Les frères ennemis de Flamengo et de Fluminense ont été les principaux animateurs de la dernière ligne droite du Brasileirão. Grâce à leur étonnante série de victoires, le premier cité a décroché la couronne nationale tandis que le second a sauvé miraculeusement sa peau dans l’élite. Dans les deux camps, c’est un artilleur consacré, un vétéran de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006, qui a donné le sourire à la torcida à force de buts décisifs : Adriano chez le Fla, Fred chez le Flu. Ce ne sont pas les seuls points communs qui rapprochent aujourd’hui les deux équipes cariocas, loin de là ! Il en est un autre qui dessine une tendance profonde au sein du football brésilien.

Dans un pays considéré comme une source inépuisable de talent, il est curieux de constater que Flamengo comme Fluminense ont confié les rênes de leur jeu à un étranger : le Serbe Dejan Petkovic et l’Argentin Darío Conca. Bien leur en a pris. Alors que "Pet" a été élu meilleur milieu gauche du championnat par la CBF, Conca a reçu le prix "Craque da Galera", récompensant le meilleur joueur du Brasileirao. Les neuf millions de voix reçues par Internet lui ont permis de devancer justement Petkovic. Au pays du football roi, les deux joueurs les plus aimés du championnat viennent aujourd’hui d’un autre pays.

Balance commerciale
Le succès des footballeurs étrangers n’a rien d’une nouveauté au Brésil. L’histoire regorge d’exemples comme le Chilien Elías Figueroa (Internacional), les Uruguayens Hugo De León (Grêmio) et Darío Pereyra (São Paulo) ou, plus récemment, l’Argentin Carlos Tévez (Corinthians), qui non contents de triompher en championnat, sont devenus des symboles de leur club. Mais ce qui n’était jusqu’alors qu’une exception est en train de devenir une habitude.

L’exode massif des joueurs nationaux vers l’Europe, combiné à la revalorisation du real par rapport aux autres monnaies sud-américaines, a incité les clubs brésiliens à scruter les marchés voisins à la recherche de nouveaux talents. Pour ne citer que lui, le nouveau champion en titre, Flamengo, n’avait jamais compté autant d’étrangers dans son effectif. Outre Petkovic, il y a deux Chiliens, Maldonado et Fierro, et l’Argentin Maxi Biancucchi. Au total, ce sont 18 des 20 clubs du Brasileirão 2009 qui ont cédé aux charmes des footballeurs exotiques, seuls Avaí et Goiás préférant s’en tenir exclusivement au vivier national.

"Aujourd’hui, un bon technicien a l’obligation de s’intéresser à ce qui se passe à l’étranger, en particulier en Amérique du Sud", explique Muricy Ramalho, triple champion du Brésil avec São Paulo et actuel entraîneur de Palmeiras, lors d’un entretien accordé à FIFA.com. "Autrefois, on abordait souvent avec crainte les rencontres avec les autres équipes du continent. Aujourd’hui, on analyse de près ces clubs, car très souvent, ce sont eux qui offrent les options les plus intéressantes sur le marché". Difficile de douter de la parole de Ramalho, qui s'appuie à Palmeiras sur trois produits importés : le Chilien Figueroa, le Paraguayen Ortigoza et le Colombien Armero.

L’Argentine en puissance
D'après les statistiques de la CBF, les clubs brésiliens accueillent aujourd’hui un total de 119 footballeurs étrangers. Les plus présents sont les Argentins, au nombre de 32, suivis des Colombiens (21) et des Paraguayens (17). Les cas de Petkovic et de Conca attirent l’attention, mais nombreux sont les clubs où les étrangers ont su séduire les torcedores, que ce soit pour la curiosité qu'ils suscitent ou pour leur potentiel technique. Il en est ainsi des Argentins Ariel Nahuelpán (Coritiba), Maxi López (Grêmio) et surtout Pablo Guiñazú, élu meilleur milieu de terrain du championnat du Brésil, qui est actuellement l’âme de l’Internacional de Porto Alegre.

"Pour moi, ç’a été un véritable défi. Je savais qu’en tant qu’Argentin, ce serait plus difficile pour moi de conquérir les torcedores, mais d’un autre côté, j’ai en moi cette hargne qui permet de créer un lien fort avec eux", avait expliqué Guiñazú à FIFA.com. "Je suis extrêmement fier d’avoir réussi à gagner leur respect", ajoute ce joueur surnommé "Cachorro Louco" (le chien fou) en raison de l’activité incessante qu’il déploie sur le terrain.

L’Inter s’appuie sur trois autres étrangers : l’Argentin Andrés D’Alessandro, l’Uruguayen Gonzalo Sorondo et l’Équatorien Roberto Bolaños. Comme si cela ne suffisait pas, les dirigeants viennent d’embaucher l’entraîneur uruguayen Jorge Fossati, vainqueur de la Copa Sudamericana avec LDU de Quito. L’ouverture à l’international est devenue tellement banale au pays du futebol que cette nomination est passée complètement inaperçue. Désormais bien consolidé sur le terrain, le goût pour les produits importés s’étendra-t-il bientôt aux bancs de touche ?