"Le Brésil, ça se mérite". Lancée innocemment par Jirès Kembo-Ekoko au micro de FIFA.com, la formule laisserait à penser de prime abord que l’ailier droit du Stade Rennais est un ambitieux qui a la Coupe du Monde de la FIFA 2014 dans un coin de sa tête. Ce qui est vrai. Mais le slogan prend tout son sens lorsqu’on s’intéresse à l'histoire du natif de Kinshasa. Son surnom - Kembinho - qui fleure bon le football canarinho, n'est en effet pas le fruit du hasard...

"C’est un surnom que je porte depuis quelques années. Tout a commencé au centre de formation de Rennes. C’est Philippe Bizeul, mon entraîneur de l’époque en U-18, qui en est à l’origine. Il trouvait que ce surnom collait bien à ma manière de jouer. Cela a amusé mes coéquipiers  qui se l’ont aussitôt accaparé. Et c’est resté", raconte le joueur qui, à aujourd’hui 24 ans, ferait presque figure de révélation de l’année, même s’il avait déjà laissé entrevoir son incroyable potentiel depuis quelques temps.

L'hommage de ses pairs
Il suffit d’ailleurs de le voir évoluer sur la pelouse pour comprendre combien Kembinho aime le beau jeu, le jogo bonito diraient les Brésiliens. Sa force de pénétration, ses dribbles chaloupés et sa qualité de passe forcent les louanges, à commencer par celles de son entraîneur, Frédéric Antonetti qui voit en lui un "joueur capable de faire des choses qui sortent de l’ordinaire". Mais aussi celles d'Eden Hazard : "J’aime son style. Il élimine facilement, et puis il marque beaucoup. C’est mon chouchou en Ligue 1," a récemment avoué le génie belge de Lille.

"Ça fait plaisir, d’autant plus venant d’Eden, un joueur que j’aime particulièrement voir évoluer. Ça donne confiance et l’envie de faire encore mieux. Mais en toute modestie, j’entends ce genre de compliments depuis ma première saison en pro. Et quand on est jeune, qu’on nous répète qu’on est doué et qu’à l’arrivée on ne joue que rarement, c’est très rageant", souligne le meilleur buteur du club breton avec huit buts inscrits en 25 matches. Un total deux fois supérieur à celui des cinq dernières années réunies, au cours desquels il n’a été titularisé que 25 fois…

"Je ne suis ni aigri ni revanchard. Il y a toujours eu de grands joueurs à Rennes. Il fallait être patient et j’avoue ne pas l’avoir toujours été", enchaîne-t-il, lui qui avait pourtant précocement foulé les pelouses de Ligue 1 en août 2006 face à Lille. "Aujourd’hui, j’ai réussi à gagner ma place et à la conserver. J’attribue ma réussite du moment au travail que j’ai accompli d’une part, mais surtout au temps de jeu que l’on m’a accordé. Jouer régulièrement est la seule façon de devenir performant".

Du reste, cette obsession est née dès son plus jeune âge. Né au Zaïre, il a six ans lorsqu’il part vivre en France, à Bondy. "L’objectif était d’avoir tout simplement une meilleure vie, et notamment de me permettre de suivre des études", raconte ce bachelier. "Mais j’étais trop attiré par le ballon. Le football c’était vraiment tout ce que j’aimais. Alors j’ai opté pour ce chemin". Ce chemin c’est également celui de son père...

L'hommage à un père
Car Kembinho a de qui tenir. Son papa, Jean Kembo Uba Kembo, double vainqueur de la Coupe d’Afrique des Nations (1968, et 1974) est en effet une légende du football congolais. Surnommé "Monsieur but", il a notamment permis au Zaïre, au terme d'un match historique, de devenir la première sélection sub-saharienne à se qualifier pour une phase finale de Coupe du Monde de la FIFA. C’était le 9 décembre 1973 contre le Maroc, et Kembo y est allé de son doublé (3:0).

"Ça ne m’a jamais mis de pression. Je suis juste ravi pour mon papa, et très fier de tout ce qu’il a accompli", confie Jirès, un prénom que son père défunt lui a d’ailleurs donné en hommage à Alain Giresse, un joueur qu’il appréciait particulièrement. "J’ai l’impression que le football est dans nos gènes. J’ai toujours eu la sensation que j’étais fait pour le ballon rond. Et je suis convaincu que c’est grâce à mon papa."

Si Pépé Kembo a brillé avec une sélection africaine, Kembinho a jusque là choisi la France pour s’épanouir sur la scène internationale. "J’ai grandi en France, j’ai fait mes classes en France. La France est mon pays autant que la RD Congo. Quand j’ai eu l’opportunité de jouer en Bleu, je n’avais donc aucune raison de me priver", analyse l’international espoir (13 sélections - 3 buts), qui ne ferme pour autant pas la porte aux Léopards : "J’ai reçu des convocations que j’ai déclinées car je n’ai pas envie de brûler des étapes. C’est seulement la première année qu’en club, j’arrive à enchaîner les matches et à m’exprimer. Chaque chose en son temps."

Et de conclure : "Une sélection, qu’elle soit en équipe de France ou en sélection congolaise, elle doit se mériter."  Comme le Brésil, dernier adversaire du Zaïre et de Kembo père en Coupe du Monde de la FIFA 1974...