Au même titre que la Panthère Noire Eusebio et que Mario Coluna, champion d'Europe dans les rangs de Benfica avec le brassard au biceps, Artur Semedo fait partie des nombreux mercenaires qui ont rendu le football mozambicain légendaire.

Pendant des dizaines d'années, le Mozambique a alimenté son ancien colonisateur, le Portugal, en joueurs d'exception. Signé par le Benfica en 1981, Semedo faisait partie de cette prestigieuse liste. De retour dans son pays d'origine, l'ancien milieu de terrain s'est vu confier les rênes de l'équipe nationale, les Mambas, qui est toutefois loin du standing des Eusebio, Coluna, Hilario, Sheu et autres Matateu.

Semedo, qui a signé un contrat sur le court terme, remplace l'Egyptien Ayman El Yamany. Sachant que le Mozambique est éliminé depuis fin 2003 des éliminatoires pour la Coupe du Monde de la FIFA et pour la Coupe d'Afrique des Nations, l'équipe nationale n'est pas pour ainsi dire débordée.

L'an denier, elle n'a disputé que six rencontres internationales et le week-end dernier (le 15 avril), elle a disputé sa première rencontre depuis six mois, s'inclinant 3:0 face au Zimbabwe dans la Cosafa Castle Cup.

Une addition quelque peu salée pour l'équipe expérimentale de Semedo, composée en tout juste quatre séances d'entraînement. La moitié des joueurs venaient de son club d'origine, le Ferroviario Maputo, qui a commencé sa saison plus tôt que les autres formations du pays en raison de sa participation à la Coupe de la Confédération Africaine, il y a deux mois. Les autres participants au championnat d'élite du Mozambique viennent tout juste de reprendre la saison.

Semedo estime que le potentiel est là, mais que le football mozambicain fait encore les frais de la longue guerre civile qui a fait régner l'instabilité pendant presque deux décennies.
 
"Il y a beaucoup de talents dans le pays, mais à cause des dégâts de la guerre, on ne peut pas savoir si les meilleurs ont éclos. Nous payons le prix de la guerre. Les joueurs ne sont plus aussi physiques que par le passé, plus aussi athlétiques", estime Semedo, faisant la comparaison entre les heures de gloire passées et la génération actuelle.

Semedo a passé 18 ans au Portugal, dans les rangs de Maritimo et Academica, avant de revenir chez lui en 1998. Il a alors entamé une carrière d'entraîneur qui l'a vu prendre en charge tous les grands clubs de Maputo à l'exception de celui de ses débuts.

Ancien joueur de Costa dol Sol, il a entraîné Matchedje, Maxaquene, Desportivo Maputo et Ferroviario Maputo, le fameux club des cheminots longtemps coaché et présidé par Coluna.

"Je suis revenu pour voir si je pouvais aider le football mozambicain même si je reconnais que cela n'a pas été facile", raconte Semedo. Ce dernier estime par ailleurs que le Mozambique, absent de la CAN depuis 1998 (au Burkina Faso), doit jouer plus régulièrement s'il veut construire l'avenir.

"J'aimerais construire une équipe de gagneurs"
"Nous n'avons plus de compétitions officielles jusqu'à la fin de l'année, mais nous devons continuer à jouer. J'aimerais commencer à construire une équipe de gagneurs, mais cela ne sera possible que si nous avons des rassemblements et des matches sur une base régulière. J'ai besoin de temps avec les joueurs et ils ont besoin de jouer davantage pour s'améliorer. J'espère que la fédération mozambicaine va nous aider dans ce sens."

Semedo se dit convaincu que le Mozambique a le potentiel et les ressources pour se qualifier régulièrement à la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations. "Nous pouvons également appeler beaucoup de bons joueurs qui évoluent en Europe comme Paito (Sporting du Portugal), Dario (Academica Coimbra) et Armando Sa (Villareal en Espagne). Il faut commencer à voir un peu plus grand", juge-t-il.

S'il reconnaît avoir beaucoup appris aux côtés d'entraîneurs comme le Hongrois Lajos Baroti et l'Anglais John Moritimer, il estime toutefois que c'est Sven Goran Eriksson qui lui a le plus apporté. "Il a fait beaucoup pour changer les choses dans le football", pense Semedo, qui s'inspire désormais du lusophone José Mourinho.

"Il faut avoir une mentalité moderne et jouer un style de jeu qui met la pression sur l'adversaire et sur le ballon, avec beaucoup de solidarité entre les joueurs. C'est ce que j'essaie d'apprendre à mes joueurs."