À l'origine, l'idée était de créer un tournoi destiné à renforcer les liens entre l'Argentine et le Brésil. La compétition initialement imaginée par le Général Julio Roca, en janvier 1914, a vite pris une dimension inattendue. Dès sa première édition, la même année, l'épreuve a fait office de baromètre pour décider qui, des deux superpuissances et éternels rivaux du football sud-américain, pouvait se targuer d'être le meilleur à ce moment-là.

"Pendant de nombreuses années, la Copa Roca a servi en quelque sorte à prendre la température du football sud-américain pour savoir qui était le meilleur. Étant donné la rivalité de toujours entre le Brésil et l'Argentine, ce tournoi était pris très au sérieux", explique le champion du monde Clodoaldo au micro de FIFA.com. Le décor est planté. Ce tournoi vieux de quasiment un siècle s'apprête à reprendre des couleurs, ce mercredi 14 septembre, 35 ans après la dernière édition.

Rouage essentiel dans l'entrejeu du Brésil champion du monde au Mexique en 1970, Clodoaldo a participé à la dixième édition de la Copa Roca, disputée en 1971. Cette année-là, après deux matches nuls, le titre a été partagé entre les deux pays. "Il y avait toujours beaucoup de polémiques, comme toujours entre le Brésil et l'Argentine quand il s'agit de football. Personne ne voulait perdre", raconte l'ancien joueur.

Rivalité et fair-play
Cette décision de partager le trophée entre les deux équipes peut sembler étrange. Cela dit, la réaction des organisateurs se comprend mieux quand on replace les choses dans leur contexte historique. L'idée était d'éviter à tout prix les problèmes survenus en 1939 et 1940. En janvier 1939, le Brésil l'avait emporté 3:2 après avoir obtenu un penalty converti alors que les Argentins avaient quitté le terrain. En 1940, les matches nuls à répétition entre les deux équipes font que ces dernières s'affrontent pas moins de sept fois en l'espace de 14 mois.

Durant cette période, l'Argentine prend régulièrement le dessus grâce à une attaque emmenée par Antonio Sastre. Cette supériorité est d'autant plus impressionnante que le Brésil vient de terminer troisième à la Coupe du Monde de la FIFA 1938™ en France et compte dans ses rangs le prodigieux Leônidas. À cette époque, l'Albiceleste remporte le tournoi deux fois de suite, signant des succès ébouriffants comme le 5:1 au stade São Januário de Rio de Janeiro, qui constitue la première défaite de l'histoire de la Seleção sur ses terres. Cette débâcle est suivie d'un 6:1 en faveur de l'Argentine devant son public. Inutile de dire que ces défaites ne font que mettre l'eau sur le feu lors de rencontres qui, plus souvent qu'à leur tour, se terminent par des échauffourées.

Cet environnement bouillant ne ferme toutefois pas complètement la porte au fair-play. Dans le deuxième match de la Copa Roca 1940, à Buenos Aires, les Argentins obtiennent un penalty inexistant. Même le public conteste la décision de l'arbitre. Le capitaine de l'Albiceleste à l'époque, Arico Suarez, met tout le monde d'accord en tirant son penalty le plus loin possible du but.

Une anecdote similaire avait eu lieu en 1914, lors de l'édition inaugurale de la Copa Roca, à Buenos Aires. Les visiteurs prennent l'avantage, mais Leonardi parvient à égaliser de la main... L'arbitre brésilien valide le but, mais le joueur argentin va lui-même signaler à l'homme en noir qu'il a marqué de façon illicite. La Seleção s'impose 1:0, inscrivant son nom tout en haut du palmarès de l'épreuve. Dans le même temps, le créateur de la compétition, Julio Roca, se déclare fier du geste de son compatriote.

Le vent tourne… définitivement
Après trois succès argentins consécutifs dans l'épreuve, le Brésil reprend les commandes en 1945 en signant le plus gros score de son histoire dans la compétition, un 6:2 obtenu au stade São Januário du Vasco de Gama. Douze ans plus tard, le tournoi entre définitivement dans l'histoire non pas en raison du résultat, mais parce qu'un joueur âgé de 16 ans et 257 jours fait sa première apparition sous le maillot du Brésil. On est le 7 juillet 1957 au Maracanã et Pelé, tel l'innocent aux mains pleines, inscrit l'unique but de son pays, qui s'incline toutefois 2:1.

Dans le deuxième match, disputé une nouvelle fois au Maracanã, le Brésil inverse la tendance en s'imposant 2:0, avec un nouveau but de Pelé, qui s'affiche déjà comme un élément indispensable d'une équipe qui, l'année suivante en Suède, remporte son premier titre mondial. Depuis, exception faite de l'édition 1971, la Seleção a gagné toutes les éditions du tournoi, malgré deux défaites qui laisseront des marques, en 1960 et 1963.

Après une pause de huit ans, le tournoi reprend ses droits en 1971. Le Brésil aligne à cette occasion 11 champions du monde, mais pas Pelé. Dans les deux parties disputées au Monumental de Buenos Aires, Clodoaldo brille, ce qui lui vaut les éloges de l'entraîneur adverse, Juan José Pizutti. "C'est vrai que j'avais été bon dans ces deux matches. Pizutti était venu me voir pour me dire qu'il aurait aimé m'avoir dans son équipe", se souvient l'ancien joueur du Santos. "Je me rappelle aussi que ces deux rencontres avaient été très dures. Le Brésil était à son apogée, mais l'Argentine avait une très belle équipe également. Nous avons fait deux fois match nul."

En 1976, le Brésil remporte son huitième titre en 11 éditions de la Copa Roca contre une équipe d'Argentine qui compte déjà dans ses rangs Mario Kempes et Daniel Passarella, piliers du sacre dans la Coupe du Monde de la FIFA 1978™. Après 35 ans de répit, les fédérations des deux pays sont tombées d'accord pour relancer les débats. Le premier match de l'édition 2011 aura lieu ce mercredi à Córdoba et le deuxième à Belém, le 28 septembre prochain. Seule particularité par rapport aux éditions précédentes : les deux sélections devront aligner des joueurs évoluant dans leurs pays respectifs.

"C'est une excellente idée d'avoir fait renaître cette compétition. Certes, la Copa Roca n'est pas la Coupe du Monde, mais c'est une épreuve motivante pour tout le monde et un vrai motif de fierté pour le vainqueur", ajoute Clodoaldo, qui a eu l'occasion de rencontrer l'Argentine dès sa quatrième sélection avec le Brésil, dans un match amical disputé en mars 1970. À cette occasion, il a été l'auteur d'une passe décisive pour Pelé et la Seleção l'avait emporté 2:1. "J'étais jeune à l'époque. J'espère que cette Copa Roca sera bénéfique aux jeunes qui vont remplacer les joueurs des deux équipes qui évoluent à l'étranger," conclut Clodoaldo. "Mon conseil ? Qu'ils donnent le maximum car un Brésil-Argentine, c'est toujours quelque chose de spécial".