Ricardo Zamora était un gardien aussi spectaculaire que controversé. Grand fumeur devant l'éternel, cet amateur patenté de cognac fut sans doute le premier portier à connaître la célébrité, au début du 20ème siècle. Depuis cette époque, le football espagnol n'a cessé de produire des gardiens de but aussi talentueux qu'efficaces.

Un rapide coup d'œil aux effectifs de la Liga ou de la Premier League anglaise suffit à mesurer l'engouement que suscitent aujourd'hui les portiers espagnols. Nombre d'entre eux évoluent dans des clubs de très haut niveau et suscitent l'admiration et la jalousie des pays voisins.

Si Zamora a incontestablement marqué son temps, comme le prouve le fait que le prix décerné au meilleur gardien du championnat porte toujours son nom, l'Espagne a toujours eu la chance de pouvoir s'appuyer sur des portiers d'une redoutable efficacité. Luis Arconada fut la figure emblématique de la Furia Roja dans les années 70, avant l'avènement d'Andoni Zubizarreta. Recordman des sélections en équipe nationale, le Basque a ainsi veillé sur le but espagnol pendant près de deux décennies. Désormais, une nouvelle génération de jeunes gardiens ambitieux est prête à prendre la relève.

Contrairement à un phénomène qui tend à se généraliser en Europe, la plupart des formations de tête de la Liga font confiance à des gardiens du cru. Au premier rang d'entre eux, on trouve évidemment le Real Madrid et Iker Casillas. A 26 ans, l'international espagnol figure régulièrement sur toutes les listes rassemblant les meilleurs gardiens du monde. Un récent sondage organisé par FIFA.com a encore permis de mesurer sa popularité. Les supporters madrilènes se souviennent avec émotion des débuts du jeune homme en 1999, alors qu'il prenait encore les transports en commun pour se rendre à l'entraînement. Huit ans plus tard, Casillas a acquis un statut de titulaire à part entière au sein d'une équipe plus connue pour l'efficacité de ses attaquants que pour le sérieux de ses gardiens. Si la défense du Real a souvent causé bien des soucis aux techniciens qui se sont succédés sur le banc de Santiago Bernabeu, Casillas ne saurait en être tenu pour responsable. Les réflexes aiguisés et l'autorité naturelle du vice capitaine de l'équipe ont plus d'une fois sauvé le Real d'une défaite infâmante.

Malgré quelques bourdes restées célèbres, Víctor Valdés a su faire ses preuves au cours des trois dernières années. Doté d'une détente peu commune et d'un physique solide, le gardien du FC Barcelone est désormais très apprécié par les supporters du Camp Nou. Après avoir conduit le club catalan à son premier titre en Liga depuis six saisons en 2005 et empoché au passage le trophée Zamora, ce Catalan d'origine fut l'un des grands artisans du triomphe du Barça en finale de la Ligue des Champions l'année suivante. Depuis, Valdés a battu le record détenu par Zubizarreta en débutant 38 matches de championnat consécutifs en tant que titulaire et en restant invaincu pendant 466 minutes en Coupe d'Europe.

Ces deux gardiens concentrent sur eux une bonne partie de l'attention des médias, mais d'autres clubs, peut-être moins huppés, peuvent également compter sur des portiers irréprochables. C'est le cas du FC Valence et de Santiago Cañizares. A 37 ans, l'international espagnol jouit toujours d'une forte popularité auprès des habitués de Mestalla, même si la concurrence avec l'Allemand Timo Hildebrand est de plus en plus rude. Eternel remplaçant de Zubizarreta puis de Casillas, en équipe nationale, Cañizares a multiplié les gestes spectaculaires tout au long de sa carrière. Considéré comme l'un des meilleurs gardiens espagnols depuis 1998, il laissera le souvenir d'un portier bourré de talent.

De son côté, le FC Séville, double vainqueur de la Coupe UEFA, peut dire un grand merci à Andrés Palop. Spécialiste des tirs au but, l'ancienne doublure de Cañizares à Valence sait également être décisif à l'autre bout du terrain, comme en témoigne le but inscrit face aux Ukrainiens du Shakhtar Donetsk, la saison passée en Coupe UEFA.

Les expatriés
Evidemment, la filière espagnole n'a pas mis longtemps à exciter la convoitise des clubs les plus riches d'Europe. Deux clubs anglais de premier plan ont ainsi choisi de confier leurs buts à des Espagnols : Liverpool (José Manuel "Pepe" Reina) et Arsenal (Manuel Almunia). Ce dernier a réussi l'exploit de déloger l'Allemand Jens Lehmann du but des Gunners.

Troisième gardien espagnol derrière Casillas et Cañizares lors de la dernière Coupe du Monde de la FIFA, Reina est très apprécié de Rafa Benítez, l'entraîneur des Reds. Doté d'une envergure et d'une excellente lecture des trajectoires, l'Espagnol est aussi célèbre pour ses longs dégagements, qui lui permettent régulièrement d'alerter ses attaquants dans des positions dangereuses.

Dernier exemple en date : le week-end dernier, Reina s'est fait passeur décisif en servant Fernando Torres pour le but de la victoire sur Fulham. "Aujourd'hui, un gardien de but doit impérativement savoir lire le jeu de son équipe. C'est un domaine dans lequel Pepe excelle, explique Benítez. Vous pouvez réaliser une centaine d'arrêts par saison, mais il faut plus que cela pour faire partie des meilleurs."

Quant à Almunia, il s'accroche toujours à sa place de titulaire chez l'actuel leader de la Premier League. Certains lui prédisent un avenir difficile, mais pour l'heure, il tient bon. Quoi qu'il arrive à l'Emirates Stadium, la filière espagnole ne semble pas près de se tarir. Diego López (Villarreal) et Tomas Martínez (Racing Santander) ont toutes les qualités pour s'imposer comme les dignes héritiers des Zamora, Zubizarreta et autres Casillas.