Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'arrivée de Razak Omotoyossi à Helsingborg n'a pas fait les gros titres de la presse internationale. Les supporters suédois eux-mêmes n'attendaient pas grand-chose de cet attaquant africain au nom imprononçable, arrivé tout droit du Bénin via la Moldavie. Pour beaucoup d'observateurs, la différence culturelle, les exigences physiques de l'Allsvenskan, la première division suédoise, et les difficultés d'adaptation auraient rapidement raison de la bonne volonté de la nouvelle recrue.

Il n'aura pourtant fallu qu'une seule saison à Omotoyossi pour faire oublier tous ces clichés. Très vite, les habitués de l'Olympia Stadion ont appris à prononcer le nom de leur buteur fétiche, qu'ils célèbrent pratiquement chaque semaine.

Le partenaire de Henrik Larsson à la pointe de l'attaque de Helsingborg a achevé le précédent exercice en empochant le titre de meilleur buteur, avec 14 réalisations à son actif. Déjà auteur de six buts, soit autant que l'ancien international suédois, en Coupe UEFA, Omotoyossi a été l'un des grands artisans de la qualification de Helsingborg pour les seizièmes de finale. Dans ces conditions, faut-il encore s'étonner de la présence de ce jeune attaquant de 22 ans dans un article consacré aux 50 stars du futur par le très sérieux Guerin Sportivo (Italie).

Si la réussite du Béninois en a surpris plus d'un en Europe, FIFA.com a toujours suivi de près ses performances depuis que le jeune homme avait inscrit le premier but des Ecureuils en Coupe du Monde U-20 de la FIFA, deux ans auparavant. "A chaque fois que j'entre sur le terrain, c'est pour marquer", nous confiait-il à l'époque.

Malgré tout son talent, la sélection béninoise avait été éliminée à la différence de buts dès le premier tour. Mais, après avoir goûté au football de haut niveau, Omotoyossi et son partenaire Gariga Abou Maiga n'entendaient certainement pas s'arrêter en si bon chemin. De fait, les supporters béninois retrouveront les deux jeunes prodiges à la pointe de l'attaque de la sélection qui s'apprête à disputer la prochaine Coupe d'Afrique des Nations au Ghana.

De toute évidence, Razak n'est pas le moins du monde impressionné par l'enjeu. Son association avec son ami Abou Maiga est l'une de ses grandes fiertés. "Nous nous comprenons très bien sur le terrain, explique-t-il. Cela fait maintenant plusieurs années que nous jouons ensemble et chacun sait lire le jeu de l'autre. Nous avons des styles très complémentaires. Maiga sait tenir le ballon et le donner au bon moment. Moi, j'aime défier les défenseurs balle au pied."

Razak est né à Lagos, dans une famille très pauvre. C'est là, dans les rues bondées de la cité nigériane, qu'il découvre le football. Quelques années plus tard, sa famille s'installe au Bénin, ce qui ne freine en rien la progression de cet attaquant puissant, tout en muscles, doté d'une pointe de vitesse et d'un sens du but tout à fait remarquables.

Une route longue et difficile
Il débute sa carrière professionnelle dans des clubs relativement modestes, comme l'AJSA FC et le JS Pobe avant de s'engager en faveur du FC Sheriff Tiraspol à l'issue de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA. Ses performances en championnat de Moldavie suscitent rapidement l'intérêt des dirigeants suédois, qui mettront tout en œuvre pour s'attacher ses services.

Son arrivée à Helsingborg coïncide avec le retour de Henrik Larsson au pays. En l'espace de quelques semaines, les deux hommes vont développer une relation très forte sur le terrain. Si le club a dû se contenter d'une décevante huitième place en championnat, ce qui a conduit Stuart Baxter à la démission, l'excellent parcours des Suédois en Coupe UEFA doit évidemment beaucoup à la formidable entente entre l'expérimenté Larsson et le pétillant Razak.

"Il a beaucoup progressé cette saison, reconnaissait Larsson après le doublé de son coéquipier, à l'issue du match contre l'Austria Vienne. Désormais, il n'hésite plus à jouer à une ou deux touches de balle. Il n'essaye plus de tout faire tout seul. C'était déjà un très bon attaquant, mais il est devenu plus collectif. Je crois qu'il n'a pas encore atteint ses limites."

Pour l'heure, nul ne sait si Razak sera présent pour disputer les seizièmes de finale de la Coupe UEFA ou le prochain championnat avec Helsingborg. Le principal intéressé ne cache pas qu'un transfert en Premier League le comblerait. Tout le monde en Suède semble conscient du fait que d'autres formations, plus prestigieuses, finiront bien par se manifester. En attendant, Omotoyossi, 14 sélections depuis 2004, compte bien profiter de la prochaine Coupe d'Afrique des Nations pour franchir un nouveau palier.

Les Ecureuils, désormais entraînés par l'Allemand Reinhard Fabisch, ont hérité d'un groupe difficile dans lequel ils retrouveront le Nigeria, le Mali et la Côte d'Ivoire. Mais avec une ligne d'attaque composée d'Omotoyossi et d'Abou Maiga, qui réussit une belle saison à Créteil (National), le Bénin a les moyens de brouiller les cartes.

"C'est toujours une grande fierté de jouer pour son pays, confie Omotoyossi, qui n'ignore cependant pas que les Ecureuils n'ont jamais pris le moindre point et n'ont inscrit qu'un but en Coupe d'Afrique des Nations. Même si je ne suis pas né ici, je considère le Bénin comme ma vraie patrie. Toute l'équipe n'a qu'une seule ambition : redonner le sourire à tous ceux qui nous supportent."