Symbole d'une nouvelle génération de Diables Rouges avec ses compères Moussa Dembélé et Marouane Fellaini, le petit prodige du Standard de Liège Steven Defour confirme depuis le début de saison son statut de capitaine et leader. Promu chef de vestiaire, à 19 ans seulement et après le départ de l'idole Sergio Conceicao, Defour illumine la Jupiler League, avec en point de mire l'offrande au peuple liégeois d'un titre qu'il espère depuis 1983. En attendant la consécration collective éventuelle, Defour, qui sera absent tout le mois de février sur blessure, est déjà rentré dans le livre d'or du football belge en remportant le Soulier d'Or 2007, trophée récompensant le meilleur joueur du pays.

Si la valeur n'attend pas le nombre des années, le talent non plus. Et celui de Steven Defour est aussi immense que précoce. Capitaine du Royal Standard de Liège à moins de 20 ans, titulaire sous la vareuse des Diables Rouges, milieu de terrain offensif "starifié" depuis ses 17 ans, l'ambitieux anversois affiche déjà un CV de cadre supérieur.

Chef de file d'une génération appelée à remettre le football belge sur l'échiquier du football européen, Defour confirme depuis le début de saison son statut et les lauriers qui lui sont tressés. "Je vais encore grandir cette année, à tous les niveaux", annonçait en juillet dernier le meneur de jeu d'un Standard classe biberon. La promesse est jusque-là respectée.

Cette parole a causé bien des soucis à l'ex-fils prodigue du KV Mechelen. A l'été 2006, il a semé les grains de la discorde entre le Limbourg et Liège, écornant une image policée à coups d'articles flatteurs depuis ses débuts en Jupiler League. " ", lançait-t-il à l'automne 2005. Six mois plus tard, le "Petit prince" du KRC Genk partait au bras de fer avec ses dirigeants. L'Ajax Amsterdam lui fait les yeux doux. Il veut prendre la direction de l'ArenA. Son président refuse. Il change d'agent et s'appuie sur une loi belge pour casser son contrat. L'Ajax entre-temps s'est désisté et le Standard s'engouffre dans la brèche.

Si je pars, ça
sera pour l'étranger car j'ai trop de respect pour Genk et
je ne me vois pas jouer dans un autre club belge

Steven Defour, Soulier d'Or 2007

La pression ? Connaît pas !
Quand il reviendra à Genk quelques mois plus tard pour un match de championnat sous haute-tension, le bus du Standard sera placé sous forte escorte policière. Mais la pression n'atteint pas Defour, qui malgré les attentes énormes réalisera une belle saison avec son nouveau club, troisième du championnat et finaliste de la Coupe. Le jeune homme a du caractère. "C'est un battant, il a en lui une vraie rage de vaincre. Quand l'équipe ne tournait pas bien, il ne s'est jamais caché, malgré son jeune âge. Au contraire, il se montrait et multipliait les appels, tentant de redresser la tête de ses coéquipiers", commentait en 2005 Ariel Jacobs, alors directeur technique de Genk. "Steven a les épaules pour être capitaine même s'il n'a que 19 ans", confirme l'ancien international Marc Wilmots.

Investi par le coach Michel Preud'homme du brassard d'une équipe orpheline de ses vétérans Eric Deflandre, Sergio Conceicao, Karel Geraerts et Milan Rapaic, Defour assume avec brio ses nouvelles responsabilités. Le Standard est deuxième après 18 journées, avec déjà dix points d'avance sur le RSC Anderlecht, double champion en titre. Les Rouches séduisent sur le terrain et affichent un calme et une stabilité qui surprennent pour un club habitué aux remous et à l'effectif très jeune cette saison : Axel Witsel (18 ans), Marouane Fellaini (19), Dieumerci Mbokani (22), Ivan De Camargo (24) et Marco Camozzato (24) sont tous des pions essentiels.

"Je suis devenu un leader"
"On peut être champion. Notre noyau recèle suffisamment de qualités pour lutter pour le titre. Le groupe est composé de gagneurs. Les importantes responsabilités dont je suis désormais chargé ne m'ont pas surpris. Je suis devenu un véritable leader. J'effectue les tâches auxquelles je m'attendais. Je m'attache à écouter les joueurs, à écouter l'entraîneur et à être le relais attendu. Je n'ai pas peur de prendre mes responsabilités. Si on doit réveiller le groupe, on sera capable de le faire. On possède tous certaines qualités avec lesquelles on doit composer. On a déjà réussi de bons résultats avec notre jeune milieu de terrain la saison dernière. Entre nous, nous ne nous posons pas la question de savoir si nous serons à la hauteur", déclare le successeur désigné de l'idole de Sclessin, Sergio Conceicao.

Le conte de fée continue donc pour le petit Steven (1m73). Il a débuté avec la faillite de Malines, son club formateur. Le PSV Eindhoven et le Arsenal FC jettent leur dévolu sur le prodige mais c'est à Genk qu'il décide de découvrir le professionnalisme. "À cet âge-là, on a besoin de rester près de sa famille pour se sentir bien dans sa peau. Pour faciliter mon passage dans le Limbourg, j'ai d'abord séjourné dans un internat à Louvain, pas loin de chez moi, avant de rejoindre une famille d'accueil", se souvient le joueur. Bien dans sa peau, il intègre rapidement l'équipe première.

Le 30 octobre 2004, il est encore au lycée quand il entre en jeu pour 12 minutes face à Sint-Truiden VV: "C'est un moment inoubliable, comme ma première titularisation et mon premier but en championnat. Tout est arrivé très vite", assure Defour, tout aussi heureux quand René Vandeyrecken, le sélectionneur belge, le convoque chez les Diables Rouges la saison passée. "C'est un rêve qui se réalisait". Devenu une pièce essentielle d'une équipe nationale en pleine recomposition, Defour voit s'ouvrir de nouveaux horizons internationaux. " ", avoue-t-il.

Le championnat
belge ne sera jamais trop petit pour moi, je peux y apprendre tous
les jours

Steven Defour, Soulier d'Or 2007

Le coach Michel Preud'homme lui conseille de rester encore un an de plus. Mais les sirènes de l'étranger seront douces et suaves l'été prochain. Sans Ligue des champions, il serait difficile pour le Standard de conserver son capitaine et maître à jouer.