A l’occasion de son anniversaire le 21 juin, FIFA.com revient sur la carrière de Michel Platini, légendaire meneur de jeu des Bleus.

Il n'a jamais remporté la Coupe du Monde de la FIFA, récompense suprême du footballeur. C'est même le seul trophée qui manque à son palmarès. Platini n'en reste pas moins une légende. Par son habileté technique, sa vision du jeu et sa formidable adresse devant le but, qui sont l'apanage des grands joueurs. Mais aussi parce que sur un terrain, le capitaine des Bleus représentait un concentré d'intelligence et d'élégance. Or, c'est précisément ce petit supplément d'âme qui a gravé pour l'éternité, dans les esprits autant que sur les coupes, le nom de Platini.

Michel Platini aura successivement porté les couleurs de l'AS Nancy-Lorraine, de l'AS Saint-Etienne et de la Juventus de Turin. "J'ai d'abord joué dans le plus grand club de Lorraine, puis dans le plus grand club de France, enfin dans le plus grand club du monde", aime-t-il à répéter.

Emmener la France vers les sommets
Le Français découvre la Coupe du Monde de la FIFA en 1978, à presque 23 ans. Un tournoi pour apprendre. Ni lui ni l'équipe de France, sevrée de phases finales depuis 1966, n'ont les moyens de passer le premier tour. D'autant que le tirage au sort leur a réservé une poule très relevée, avec l'Argentine et l'Italie, qui comptent parmi les favoris. Les Bleus quittent prématurément la compétition. Mais Platini marque au gardien argentin Fillol, bientôt champion du monde, son premier but en Coupe du Monde de la FIFA. .

En 1981, comme quatre ans auparavant contre les Bulgares et quatre ans plus tard face aux Yougoslaves, Platini est l'homme de la qualification pour le 'Mundial' en Espagne. Un coup franc marqué aux Pays-Bas lors d'un match décisif à Paris, au Parc des Princes, envoie la France en phase finale.

C'est en Espagne que Platini prend réellement une dimension internationale et entre dans l'histoire de la Coupe du Monde de la FIFA. Le numéro 10 des Bleus, qui a déjà annoncé qu'il jouerait à Turin la saison suivante, dispute la demi-finale de Séville face à la République Fédérale d'Allemagne. Un match de légende. Platini transforme le penalty égalisateur et donne toute sa mesure d'organisateur. La France, qui n'aura jamais autant pleuré devant un match de football, regarde son capitaine tenir la main d'un Patrick Battiston inanimé, que les gardes civils sortent sur une civière. "J'ai vécu ce soir là un condensé des émotions que peut connaître un homme dans sa vie", confiera-t-il plus tard.

Devenir 'Platoche'
Le joueur est au sommet de son art en 1984 : il conduit l'équipe de France à la conquête de son premier titre majeur, lors du Championnat d'Europe des Nations organisé en France. "Platoche", comme le surnomment affectueusement les Français, marque neuf buts en cinq matches. Un record composé notamment de deux hat-tricks parfaits face aux Belges et aux Yougoslaves : un but du pied droit, un du gauche, un de la tête...

Une performance qui ne surprend pas en Italie, où l'on s'est habitué à voir gagner la Juventus du " Francese". Sous le maillot rayé de la Vieille Dame, Michel Platini collectionne les titres et les honneurs : deux Championnats d'Italie, une Coupe d'Italie, une Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe (C2), une Super Coupe d'Europe, une Coupe d'Europe des Clubs Champions (C1) et une Coupe Intercontinentale... Surtout, le numéro 10 de la Juventus a consécutivement terminé " capocanoniere" (meilleur buteur du Championnat d'Italie) et "Ballon d'or" trois années durant. Du jamais vu!

"Si on avait joué la Coupe du Monde tous les ans entre 1982 et 1986, la France en aurait remporté deux ou trois", dit-il au crépuscule de sa carrière. Car la phase finale de 1986 au Mexique, la troisième d'affilée pour les Bleus, ne sera toujours pas la bonne. En demi-finale, ils se heurtent encore à la RFA. Les Allemands sont plus frais physiquement et plus réalistes. Mais le "carré magique" du milieu de terrain français avec Alain Giresse, Jean Tigana et Luis Fernandez, laisse malgré tout un grand souvenir. De son parcours, on retient un huitième de finale plein de maîtrise face à l'Italie et surtout un quart de finale d'anthologie contre le Brésil à Guadalajara, qualifié par Pelé de "match du siècle". Dans ces deux matches, Platini marque.

Mais l'homme n'est plus tout à fait le même. D'abord parce que son corps le fait souffrir, à l'instar de cette inflammation à la cheville qu'il traîne depuis des mois. Ensuite, le drame du Heysel a laissé des traces profondes chez Platini, pour lequel le football, comme la vie, doit avant tout exprimer du plaisir. Au soir de la victoire de la Juventus sur Liverpool en finale de la Coupe des Clubs Champions, grâce à un but inscrit par le Français sur penalty, la joie n'est pas de mise. "On nous a remis la coupe dans le vestiaire. Ce n'était pas ma façon de voir le football".

Le saviez-vous ?

  • "Créer et marquer, ça c'est le football… C'est aussi ma philosophie de la vie", a déclaré Michel Platini, Président de l'UEFA.

  • L'ancien sélectionneur de l'équipe de France Michel Hidalgo était l'un des grands fans de Platini : "Même ses pieds sont intelligents".

  • Platini, un homme tourné vers l'avenir. A la question "Que feriez-vous avec un ballon ?", il avait répondu : "Je le donnerais à un gamin".

  • Paolo Rossi disait de Platini : "Je l'ai vu faire des choses incroyables. Il avait tout : l'intelligence, la précision, la technique".

  • Quand il a raccroché à 32 ans, Platini a déclaré n'avoir "plus d'essence". "Je voulais arrêter au sommet… Je n'ai aucun regret".

J'y étais

"Sans courir beaucoup, à l'inverse de Cruyff, sans non plus compter sur son physique, j'ai apprécié le cerveau, l'organisateur qu'il était sur un terrain. C'était un joueur de tête au sens large. Son rayonnement avec la France et avec la Juventus, son habilité dans l'exercice des coups francs en ont fait le footballeur européen des années 80".
Pelé, légende du football mondial

"C'est une bien triste journée. Un autre pain de nos vies est venu et s'en va. Platini restera dans nos mémoires comme l'un des plus grands joueurs de la Juventus"
Giovanni Agnelli, Président de la Juventus de Turin au départ de Platini

"Michel n'a jamais choisi la voie la plus facile. Dans sa vie de footballeur, il a tout fait. Maintenant il vient de détrôner un homme qui dirigeait le football européen depuis des années. Ça, ce n'est pas vraiment du foot. Mais à la limite, je me rends encore plus compte de tout ce qu'il a accompli. Je ressens de la fierté c'est sûr, sa mère aussi, fiers d'avoir mis au monde un garçon comme lui, parce que depuis sa jeunesse, il nous en a quand même fait voir de toutes les couleurs".
Aldo Platini, père de Michel Platini

"Quand j'étais gamin et que je jouais avec mes copains, moi je choisissais toujours le nom de Platini. Je laissais mes copains se partager les noms des autres idoles de mon enfance".
Zinédine Zidane, ancien meneur de jeu de l'équipe de France

"C'était quelqu'un d'exceptionnel parce qu'il ne s'est jamais monté la tête. Quand un joueur a autant de succès, il risque de faire n'importe quoi, comme l'a fait Maradona. Lui, au contraire, il était toujours calme, tranquille, sociable."
Stefano Tacconi, ancien gardien de but de la Juventus

"Michel faisait partie de cette catégorie de très grands joueurs qui jugeaient la préparation athlétique un peu superficielle parce qu'il disait: 'nous n'allons pas disputer le 5 000 mètres aux Jeux olympiques. Il faut donc jouer avec les pieds.''
Giovanni Trapattoni, ancien entraîneur de la Juventus

"C'est un très grand joueur qui a marqué son époque, et c'est toujours bien que des joueurs s'investissent dans les hautes sphères dirigeantes du football. Il connaît tous les paramètres du football".
Lilian Thuram, défenseur de l'équipe de France