Il est difficile d’exagérer l’empreinte laissée aux Îles Salomon par la Coupe du Monde de Futsal de la FIFA. La nation du Pacifique dispute actuellement en Colombie sa troisième édition consécutive du tournoi, mais il convient de regarder de plus près d’où elle vient et ce qu’elle représente afin de saisir réellement la portée de cette performance, alors que les Océaniens s'apprêtent à jouer leur dernier match dans le Groupe E, face au Kazakhstan ce dimanche 18 septembre.

Constitué de 900 îles, cet archipel situé au nord-est de l’Australie abrite environ un demi-million de personnes, sur une superficie totale dépassant les 15 000 kilomètres carrés. Quelques îles sont plus grandes que les autres, dont celle de Guadalcanal, où se trouve la capitale, Honiara. Cela reste malgré tout un environnement compliqué pour constituer toute équipe.

Le noyau actuel des Kurukuru est constitué de la première génération de joueurs à s’être sérieusement investis dans le futsal, dont le capitaine Elliot Ragomo ou Micah Leaalafa, qui a participé à la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. Passionnées de ballon rond, les Îles Salomon ont rapidement adopté la discipline, importée par des missionnaires australiens de l’église baptiste de Dural, au début des années 2000, après une période d’agitation sociale.

Après avoir monté une équipe et aligné les bonnes performances lors de séjours en Australie, ils ont participé en 2008 au Championnat de Futsal de l’OFC, qu’ils ont remporté. Ce groupe d’adolescents a ainsi décroché un premier billet pour la Coupe du Monde de Futsal, au Brésil, la même année. Ils font depuis office d’ambassadeurs pour leur communauté et font la fierté de toute une nation.

"C’est la folie dès qu’une équipe des Îles Salomon joue, car là-bas tout le monde nous connaît, sans exception", confie ainsi Ragomo au lendemain de la défaite 4:2 face au Costa Rica. "Les gens connaissent l’histoire de cette équipe et sa réalité. Nous leur avons donné de l’espoir. Et malgré la défaite, tout le pays reste derrière nous."

"Je sais exactement ce qui se passe aux Îles Salomon à l’heure actuelle", ajoute le sélectionneur brésilien Juliano Schmeling. "L’équipe apporte de l’espoir à la communauté et c’est une source de motivation pour chaque joueur, nous devons continuer à aller de l’avant. C’est un honneur pour les Îles Salomon de participer à la Coupe du Monde."

Choc des mondes
Cet engouement pour le futsal n’a pas échappé au public colombien, qui a notamment apprécié l’enthousiasme déployé par les Kurukuru lors d’un match pourtant presque perdu d’avance, sur le papier, face à l’Argentine, championne de la CONCACAF en titre. "Nous avons tout donné, comme si c’était le dernier match de notre vie", raconte Ragomo. "Même si nous avons perdu, c’est une satisfaction d’avoir pu se battre jusqu’au bout, tous ensemble, contre l’une des meilleures équipes au monde."

Le contraste entre les deux formations était saisissant face à l’Albiceleste en termes de moyens à disposition. "Nous venons d’un pays où rien n’est simple, il n’y a rien de comparable au plus haut niveau", souligne Schmeling. "Les joueurs mangent une fois par jour, ils n’ont pas de chaussures, pas de ballons, pas de terrains de futsal. Tout est compliqué et c’est la raison pour laquelle je ressens une immense fierté envers eux."

Le Brésilien a désormais pour objectif d’offrir aux Îles Salomon l’environnement nécessaire pour voir plus loin, après avoir déjà réussi à unifier son groupe, en quelques tournois seulement, avec l’ambition de se qualifier pour la Colombie, deux ans après son arrivée en provenance de Thaïlande en 2012. Le climat local ne facilite pas les choses, avec une saison des cyclones couvrant cinq mois de l’année. Mais l’appétit pour le football y est sans limite.

"C’est toujours un plaisir de travailler là-bas, car vous pouvez y sentir une vraie culture du football", confirme Paul Toohey, responsable du développement du futsal à l’OFC. "Les enfants disputent des petits matches informels un peu partout, à l’état pur. Ils adorent le football, qui tient une place très importante dans leur quotidien. Juliano, qui vient d’un autre pays de forte tradition footballistique, peut également ressentir cette passion."

Les performances de l’équipe en Colombie donnent aux Îles Salomon quelques motifs d’espoir, à condition que le manque d’infrastructures ne constitue pas un frein au développement. "J’espère que cette campagne si réussie aura un impact et permettra de faire avancer le projet de construction de salle de futsal", poursuit le dirigeant. "Ce serait une excellente chose pour tous, garçons comme filles, s’ils pouvaient disposer d’un centre national de futsal, pour l’entraînement et la compétition, et à destination de l’ensemble des catégories d’âge."

"C’est une leçon pour le reste du monde", estime Ragomo. "Rien n’est impossible, il faut aller de l’avant et quel que soit ce que l’avenir nous réserve après cette Coupe du Monde, c’est ce que nous continuerons à faire."