Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2015

Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2015

10 décembre - 20 décembre

Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2015

Sánchez, le menacé devenu menaçant

Argentina's River Plate midfielder Carlos Sanchez celebrates after scoring
© AFP

"Je ne pensais qu'au football." Carlos Sánchez allait dans sa chambre et préférait ne pas penser au fait qu'on venait de le menacer avec un revolver pour essayer de le dissuader de jouer. Il n'était qu'un enfant et souvent, allait se coucher avec pour seul repas dans le ventre, un verre de lait en poudre. Ses quatre autres frères étaient à la même enseigne. À l'âge de huit ans, son père avait quitté le foyer familial. La vie au domicile de son oncle, à l'étroit comme dans toutes les habitations de ce quartier difficile de Montevideo, était pour le moins compliquée. Quand il allait jouer au football dans les autres quartiers, il pouvait y avoir de l'intimidation, arme à feu à l'appui.

"Dans ces situations, je ne pensais qu'à jouer au football avec mes amis. C'est ce que je voulais le plus. Je n'arrêtais pas de jouer. Quand je repense à tout ça, je me dis que j'ai encore plus de chance d'être arrivé où je suis aujourd'hui", lâche El Pato à FIFA.com. Aujourd'hui, Sánchez est l'un des joueurs emblématiques de River Plate et l'un de ses meilleurs éléments depuis un an et demi. Avec les Millonarios, il s'apprête à débuter contre Sanfrecce Hiroshima dans la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2015, "un tournoi unique dont je savoure chaque instant, car je ne sais pas si je vais pouvoir vivre ça une deuxième fois dans ma vie".

Lorsqu'il jouait au ballon sur les terrains de terre de la capitale uruguayenne, où les cœurs des amateurs de football sont accaparés soit par Peñarol, soit par Nacional, Sánchez portait déjà le maillot de River et célébrait ses buts en posant un genou au sol et en pointant un doigt vers le ciel. "Ça me plaisait. Nous jouions sans arrêt au foot et moi, j'aimais River surtout pour la manière dont ses joueurs célébraient les buts. Le geste qui me plaisait le plus était celui de Marcelo Salas."

Une discussion décisive
Le gamin aime tellement River qu'il se rend à une journée de détection organisée par le Liverpool uruguayen avec le maillot barré de la bande rouge sur les épaules. Sur 300 enfants, seulement deux sont retenus. Sánchez en fait partie, ce qui lance une carrière qui a bien failli s'arrêter dès l'âge de 18 ans, en raison d'une grave blessure aux ligaments croisés, qui le force à s'arrêter pendant 24 mois. Treize ans plus tard, il est au sommet de son art. "C'est complètement fou. Porter ce maillot pour mon premier essai avec un grand club et me retrouver aujourd'hui à défendre les couleurs du même maillot. C'est le hasard de la vie…"

Ce qu'il est impossible d'attribuer au hasard en revanche, c'est son aptitude à lutter. Sánchez débarque à River en 2011, la pire année de l'histoire du club, celle passée en deuxième division. River remonte immédiatement et Ramón Díaz arrive au poste d'entraîneur. Quelques mois plus tard, Sánchez est prêté au club mexicain de Puebla, son niveau n'étant pas jugé satisfaisant par le nouveau technicien. À la mi-2014, changement sur le banc : Marcelo Gallardo prend la barre du navire millonario et affirme que Sánchez aura sa chance. Le milieu de terrain ne parvient toutefois pas à convaincre et passe la plupart de son temps sur le banc. "Je ne sais pas si tu t'en es rendu compte mais hier, j'ai mis un attaquant à ton poste", lui dit Gallardo un lendemain de match. C'est ce que raconte l'entraîneur dans son livre Gallardo Monumental.

"Ça m'a fait mal de ne pas avoir joué ce match, mais la discussion que j'ai eue avec lui le lendemain m'a beaucoup aidé. Il a réussi à me faire comprendre les points sur lesquels je devais travailler. Jour après jour, j'ai bossé comme un fou, en particulier sur ces points-là, pour qu'il m'utilise." Assez vite, Sánchez va gagner du temps de jeu, à un poste de milieu offensif droit où il réalise exactement ce que Gallardo lui demande : créer le danger dans le camp adverse et participer au travail défensif lorsque nécessaire.

Des buts décisifs
Et puis, il marque des buts, qui ont tendance à être décisifs. Il inscrit notamment celui qui offre à River la Recopa Sudamericana et fait trembler les filets à plusieurs reprises en Copa Libertadores. Il est notamment l'auteur du penalty qui élimine Boca Juniors en huitième de finale et du premier but de la remontée de la Banda Sangre sur le terrain des Brésiliens de Cruzeiro, en quart. Enfin, il marque le deuxième but de River en finale contre Tigres. "Parfois, la maturité que j'ai acquise m'aide à mieux utiliser les opportunités sur le terrain", explique celui qui a été appelé pour la première fois en équipe d'Uruguay il y a seulement 13 mois, sans jamais avoir porté le maillot national dans les catégories de jeunes. À 31 ans, il est désormais titulaire avec la Celeste.

S'il a encore de beaux jours devant lui en sélection nationale, Carlos Sánchez est en train de vivre ses dernières émotions avec River. Après la Coupe du Monde des Clubs au Japon, il va rejoindre Monterrey, au Mexique. C'est donc l'occasion pour lui de gagner un dernier titre avec le club mythique du football argentin. "Nous avons la possibilité de terminer en beauté une excellente année et d'entrer dans l'histoire. Quoi qu'il arrive, je vais quitter ce club le cœur lourd. Je préfère ne pas même y penser", confie celui qui a connu pire, comme quand on le menaçait d'un pistolet pour qu'il ne joue pas le lendemain.

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