"Ce n'est pas un joueur comme les autres. C'est une légende, un héros. C'est mon idole." Ces paroles sortent de la bouche de Ronaldinho et, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces louanges ne sont pas destinées à Garrincha, Pelé ou Zico mais à un attaquant suédois du nom de Henrik Larsson. Et de toute évidence, le Brésilien n'est pas le seul admirateur de l'ancien international.

Tout au long d'une carrière qui l'a conduit à porter les couleurs de grands clubs européens comme le Celtic, le FC Barcelone et Manchester United, Larsson s'est construit la réputation d'un joueur atypique. A défaut de crever l'écran à la manière d'un Ronaldinho, il a su gagner le respect, la sympathie et même l'amour de tous ceux qui l'ont côtoyé. Sir Alex Ferguson n'a pas hésité à le comparer au grand Eric Cantona, avant d'ajouter : "Nous avons eu de la chance de compter un joueur de sa trempe dans nos rangs". Frank Rijkaard voyait en lui "un sportif exemplaire". Conscient du rôle essentiel joué par le Suédois dans la conquête de la Ligue des champions de l'UEFA 2006, le technicien néerlandais avouera avoir "tout tenté pour le retenir". Les supporters du Celtic ont quant à eux immortalisé son passage en Ecosse dans une chanson sobrement intitulée "le Roi des Rois".  

Les amateurs de statistiques retiendront que Larsson a marqué plus de 300 buts dans sa carrière, disputé trois phases finales de Coupe du Monde de la FIFA, engrangé 106 sélections, remporté le Soulier d'or européen et été élu meilleur joueur suédois de tous les temps. Pourtant, les chiffres ne disent pas tout. Il faut discuter quelques minutes avec ses anciens entraîneurs, coéquipiers et supporters pour prendre pleinement conscience de l'intelligence, de l'altruisme et de l'abattage de cet attaquant à nul autre pareil, aussi généreux dans l'effort en club qu'en équipe nationale.

Beaucoup se demandent encore pourquoi Larsson a passé ses meilleures années au Celtic, alors que de grands clubs européens lui faisaient une cour assidue. Certains s'interrogent aussi sur les raisons qui l'ont poussé à quitter le FC Barcelone ou Manchester United au sommet de sa gloire. Spécialiste du contre-pied, le natif de Helsingborg a une nouvelle fois dérouté son monde en prenant récemment les commandes de Landskrona, un petit club de deuxième division suédoise. A l'heure de débuter sa nouvelle vie d'entraîneur, Henrik Larsson évoque pour FIFA.com les motivations qui se cachent derrière les choix qui ont façonné son extraordinaire carrière.

Henrik Larsson, vous aviez toujours clamé haut et fort que vous ne deviendriez jamais entraîneur et pourtant, vous voici sur le banc de Landskrona. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?  
L'âge ! (rires) Non, sérieusement, ce métier ne m'attirait pas du tout mais au fil des ans, je me suis rendu compte que cela pouvait être beaucoup plus intéressant que ce que j'avais imaginé. En vieillissant, on voit les choses différemment. Comme j'aime toujours autant le football, la décision n'a pas été très difficile à prendre. Il y a les bons et les mauvais côtés et je ne vous cache pas que cela peut être très frustrant par moments. D'un autre côté, j'étais parfois très frustré quand j'étais sur le terrain !  

Vous avez travaillé avec quelques-uns des plus grands entraîneurs comme Alex Ferguson, Frank Rijkaard ou encore Martin O’Neill. Lequel de ces techniciens vous a le plus inspiré ?
J'ai eu la chance d'avoir affaire à d'excellents entraîneurs. J'ai essayé de prendre ce qui me plaisait le plus chez chacun d'entre eux. Le football ne date pas d'hier. Cela fait des centaines d'années qu'on le pratique alors je n'ai pas la prétention d'innover. Le mieux, c'est de rester soi-même. De toute façon, même si j'essayais, je ne pourrais pas faire du Ferguson, du O’Neill ou du Rijkaard. Il faut trouver sa propre voie et son propre style. C'est ce que j'essaye de faire. Pour le moment, je dirais que je suis plus agressif en tant qu'entraîneur. Il faut parler davantage, évidemment. Je peux vous dire que je parle beaucoup plus aux arbitres aujourd'hui que lorsque j'étais joueur ! (rires)
Certains ont été surpris de vous voir débuter votre carrière d'entraîneur à Landskrona, le grand rival de votre ancien club Helsingborg...
C'est vrai qu'il y a une certaine rivalité entre les deux équipes mais ça n'a rien à voir avec ce qui se passe en Ecosse entre le Celtic et les Rangers. Je crois que les médias en ont un peu rajouté dans cette affaire. En tout cas, la question ne s'est jamais posée en ce qui me concerne. J'aime le football et les dirigeants de Landskrona m'ont proposé de prendre le club en main. C'est une offre que je ne pouvais pas refuser.

Votre équipe a fait la course en tête pendant toute la saison mais vous restez sur deux défaites consécutives et vous n'êtes plus totalement maître de votre destin. Quel regard portez-vous sur votre premier exercice en tant qu'entraîneur ?
Bien entendu, ces deux défaites nous ont fait du mal mais, dans l'ensemble, je suis satisfait de nos progrès. Il reste encore deux matches à jouer et il faut absolument prendre le maximum de points. Nos chances de promotion dépendent maintenant des autres équipes. Cependant, quoi qu'il arrive, nous avons proposé un jeu de qualité cette saison. L'objectif était de progresser, même si on espère toujours d'obtenir le meilleur classement possible. Nous étions huitièmes l'an dernier, on peut donc dire que nous avons fait mieux cette année.

Vous avez passé l'essentiel de votre carrière de joueur à l'étranger. Votre métier d'entraîneur vous amènera-t-il également à quitter la Suède ?
Je suis très heureux d'être rentré chez moi. J'ai retrouvé ma famille et mes amis. Mon pays occupera toujours une place à part dans mon cœur. Mais j'ai également beaucoup apprécié mes séjours en Ecosse, aux Pays-Bas, en Espagne et en Angleterre. Je me considère avant tout comme un citoyen du monde. Pour le moment, j'entraîne Landskrona et cela me convient parfaitement. Joueur, j'avais toujours l'ambition d'aller le plus haut possible. Je ne suis pas différent aujourd'hui. Donc, j'espère quitter un jour la Suède. Ceci étant dit, je n'ai pas de plan de carrière. De toute façon, je crois que mon expérience et ma philosophie me permettront de m'adapter à n'importe quel environnement. 

En tant que joueur, vous avez passé sept au Celtic, où vous êtes devenu une véritable légende vivante. Vous avez ensuite passé quelques mois à Barcelone, pendant lesquels vous avez remporté la Ligue des champions de l'UEFA. Comment compareriez-vous ces deux expériences ?
Le Celtic est un club à part. C'est mon club de cœur, en quelque sorte. C'est là que je suis devenu une véritable star. Nous n'avons pas gagné la Ligue des champions mais nous avons disputé une finale de Coupe UEFA et nous avons remporté pas mal de titres. J'ai eu la chance de faire partie d'une grande équipe. J'en garde un excellent souvenir.

Vous avez rejoint Barcelone à 33 ans et Manchester United à 35 ans. Vous n'avez jamais regretté de ne pas avoir quitté le Celtic un peu plus tôt dans votre carrière ?
Je ne changerais pour rien au monde mon histoire avec le Celtic. Mon seul regret, c'est d'être rentré en Suède alors que monsieur Ferguson voulait me garder une saison de plus à Manchester United. J'aurais dû prolonger mon séjour là-bas. Je me sentais très bien en Angleterre et tout le monde m'a accueilli très chaleureusement. Au final, je ne suis resté que quelques semaines. C'était trop court ! J'ai vraiment passé de très bons moments là-bas. A 35 ans, je sentais que j'avais encore le niveau. Alors, oui, je regrette d'être parti si vite. Mais c'est mon seul regret. Avec une carrière comme la mienne, ça fait peu. J'ai eu beaucoup de chance. De toute façon, les choses n'arrivent jamais par hasard.

Vous avez assisté à l'éclosion du jeune Lionel Messi durant votre passage à Barcelone. Etes-vous de ceux qui voient en lui le meilleur joueur du monde ?
Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'un joueur en particulier est meilleur que tous les autres. Il peut seulement être le meilleur à son poste. Messi est exceptionnel, sans doute le plus grand attaquant du moment, mais pour moi, Xavi et Iniesta sont aussi impressionnants, dans un registre différent. Ils sont les meilleurs à leur poste. J'ai beaucoup d'admiration pour ces trois-là. On dit souvent qu'il faut un physique imposant pour jouer au plus haut niveau. Ils sont la preuve vivante du contraire.

Enfin, que pensez-vous des bons résultats enregistrés par Erik Hamren depuis son arrivée à la tête de l'équipe nationale ? Après des années de stabilité, la sélection avait-elle besoin de sang neuf ?
Il ne faut pas hésiter à renouveler un peu l'effectif de temps en temps. Effectivement, il règne actuellement autour de l'équipe de Suède une atmosphère positive. Pour procéder au renouvellement des générations, nous devions trouver des jeunes capables de prendre la relève. Pendant des années, les Espoirs n'ont pas réussi à franchir le cap et à s'imposer en sélection. Aujourd'hui, nous disposons d'un groupe de jeunes joueurs qui semblent prêts à prendre leurs responsabilités. J'en suis très heureux car je suis de très près tout ce qui touche au football suédois et plus particulièrement à l'équipe nationale.