Lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994™, dans un Solider Field de Chicago plein à craquer, le président américain Bill Clinton, le chancelier allemand Helmut Kohl et le président bolivien Gonzalo Sanchez de Lozada attendent impatiemment le coup d’envoi de la grande fête du ballon rond en territoire inconnu.

Les attentes du pays vis-à-vis de sa sélection nationale sont pourtant des plus modestes. Les USA ont quitté la Coupe du Monde 1990 après avoir perdu tous leurs matches de poule. Pour emmener l’attaque américaine, Bora Milutinovic compte désormais sur le bouillant Eric Wynalda, 25 ans, fraîchement élu meilleur joueur de deuxième division allemande avec Sarrebruck.

Souvenirs, souvenirs...
"C’était dingue", se souvient Wynalda au micro de FIFA.com. "Nous n’étions pas préparés à cela. À l’époque, c’était formidable de voir le peuple américain accueillir notre sport de manière si positive. C’était la première étincelle, la première flamme allumée par les Américains en l’honneur de leur équipe."

Dans la foulée, les États-Unis vont se qualifier pour le deuxième tour. Après un nul en ouverture face à la Suisse, un succès sur la Colombie et une courte défaite aux dépens de la Roumanie, les coéquipiers de Wynalda décrochent leur billet pour un huitième de finale face au Brésil, le 4 juillet, au Stanford Stadium de San Francisco. Hélas, un but de Bebeto à la 72ème minute suffira à éliminer le pays hôte. "À l’époque, c’était de la folie", explique l’ancien attaquant. "Nous étions jeunes et nous faisions de notre mieux. Cela dit, nous avions presque réussi. Nous étions passés tout près de vaincre l’une des meilleures équipes au monde un quatre juillet. Si nous devions rejouer la rencontre aujourd’hui, nous les battrions."

On ne prendra pas le risque de contredire l'ancien buteur. "Quand je jouais, j’étais très impliqué", répond-il quand on lui rappelle sa motivation et sa rage de vaincre. "Je voyais ça comme un combat de tranchées à l’époque. Je prenais les choses de manière très personnelle. Je savais que ça me permettait d’être meilleur. Si je m’énervais, ou si quelqu’un me poussait à sortir de mes gonds, mon football s’en trouvait généralement amélioré. Mes coéquipiers adoraient m’énerver pour n’importe quel motif, parce que ça faisait partie de ma personnalité de joueur."

Wynalda devait donc être passablement énervé lors de la Copa America 1995. Les États-Unis avaient alors signé l’une des victoires les plus  importantes de leur histoire en battant l’Argentine 3:0. "C’est le genre de choses qu’on n’oublie pas", raconte l'ancien buteur. "Diego Maradona est entré dans notre vestiaire en pleurant. Tout le monde s’est figé. C’est alors qu’il a dit 'Je ne pleure pas parce que l’Argentine a perdu. Je pleure parce que les Américains ont livré une partie magnifique'." 

Pour en arriver là...
Aujourd’hui, Wynalda vit et respire football à travers plusieurs fonctions : celle de présentateur de télévision, de conseiller technique et de père. Pour autant, ce retour aux sources ne s’est pas fait sans mal. "C’est plus qu’une passion pour moi", explique-t-il. "Je pensais que j’en avais terminé, que je n’aimais plus ça, un point c’est tout. Les joueurs d’Atlanta Silverbacks m’ont fait comprendre que je n’avais jamais autant aimé ça. Quand on est passionné par quelque chose, quand ça fait partie de soi et qu’on adore vraiment ça, il est malsain de s’en priver."

En juillet 2012, Wynalda s’est vu confier les fonctions d’entraîneur par intérim et conseiller des Atlanta Silverbacks, équipe de la North American Soccer League (NASL). Pourtant, c’est une source bien inattendue qui l’a convaincu d’accepter ce poste. "C’est ma fille qui a fait le bilan pour moi", raconte Wynalda. "Elle m’a dit 'Tu sais papa, tu ne dois écouter que toi-même. Tu te souviens quand on a eu cette conversation pour savoir si je devais choisir la musique ou le foot ? Eh bien, il faut aimer ce que l’on fait et faire ce que l’on aime'."

Epanoui dans son rôle de conseiller auprès des Silverbacks, Wynalda les a vu connaître leur meilleure saison en 2013, avec un titre de champion de printemps en NASL. "C’est de la gestion humaine, rien d’autre, et c’est ce que j’ai toujours adoré faire", assure celui qui a longtemps été meilleur buteur de l’histoire de la sélection avant d'être détrôné en 2008 par Landon Donovan. "J’aime presque autant ça que le jeu lui-même quand j’étais sur le terrain. Ça consiste à faire partie d’une équipe et à comprendre comment les joueurs fonctionnent. C’est de la résolution de problèmes, du décryptage, parce que chaque match est différent."

Wynalda s'est aussi rendu compte à quel point son expérience au plus haut niveau l’aide à motiver et à encourager ses joueurs. Juste avant le choc de NASL contre le New York Cosmos, il rappelait ce que l’on ressent au moment de disputer une Coupe du Monde à domicile. "On attend, on travaille, on attend et on travaille encore, on joue un paquet de matches amicaux, puis tout à coup, on se retrouve à disputer une Coupe du Monde et on prend toutes ces émotions en pleine figure", détaille-t-il. "Personne ne peut vraiment se préparer à un tel sentiment. C’est notre façon de gérer ces émotions à ce moment là, ces petits instants, qui sont décisifs." 

Avant ce match décisif pour le titre de NASL, Wynalda a vécu à nouveau l'un de ces instants cruciaux, comme le confirme le discours qu'il avait alors tenu. "Cette partie va se jouer sur huit à dix secondes au total. C’est tout ce dont vous vous souviendrez. La question est : durant ces secondes cruciales, qui êtes-vous ?", avait-il alors dit aux joueurs. Au final, le championnat s’est joué sur un détail. Hélas pour Wynalda et ses Silverbacks, c’est l’ancien international espagnol et milieu de terrain du Cosmos Marcos Senna qui s'est montré inspiré, signant une magnifique reprise de volée devant un Silverbacks Park médusé. 

Les Silverbacks n’ont pas su créer la surprise, mais ils sortent enrichis de l'expérience. C'est en tout cas ce que leur inculque Eric Wynalda, dont la carrière est riche de ces moments, émouvants ou angoissants. "Chacun est sans cesse confronté à des moments décisifs. On doit être capable de les identifier, c’est tout", conclut-il.