"Je sais ce que j’ai connu avant. Je suis donc bien placé pour juger du regard des gens sur moi. Et oui, il a changé." Titulaire pour sa première sélection en équipe de France, à Oslo la semaine passée, Adil Rami déguste son nouveau statut. Il est le premier juge de sa formidable trajectoire, conte de fées à la sauce ch’ti.

Oublié par les centres de formation, le Franco-Marocain a travaillé comme agent municipal à la mairie de Fréjus avant de rejoindre le Nord en 2006. Il y signe son premier contrat professionnel en juin 2007. A 24 ans, il a connu trois appels chez les Bleus sous le règne de Raymond Domenech, sans jamais entrer en jeu. Présent dans la liste des 30 en mai dernier puis écarté des 23, le natif de Bastia ne perd jamais son sourire.

Adil Rami, c’est l’archétype du "bon mec" : heureux, affable et franc. Lucide et considéré comme le futur de l’équipe de France dans l’axe central, il se met la pression pour ne pas rater le nouveau train en marche. Il s’est confié en exclusivité à FIFA.com.

Adil, votre première sélection en équipe de France est intervenue dans un contexte très particulier. Cela a-t-il rendu cette première plus difficile ?
Nous étions tous très tendus car on avait besoin de prouver. On savait que pas mal de joueurs pouvaient ne pas revenir et forcément on a tous mis la barre très haut. L’incertitude induit toujours plus de pression. On voulait se donner à fond, ne pas avoir de regrets. Cela peut expliquer pourquoi j’ai eu cinq minutes difficiles d’entrée.

Et des regrets, en avez-vous après cette défaite ?
Quand on prend deux buts, on en a toujours. Surtout sur le deuxième, je me dis que j’aurais pu anticiper. On écartait alors le jeu et on s’est fait prendre au piège. Mais c’est comme ça qu’on gagne en expérience et en maturité. Défensivement, je découvrais et je n’étais pas relâché. Pour une première, c’était pas mal. Mais avec du travail et du sérieux, je peux mieux faire. Surtout aux côtés d’un homme humainement exceptionnel comme Philippe Mexès.

Vous aviez connu les Bleus avant ce rassemblement, sans jouer. Quelle différence avez-vous vu avec le groupe convoqué contre la Norvège ?
Cette équipe de France développait un jeu plus fluide, avec une grosse rage et une faim de jouer. Je pense aussi qu’il y avait plus de fraîcheur. Cette équipe de France de demain, j’y crois à mort. Elle va exploser et je vais mettre tous les moyens de mon côté pour en faire partie.

Laurent Blanc a-t-il tiré le même bilan que vous ?
Il était aussi déçu que nous du résultat, mais concernant le jeu, il était satisfait. Il regrette qu’on n’ait pas su concrétiser nos temps forts et nos occasions.

Malgré la déception de ne pas être dans les 23, avez-vous suivi la Coupe du Monde de la FIFA 2010 ?
Je suis un compétiteur donc oui, j’étais vexé de ne pas en être. Mais j’ai quand même regardé et avec du recul, je me dis que c’était un mal pour un bien de ne pas y être. Mais je suis Français et je me suis senti visé par toutes les critiques. Ce n’était pas agréable. Il faut maintenant oublier le passé et remonter la pente avec cette nouvelle équipe.

Vous avez découvert Laurent Blanc comme entraîneur, pour ses grands débuts également. Quelle impression vous a-t-il laissé ?
On ne s’est entraîné que deux fois tous ensemble, c’est trop court et trop peu pour juger. Nous n’avons pas trop pu parler. Son discours d’avant-match était fantastique, il m’a soulagé et décontracté. Il a évoqué sa première sélection, nous a dit que c’était normal d’être nerveux. Il a trouvé les bons mots pour me mettre à l’aise. Il n’était pas là avec un flingue prêt à te faire payer la moindre erreur. C’est le coach qu’il fallait à l’équipe de France, je n’en doute pas une minute. Si demain, je ne suis plus appelé, ce sera de ma faute et pas de la sienne. J’ai aussi fait la connaissance du staff et de Jean-Louis Gasset, qui est un gars exceptionnel. Lui et Blanc forment vraiment un binôme exceptionnel.

Savoir que beaucoup de Bleus présents en Afrique du Sud vont revenir, cela ajoute-t-il de la pression avant la prochaine liste ?
Pression n’est pas le bon mot. Je dirais plutôt concentration. Mais je suis déjà tourné vers mes objectifs avec le LOSC, qui sont d’enfin bien débuter une saison et de corriger justement mes manques de concentration. La pression, je me la mets déjà pour ne plus avoir ce pêché mignon. A mon poste, c’est un gros problème donc je dois vraiment travailler là-dessus. Le reconnaître c’est déjà une avancée ! (rires)

Devenir un Bleu induit-il automatiquement un regard différent sur vous dans votre entourage ?
Ma famille ne change pas, elle a toujours été fière de moi. C’est le reste des gens autour de vous qui change. Si un jour je n’ai pas envie de sourire, on va dire que j’ai la grosse tête, que je suis devenu une diva. On nous tombe dessus beaucoup plus facilement. Quand j’aurai mûri, si je suis en équipe de France et que je suis plus sérieux, au lieu de dire "tiens, il a gagné en maturité", je sais que certains vont dire que j’ai pris la grosse tête. Ce sont des détails un peu lourds mais ce n’est pas non plus la purge.

Vous parliez plus tôt du début de saison du LOSC. Le traumatisme de la dernière journée du dernier championnat est-il oublié ?
Oui, on a digéré. On veut se servir des leçons du passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Car la Ligue des champions, on ne la perd pas sur le dernier match mais sur toutes les occasions qu’on a laissé filer tout au long de la saison. On doit gagner en constance et en régularité. Il faut qu’on apprenne à jouer sans Gervinho par exemple, car on a vu que quand il n’est pas là, ce n’est pas la même équipe. Pour l’instant, avec deux nuls contre deux gros (Rennes et le Paris Saint-Germain), on est bien. Mais il faut gagner contre Sochaux pour rendre ces deux résultats vraiment bons. Sinon, ça n’aura servi à rien.