Même son nom ne sonne pas vraiment brésilien. Michel Bastos ne sait pas faire la virgule façon Ronaldinho, le passement de jambe à la Ronaldo où le dribble chaloupé estampillé Robinho. Michel Bastos court beaucoup, multiplie les passes propres et décisives et frappe fort. Il n'a pas été acheté un pont d'or par Manchester, formé dès le berceau à Milan, le Real Madrid ne lui a pas déroulé le tapis rouge. Michel Bastos joue à Lille, dans le Nord de la France.

Cette saison, ce Brésilien qui n'a pas grand-chose des clichés qui collent au football samba, est en train de prouver que son talent est bien là, à fleur de peau. Ses statistiques (au 15 avril) sont éloquentes : 13 buts et 10 passes décisives en 30 sorties. Mais avant de devenir la coqueluche de la Ligue 1, ce garçon de 25 ans a failli se perdre.

Formé à Pelotas, Bastos était alors un attaquant à qui l'on promettait une belle carrière. Il a 18 ans quand il est transféré en Europe, au Feyenoord Rotterdam, puis prêté à l'Excelsior. Le changement culturel et climatique est très rude et c'est sur un échec cuisant qu'il revient au Brésil en 2003, à l'Atletico Paranaense puis au prestigieux Grêmio Porto Alegre. Pas plus de succès, retour à Pelotas et l'on se dit qu'un énième brésilien a raté sa carrière.

Humble et ambitieux
Mais à l'été 2006 Jean-Luc Buisine, responsable de la cellule recrutement des Dogues, prend le pari de lui faire retraverser l'Atlantique. Il sort certes d'un exercice convaincant avec l'Atletico Paranaense, mais c'est un total inconnu qui débarque dans le Nord. Les six premiers mois seront "très durs", selon ses propres mots, entre blessures et difficultés d'intégration.  "Quand je suis parti, tout le monde se demandait ce que j'allais faire là-bas mais les gens qui m'avaient parlé du club m'ont persuadé que c'était un bon choix".

"Aujourd'hui, c'est devenu l'un des meilleurs joueurs du championnat à son poste. Il n'a pas d'équivalent ", estime son compatriote et ami Rafael, capitaine de Valenciennes. "Et malgré le succès il a su rester simple". Mais ce n'est pas incompatible : on peut être humble et devenir ambitieux. "Quand tu fais bien ton travail et que tu obtiens des résultats, tu deviens une star" reconnaît le Lillois, qui espère se montrer en Ligue des champions de l'UEFA l'an prochain. " J'ai toujours voulu me hisser au plus haut niveau. Cela fait partie de mon métier."

Le sélectionneur brésilien Dunga aurait alors l'occasion de se faire une idée plus précise d'un joueur qu'il a déjà dans le collimateur : "Il est rapide et possède une frappe très puissante. Il faut maintenir une certaine régularité de performance pour être appelé. S'il confirme, alors oui, il aura sa chance". Celle de toucher du doigt son rêve d'enfant. "La sélection, c'est un rêve depuis tout petit", admet volontiers Bastos. "Je réussis de belles performances, mais c'est très dur. Dunga a déjà parlé de moi, certains au pays se demandent pourquoi je ne suis pas appelé...".

Latéral, attaquant ou gardien
Comme un coq en patte dans le Nord, où son fils est né et où il apprécie la qualité de vie, l'ailier sud-américain n'est pas pressé d'aller voir ailleurs malgré les sollicitations. "Je ne peux pas cacher que certains clubs me veulent. Mais ça ne sert à rien d'aller ailleurs pour s'asseoir sur le banc. Ici, je suis respecté par tous, j'ai ma place, je suis bien. J'aime cette ville et ce club, à qui je voulais rendre tout ce qu'il m'avait donné. Je veux encore progresser à Lille".

Utilisé au poste de milieu offensif depuis l'arrivée de Rudi Garcia, le Brésilien laisse éclater son immense talent, confirmant l'embellie de la saison passée où Claude Puel avait pourtant tendance à le cantonner au poste de latéral. S'il sait ce qu'il doit à son nouvel entraîneur, l'actuel meilleur passeur de la Ligue 1 n'en oublie pourtant pas ce que son ancien mentor lui a apporté :  "Rudi Garcia m'a permis de me libérer offensivement, alors que Claude Puel m'a aidé à gommer mes manques et a été patient."

"Pour moi, Michel est un attaquant", soutient l'ancien gourou du Mans. Ses statistiques exceptionnelles cette saison auraient tendance à lui donner raison. Mais pour franchir un nouveau cap, Bastos semble prêt à tout, y compris à mettre de côté ses talents offensifs. "Pour jouer en sélection, ce n'est pas évident car il y a énormément de joueurs" expliquait-il après avoir appris l'intérêt de Dunga. "Moi je m'en fous. Pour aller en sélection, je peux jouer à n'importe quel poste, même gardien !" Julio César, Doni et autres Dida sont prévenus !