Il est des statistiques qui se passent de commentaires. Celles concernant le Coton Sport FC de Garoua (Nord-Cameroun), illustrent l'écrasante domination de cette équipe dans les compétitions nationales du pays. Jugez plutôt... Le club dirigé par Pierre Kaptené vient de s'adjuger son cinquième titre d'affilée au nez et à la barbe des ténors locaux, le Tonnerre et le Canon de Yaoundé. Sur le dernier exercice, achevé en octobre, la formation entraînée par le Français Denis Lavagne n'a concédé que trois défaites. Et elle attend toujours de disputer la finale de la Coupe du Cameroun 2007.

En plus d'être l'équipe du moment, le Coton Sport est bel et bien celle de cette dernière décennie. Depuis l'exercice 1996/97, le club, fondé par Mohamed Iya, a décroché huit fois le titre national réalisant même le doublé, Coupe-Championnat lors des saisons 2002/03 et 2003/04. En 2003, il se hissa même en finale de Coupe de la Confédération Africaine de Football (CAF) contre le Raja Casablanca.

Iya, le patron
Les performances du Coton Sport de Garoua sont d'autant plus remarquables que le club a à peine plus de vingt d'ans d'existence (création en 1986). Ce pari est surtout l'oeuvre de Mohamed Iya. Réélu en 2005 à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), il demeure aussi président d'honneur du club. Economiste de formation, l'homme fort du football camerounais conserve ses fonctions de directeur général de la Société de Développement du Coton, la Sodecoton. C'est sous le parrainage de cette entité que le projet de création d'un second grand club dans la région de Bénoué se concrétise.

Le Coton Sport naît en 1986 suite à la descente en deuxième division de l'équipe phare de Garoua, l'Etoile filante. Les dirigeants de l'équipe amateur entreprennent dès lors d'engager leur club dans le championnat civil afin de gravir les échelons. "Il n'y avait plus aucune équipe qui nous permettait de vivre les matches de première division dans le Nord du pays. Nous avons donc affilié l'équipe au championnat civil, elle qui était au niveau corporatiste", se souvient Pierre Kapténé, le président de Coton Sport.

Les débuts sont assez laborieux et l'équipe peine à trouver son rythme de croisière. Pendant six longues années, les supporters attendent que leur club fétiche accède à l'élite. Ce n'est qu'en 1992 que le rêve se réalise. Le Coton Sport côtoie enfin le gratin et peut se mesurer aux valeurs sûres que sont le Tonnerre et le Canon de Yaoundé ou l'Union de Douala. Le club, qui bénéficie des subsides de la Sodecoton pour se développer prouve assez rapidement qu'il faut désormais compter sur lui. Sa première saison en Division Une se solde déjà par une deuxième place. Un exploit que les protégés de Pierre Kaptené renouvèlent en 1995. Il ne faut patienter que cinq années pour que les Nordistes s'adjugent leur première couronne nationale, en 1997. Depuis, ils trustent les titres sans trop d'opposition.

Une mentalité de professionnels
L'insolente réussite des Vert et Blanc s'explique par plusieurs facteurs : un solide soutien financier et une vraie gestion professionnelle. Avec un budget de près de 500 millions de francs CFA (750 000 euros), le CS Garoua dispose d'une marge de manoeuvre appréciable. Il peut ainsi engager les meilleurs joueurs de la région ou faire appel à des entraîneurs étrangers comme le Sénégalais Lamine Ndiaye ou l'actuel coach français, Denis Lavagne.

Les infrastructures du club ne sont pas en reste. Les joueurs de Garoua ont l'opportunité de s'entraîner et d'évoluer sur un terrain gazonné. La logistique est au diapason des moyens mis à disposition du staff technique. Ainsi, les joueurs nordistes voyagent-ils en avion pour leur déplacement. Ces facilités permettent aux champions en titre de mieux récupérer.

La stabilité de l'équipe managériale est également une clé du succès de l'équipe. "Tous ceux qui ont eu à diriger cette équipe depuis qu'elle existe exercent soit au niveau du conseil d'administration soit au niveau du bureau directeur. Ce sont des passionnés qui continuent à mettre leur temps, leurs moyens à la disposition de l'équipe", reconnaît Pierre Kapténé. La pérennité du club s'inscrit par ailleurs dans le développement d'une structure de plus en plus professionnelle. La direction mise désormais sur la construction d'un centre technique dans la banlieue de Garoua. "C'est un complexe sportif de 10 hectares comprenant plusieurs terrains de football, des salles de musculation, des dortoirs, des piscines et des bureaux...", ajoute le président.

Résultat, sur le plan national, l'emprise des Vert et Blanc ne souffre aucune contestation. En revanche au niveau continental, ils peinent encore à rivaliser avec les meilleures formations. Malgré une participation régulière aux coupes d'Afrique depuis la saison 1994/95, le bilan est plutôt maigre. La difficulté des formations camerounaises a décroché un titre africain - le dernier remonte à 1981 avec la victoire de l'Union de Douala en Coupe d'Afrique des vainqueurs de coupes - traduit une problématique de plus en plus difficile à affronter : la conservation des meilleurs footballeurs. " Le gros problème, c'est que les joueurs s'en vont très vite à l'étranger et que c'est difficile de lutter contre", se désole Denis Lavagne. Une réalité malheureusement africaine...