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Aduriz, construit pour durer

Athletic Bilbao's forward Aritz Aduriz eyes the ball
© AFP

Il est le premier surpris. "Si on m'avait dit il y a quelques années qu'à partir de 30 ans, j'allais continuer de progresser, je ne l'aurais pas cru", reconnaît-il. Quand il dit cela, Aritz Aduriz paraît tout à fait sincère et lorsqu'on lui rappelle ses statistiques, il esquisse un sourire timide et fait une moue qui ne masque pas son étonnement. Entre ses débuts en 2002 et l'âge de 30 ans, il a inscrit 60 buts. Au cours des cinq années qui ont suivi, il a fait trembler les filets à 102 reprises, dont 30 fois depuis le coup d'envoi de la présente saison.

Numéro 9 à l'ancienne, Aduriz a passé des années à faire la pression sur la défense adverse, à jouer des coudes avec les arrières centraux, à courir sans ballon et à chercher le bon endroit et le moment idéal pour recevoir le cuir dans les meilleures conditions avant de l'envoyer au fond des filets. Avec l'usure que tout cela suppose. Mais à 35 ans, il est dans la forme de sa vie. "Non, il n'y a pas de potion magique", assure l'attaquant de l'Athletic Bilbao au micro de FIFA.com. "Je suppose que cela a quelque chose à voir avec les gènes. Je dois remercier mes parents. Et puis je prends beaucoup de plaisir à ce que je fais. C'est probablement ça, le vrai secret."

De son père chauffeur et de sa mère employée dans l'administration, Aduriz a hérité la passion de l'activité physique. Mais alors que ses parents avaient une prédilection pour les sports de montagne, Aritz est vite tombé amoureux du ballon rond. Très tôt, il passait la plupart de ses week-ends à jouer au foot sur le sable de la plage de la Concha, dans sa ville natale de Saint-Sébastien. De son initiation au ski de fond, il a conservé l'endurance et la constance dans l'effort qu'il déploie à chaque match, à chaque entraînement. Et puis, il fait attention à son corps. "Aujourd'hui, nous avons beaucoup de données chiffrées sur nous-mêmes. On peut faire attention à chaque détail, au niveau de l'alimentation comme dans tous les autres domaines. Je ne fais rien d'extrême ou d'exceptionnel", explique-t-il.

Il dit avoir essayé le caisson hyperbare. Le repos est lui aussi très important. Il se repose autant qu'il le peut ou plutôt, comme il le dit lui-même, autant qu'on lui en donne la possibilité. "J'ai une fille de trois ans et demi qui ne fait pas la sieste. J'essaie donc de me reposer au maximum la nuit, car c'est le meilleur moment pour la régénération du corps. J'accorde beaucoup d'importance au sommeil, j'essaie de dormir huit heures par nuit", confie le buteur.

Un attaquant de la "vieille école"
Avant de s'imposer à l'Athletic, "son" Athletic comme il le dit lui-même, Aduriz est passé par plusieurs clubs - Valladolid, Majorque, Valence - où il a toujours travaillé avec patience. Il en a été récompensé, avec comme plus beau cadeau un retour à la maison, la reconnaissance de San Mamés et un premier titre, la Supercoupe d'Espagne remportée par les Leones en août dernier face à Barcelone. Au match aller, celui qui avait alors 34 ans avait même réussi un triplé au cours de l'incroyable victoire de Bilbao 4:0 sur le Barça. Au retour, Aduriz a terminé le travail en offrant l'égalisation à Bilbao au Camp Nou (1:1). "C'est un des meilleurs moments de ma carrière. On aspire toujours à gagner un titre et le gagner avec l'Athletic, un club avec une philosophie aussi singulière… Cela faisait 31 ans que le club n'avait rien gagné et tout d'un coup, il décroche un titre contre le Barça de Messi et compagnie…", savoure-t-il.

La clé de la réussite des Basques, c'est l'excellente entente d'un vestiaire où quelques joueurs chevronnés comme Aduriz encadrent une majorité de joueurs beaucoup plus jeunes. "Nous formons une famille, un groupe d'amis qui évolue parmi l'élite." Ce qui n'empêche pas pour autant certains effets indésirables du choc des générations : "Il y a un peu trop de musique reggaeton à mon goût, mais on s'adapte. Il faut vivre avec son temps", poursuit-il en rigolant.

Sur le terrain comme sur les réseaux sociaux, cette "adaptation" a un coût. "Je crois que j'ai un compte sur à peu près tout ce qui se fait en matière de réseaux sociaux, mais je n'ose pas trop m'en servir. Je passe pas mal de temps sans mon portable", explique celui qui, en la matière, est donc le parfait opposé de ses coéquipiers Iker Muniain et Aymeric Laporte, experts ès réseaux sociaux. "Dans ce domaine aussi la différence d'âge ne passe pas inaperçue. Je viens d'une époque où le téléphone portable n'existait pas. Tu allais sur la place du village à cinq heures de l'après-midi et si tu y trouvais des copains, tant mieux, sinon tant pis. Tu rentrais à la maison. De nos jours, on vit connectés 24 heures sur 24", souligne-t-il.

Heureusement pour Aduriz, l'art de marquer a peu de chose à voir avec la technologie et tant qu'il continuera de trouver la faille aussi fréquemment, les espoirs seront permis. "J'espère que le meilleur reste à venir", dit-il le plus sérieusement du monde. Avec l'UEFA EURO à l'horizon et un Vicente del Bosque toujours à la recherche d'un vrai numéro 9 pour la Roja, il ne faut pas exclure un retour en équipe nationale d'Aduriz. Un retour ? Oui, le Basque a déjà été appelé une fois en sélection. Mais c'était avant de fêter ses 30 ans. Depuis, quelque chose a changé.

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