En 1992, le Sénégal s'imposait 3:0 devant le Kenya au premier tour de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF. Parmi les buteurs côté sénégalais, on trouvait alors un certain Souleymane Sané. Chez les Harambee Stars en revanche, Mike Okoth est resté muet. Vingt-quatre ans plus tard, les fils de ces deux internationaux pourraient bien se retrouver face à face dans une grande compétition internationale. Mais cette fois, le duel n'aura pas lieu en Afrique. Leroy Sané et Divock Origi ayant décidé de représenter leur pays de naissance, l'UEFA EURO 2016 en France pourrait servir de cadre au deuxième épisode de cette rivalité.

Souleymane Sané a écumé pendant 11 ans les terrains de première et deuxième division allemande. Son fils Leroy est donc né à Essen, en 1996. L'an passé, il a disputé son premier match sous les couleurs de la Nationalmannschaft. D'un an son aîné, le Belge Divock Origi a vu le jour à Ostende, à l'époque où son père portait les couleurs du club local. 

Belges et Allemands comptant parmi les favoris de l'EURO 2016, les deux nations pourraient croiser le fer à un moment où à un autre. Interrogé par FIFA.com, Mike Okoth croit discerner quelques points communs entre son ancien rival et son fils. "Ils sont tous les deux très rapides et très doués techniquement. On voit tout de suite de qui tient Leroy", juge l'ancien international kényan, qui avait disputé sa troisième phase finale de Coupe d'Afrique des Nations avec les Harambee Stars à 36 ans, en 2004. Malgré son passé, il comprend parfaitement la décision de son fils de représenter la Belgique. "Il connaît très bien mon parcours. Nous allions régulièrement au Kenya. Il entretient un vrai rapport avec ce pays, mais il ne faut pas perdre de vue que ces enfants sont nés en Europe. C'est ici qu'ils ont passé la plus grande partie de leur vie. En grandissant, il était régulièrement appelé dans les équipes de jeunes belges. Je crois qu'il a toujours su qu'il jouerait pour les Diables Rouges, si l'occasion se présentait. C'était son rêve."

Okoth ne s'attendait cependant pas à le voir percer si vite, au point d'intégrer le groupe qui a disputé la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™. Dans la foulée, Origi est devenu le plus jeune buteur belge dans l'épreuve mondiale, après avoir trouvé le chemin des filets face à la Russie. "Ça s'est passé si vite… bien plus vite que nous ne l'imaginions. Mais il a su saisir sa chance. Il n'a peur de rien", confie Okoth avec fierté.   

Cette confiance, Sané la retrouve aussi chez son fils. "Je suis surpris de le voir aussi calme", estimait récemment l'ancien international sénégalais aux médias allemands. "La plupart des gens seraient nerveux à l'idée d'affronter des joueurs qu'on ne voit d'ordinaire qu'à la télévision, en regardant les matches du Bayern Munich, de Barcelone ou du Real Madrid. Lui, il avait l'air dans son élément."

Bon sang ne saurait mentir
Regina Weber, la mère de Leroy Sané, a remporté une médaille de bronze en gymnastique rythmique aux Jeux Olympiques 1984. "Je crois que je lui dois ma souplesse et mon dynamisme", reconnaît Leroy. Et Souleymane d'ajouter promptement : "En revanche, sa vitesse, c'est de moi qu'il la tient".  

Lamine N'Diaye faisait également partie de la sélection sénégalaise en 1992. Il conserve d'excellents souvenirs de son association avec Sané père. "C'est quelqu'un de charmant et un très bon coéquipier. Je crois que son fils lui ressemble beaucoup. Il possède lui aussi une bonne frappe de balle. Il est très rapide et il peut éliminer un adversaire d'un coup de rein." En fin de carrière, N'Diaye s'est essayé au métier d'entraîneur, ce qui lui a valu de prendre les commandes des Lions de la Teranga ou du TP Mazembe, quintuple champion d'Afrique. Pour lui, le duel de ces deux enfants prodige sur la scène européenne n'est qu'un signe des temps. "Le football est comme ça en ce moment. Nous vivons dans des sociétés ouvertes. Si un joueur africain a deux parents de nationalités différentes, il a le choix. S'il est né en Europe, il peut opter pour son pays de naissance ou son pays d'origine."  

C'est ainsi que les fils de deux légendes du football africain peuvent se retrouver face à face à l'EURO… comme leurs pères avant eux en Coupe d'Afrique des Nations.