Emile : La grande différence, selon moi, est que les équipes possèdent des effectifs de meilleure qualité et qu'elles arrivent mieux préparées pour les phases finales des diverses compétitions. Tous les continents essaient de développer le football de plage et parviennent à être compétitifs.

Dans cette évolution, quel regard portez-vous sur l'utilisation de la tactique ?
Raya : C'est une évolution logique car comme je l'ai dit auparavant, c'est le seul moyen de rivaliser avec les plus grands. Aujourd'hui, même le Portugal et le Brésil doivent travailler cet aspect. Par exemple, le Brésil n'avait pas l'habitude de faire participer son gardien au jeu. Aujourd'hui, il le fait. Ou prenez la Russie. Elle fait des choses difficiles à réaliser sur le sable, mais la technique des joueurs russes leur permet cela.

Emile : Actuellement, je remarque que les joueurs ne s'en tiennent plus à leurs fonctions basiques. Les organisations collectives varient au cours du match et les joueurs participent à l'action jusqu'au bout, que ce soit sur le plan défensif ou offensif. Le pivot, par exemple, n'est plus seulement un attaquant de pointe. Il est également impliqué dans le jeu défensif.

La présente édition de la Coupe du Monde a notamment été marquée par le retour de l'Espagne au premier plan, l'année même où un joueur légendaire comme Amarelle a pris sa retraite. Quelles conclusions peut-on tirer ?
Madjer : Dans cette équipe, les nouveaux, ceux qui n'avaient encore jamais disputé un Mondial, ont beaucoup apporté. Il est important pour tous les entraîneurs d'observer ce processus : avec un groupe de joueurs qui a commencé à travailler sans se focaliser nécessairement sur la qualification pour un Mondial, la confiance est venue et les résultats ont suivi.

Raya : Le "boom" footballistique de l'Espagne s'est répercuté sur le football sur sable, avec des joueurs qui combinent rapidité, intelligence et excellence technique. Ces qualités sont plus proches du futsal espagnol que du football sur sable. L'Espagne démontre qu'on peut posséder une équipe solide sans dépendre d'une ou deux individualités.

Que vous inspire le parcours de Tahiti ? Est-il dû à son statut de pays hôte ou le phénomène va-t-il plus loin ?
Emile : Pour moi, c'est la bonne surprise de cette Coupe du Monde. C'est une équipe bien préparée, qui possède des footballeurs de qualité, sans complexes et qui attaquent sans arrêt.

Raya : À Ravenne déjà, on avait pu remarquer la puissance physique exceptionnelle des Tahitiens et leur habileté dans les airs. Il leur manquait un peu de discipline tactique et quelques outils pour pouvoir contrer les actions adverses. Maintenant, ils ont un entraîneur qui a déjà été vice-champion du monde (NDR : le Suisse Angelo Schirinzi), qui est très fort sur le plan tactique et a réussi à concilier ces deux aspects. On voit le résultat.

Pour terminer, pensez-vous que la technique reprendra le dessus dans le beach soccer ?
Emile : Le développement du football sur sable dans les pays africains, par exemple, a conduit à un renforcement de l'aspect physique du jeu. Pour contrer cela, les joueurs devront encore progresser sur le plan technique. L'équipe qui mettra la technique du joueur au service du collectif sera toujours plus forte.

Madjer : Je crois que la technique finira toujours par faire la différence. Un moment viendra où les matches redeviendront aussi spectaculaires que par le passé. L'avenir est prometteur.

Raya : Quand tout le monde aura intégré les exigences tactiques et physiques nécessaires pour le football sur sable, c'est la technique qui fera à nouveau la différence. C'est bien que le beach soccer soit devenu plus compétitif, car cela encourage les pays qui perdaient souvent à continuer de travailler. À partir du moment où tout le monde travaille, c'est le football sur sable qui en sortira gagnant.