Incroyable mais vrai : le week end, à l'heure d'encourager leur équipe, des milliers de fans brésiliens réservent leur accueil le plus chaleureux à un joueur argentin. Aujourd'hui, trois des principales équipes brésiliennes ont comme figure de proue un ressortissant du voisin et rival historique. Pablo Horacio Guiñazú est l'âme de l'Internacional Porto Alegre ; Darío Conca, le maître à jouer de Fluminense (Río de Janeiro), et Germán Herrera est devenu le buteur attitré des Corinthians (Sao Paulo)

Cette présence argentine est le résultat insolite d'une récente vague d'immigration dans le football brésilien. Lors du Brasileiro 2007 (championnat national), par exemple, deux des trois candidats au titre de meilleur joueur du championnat étaient des étrangers : le Chilien Jorge Valdivia (Palmeiras) et l'Uruguayen du Náutico Beto Acosta, qui évolue désormais aux Corinthians. L'intérêt pour les talents étrangers est devenu tel que les Brésiliens ont même commencé à lorgner sans vergogne de l'autre côté de la frontière albiceleste.

Pourtant, des Argentins s'étaient déjà illustrés au Brésil. A une époque, on avait même pris l'habitude de recruter des gardiens argentins : José Poy (São Paulo), Edgardo Andrada (Vitória de Bahia, Vasco de Gama), Agustín Cejas (Santos et Grêmio) et Ubaldo Fillol (Flamengo), qui s'imposèrent tous. Bien sûr, on peut également citer des joueurs de champ : Antonio Sastre (São Paulo), José Ramos Delgado (Santos), Roberto Perfumo (Cruzeiro), Narciso Doval (Flamengo et Fluminense), mais il s'agissait de cas isolés. Pour chaque Juan Pablo Sorín, idole du Cruzeiro entre 2000 et 2004, il y avait un Sergio Goycoechea (Internacional 95-96) qui passait totalement inaperçu. Jusqu'à l'arrivée de Carlos Tévez.

L'ère post-Tévez
Le succès phénoménal de Carlitos avec les Corinhians lors du Brasileiro 2005, lorsqu'il mena l'équipe au titre et fut élu meilleur joueur, a permis à plus d'étrangers, notamment argentins, de tenter leur chance au Brésil. Ce qu'a confirmé Darío Conca lorsqu'il s'est engagé sous les couleurs de Vasco de Gama en 2007. "La réussite qu'a connue Tévez au Brésil fait de lui un modèle", s'enthousiasme le milieu de 24 ans, qui a évolué discrètement à River Plate et Rosario Central avant de s'expatrier pour le Chili au club d'Universidad Católica. Conca a tellement attiré l'attention par son volume de jeu qu'il a suscité la convoitise de Fluminense, qui l'a signé cette saison dans l'optique de la Copa Libertadores.

Les comparaisons avec l'actuel attaquant de Manchester United ont été plus marquées avec le cas Germán Herrera. Bien qu'il ait posé sa valise aux Corinthians après une saison 2007 mitigée avec Gimnasia La Plata, El Chaco a conquis le public exigeant du Timao grâce à ses buts (10 depuis le début de la saison) et surtout, une grosse envie. " ", a-t-il déclaré lors sa présentation au public. Le respect que lui montrent les fans passionnés du club de Sao Paulo en est une preuve flagrante : il exerce lui aussi une énorme influence.

Tévez
est un joueur avec beaucoup de caractère, qui reflète à la
perfection ce qu'est le football argentin. J'espère avoir
la même influence auprès des Corinthians

Germán Herrera, attaquant argentin des Corinthians

Le phénomène Herrera n'est pas sans rappeler le cas de Pablo Horacio Guiñazú, dont la prestation avec Libertad (Paraguay) face à l'Internacional en demi-finale de la Copa Libertadores 2006 lui a valu un contrat avec le club de Porto Alegre. Dès le départ, Guiñazú a su que son attitude, au même titre que son jeu, serait déterminante. "Pas étonnant que les Brésiliens réfléchissent à deux fois avant de faire venir des joueurs étrangers. Regardez donc le réservoir de talents dont ils disposent", confie le milieu de terrain à FIFA.com.

"Moi, j'ai pris ça comme un défi. , une façon de s'impliquer qui facilite l'identification avec les supporters". Qui aurait imaginé le voir recevoir tant d'affection ? "En vérité, penser que j'ai obtenu leur respect me remplit de fierté", conclut celui qui, en référence à son style de jeu, a reçu un nouveau surnom sympathique de la part de la torcida colorada : "El Perro Loco" (le chien fou).


Du fait d'être argentin, je savais qu'il serait plus
difficile de me faire accepter. D'un autre côté, je sais que
les joueurs argentins ont toujours une énorme motivation

Pablo Horacio Guiñazú, milieu de terrain argentin de l'Internacional Porto Alegre

Guiñazú nous quitte sur un clin d'œil pour participer à une émission de radio. Le journaliste, attentionné, raconte à l'Argentin sa récente interview de Paulo Roberto Falcão, le meilleur joueur de l'histoire de l'Internacional, considéré comme une légende à Porto Alegre. A la question "Quel joueur serait digne d'être signé pour devenir votre successeur ? ", l'ancienne gloire a répondu dans hésitation : "Nous l'avons déjà. C'est Guiñazú". Le milieu a souri, comme s'il n'était qu'un timide ambassadeur du succès argentin en terres brésiliennes. Comme une façon de dire "Qui l'eût crû ?"