Omar Enrique Sivori était sans doute le seul joueur argentin à faire de l'ombre à Diego Maradona dans la mémoire collective. Même à Naples. Gloire du football argentin puis italien dans les années 50 et 60, Ballon d'Or 1961, il est décédé dans sa propriété de San Nicolas à 250 Km de Buenos Aires des suites d'une tumeur au pancréas. Dans un dernier pied de nez aux deux pays où il a étalé son talent, la propriété où il s'est éteint 69 ans après y avoir vu le jour avait été baptisée "la Juventus".

Sivori, "le roi des oriundi", avait tout : le talent, la fantaisie et le caractère. Son plus grand admirateur était sans doute Umberto Agnelli le président de FIAT et de la Juventus Turin qui l'accueillit en 1957 à Turin en lui disant: "Je vous attendais depuis deux ans". "Moi, je rêvais de jouer à la Juve depuis cinq ans", lui répondit du tac au tac Sivori. Par la suite les deux hommes ont toujours entretenu une relation privilégiée, même si Sivori n'a jamais pu tutoyer l'Avvocato. Seul le Français Michel Platini a eu par la suite une relation aussi étroite avec la famille Agnelli.

Il faut dire que l'Argentin, et bientôt Italien, ne pouvait laisser personne indifférent. Ainsi, à l'occasion de sa présentation devant les supporteurs de la Juve, juste avant le début du match, Sivori s'est offert quatre tours du stade en jonglant avec le ballon sans jamais le faire tomber. Avant même le coup d'envoi il était devenu une idole.

Un sacré palmarès
Les chaussettes toujours baissées il formait avec Angelillo et Maschio le légendaire trio "des anges au visage sale". Sivori était un artiste aimant pousser son talent à l'extrême, prenant souvent le risque de ridiculiser le défenseur attaché à ses talons. Il ne se contentait pas de passer son rival prenant un malin plaisir à le laisser revenir à sa hauteur pour lui infliger un petit pont avant de reprendre son chemin de gloire vers le but.

Il a souvent terminé les matches les jambes bleues de coups. Mais, à vrai dire, il était rarement en reste comme l'attestent les 33 jours de suspension pendant son séjour à la Juventus de 1957 à 65 puis à Naples de 1965 à 69.


Associé à son ami "le bon géant" John Charles, puis ensuite seul, en huit saisons à la Juve il a remporté trois scudetti (1958, 60, 61), trois coupes d'Italie (1959, 60 et 65), le titre de meilleur buteur en 1960 (27 buts) puis le Ballon d'Or l'année suivante. Parmi les 134 buts réussis en 215 rencontres celui marqué en 1961 au Real Madrid dans son antre inviolée du Bernabeu est passé à l'histoire.

Ses conflits à répétition avec son entraîneur Heriberto Herrera décidaient finalement les dirigeants de la Juventus à le laisser partir pour Naples. "Lors d'un match Juventus-Mantoue, dans un choc, je lui avais fracturé deux côtes, se souvient aujourd'hui Dino Zoff. Il avait du quitter le terrain dans les bras de Herrera. Quelques temps plus tard il était venu me voir pour me dire : 'Pour le choc, je te pardonne sans problème. En revanche, je n'oublierai jamais que j'ai du sortir du terrain dans les bras d'Herrera à cause de toi'".

"Il a été le Maradona des années 60"
Sélectionné 18 fois avec l'Argentine, il a remporté le Championnat d'Amérique du sud en 1957 à Lima avant de disputer la Coupe du Monde de la FIFA, Chili 1962 avec la Squadra Azzurra (9 sélections).


Sivori restait tellement en contact avec l'Italie et la Juventus que l'annonce de son décès a été connue en Italie avant d'être officialisée plusieurs heures plus tard à Buenos Aires. "Nous avons perdu un symbole et un ami", a regretté le directeur général de la Juve, Luciano Moggi. "J'ai beaucoup de peine, parce qu'il était comme un grand frère. C'était un joueur formidable", a renchéri le vice-président du club, Roberto Bettega.

"Il a été le Maradona des années 60, a estimé pour sa part l'ancien joueur de Naples, Antonio Iuliano. Nous avons joué ensemble pendant quatre ans jusqu'à la fin 1969 et j'ai beaucoup appris de lui."

"Avec Omar Sivori disparaît un artiste du football, un grand interprète qui a transmis sa passion à des milliers de tifosi. Il restera dans les mémoires l'image d'un footballeur atypique, les chaussettes toujours baissées, son goût du drible, sa recherche du spectacle avant même le résultat", lui a rendu hommage Franco Carraro, le président de la Fédération italienne.