Mon histoire

Bigirimana, une page d'histoire et son héros

Gael Bigirimana
© FIFA.com
  • Gael Bigirimana a fui les troubles au Burundi, pour revenir en héros national
  • Le milieu a aidé son pays à se qualifier pour sa toute première Coupe d'Afrique des Nations
  • Il espère que l'équipe nationale pourra guérir les blessures du pays

Après avoir fui son Burundi natal dans son enfance, Gael Bigirimana y est revenu 15 ans plus tard pour aider son pays à accomplir un exploit. En mars, le Burundi a décroché sa première qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF, à la faveur d'un nul 1-1 face au Gabon. Le milieu d'Hibernian espère que l'impact de cet événement historique pour le football burundais s'étendra bien au-delà du rectangle vert.

Il livre le récit de son histoire au micro de FIFA.com, en évoquant avec émotion ses souvenirs d'enfance au Burundi, sa rencontre avec le football et la participation des Hirondelles à Égypte 2019.

Quand j'ai quitté le Burundi, le pays vivait une époque troublée.

Je n'étais qu'un enfant. On voit des choses, bien sûr, on entend des tirs, mais on n'est pas directement touché, alors cela n'a rien d'inquiétant. On se réveille, on mange, on va à l'école, on rentre, on joue. La vie est belle.

Mais ma famille a décidé de nous mettre en sécurité. Ma mère nous a quittés pour aller en Angleterre et essayer de trouver un moyen d'y faire venir mes deux frères aînés, ma grande sœur, mon père et moi.

C'est une femme extraordinaire. Elle est allée en Europe toute seule. Elle a traversé beaucoup d'épreuves et a énormément travaillé. Elle nous a manqué, mais nous étions une famille très forte et très unie. Rester soudés nous a aidés. Ce devait sans doute être bien plus difficile pour ma mère, qui n'avait personne sur qui s'appuyer.

Nous sommes d'abord allés en Ouganda. Là, nous avons attendu de savoir si nous pouvions rejoindre ma mère. Ensuite, je suis venu à Coventry.

Gael Bigirimana as a child in Burundi
© Others

Birgirimana enfant au Burundi

Quand j'étais jeune, tout ce que je voulais, c'était jouer au football.

Quand j'avais dix ans, nous priions tout le temps chez nous. Je savais que Dieu écoutait nos prières et qu'il les exauçait. Un jour, ma mère nous a demandé, à mon frère et à moi, d'aller acheter du lait. En revenant, nous sommes passés devant le centre de formation de Coventry. J'ai entraperçu l'entraînement et une voix dans ma tête m'a dit : "Va demander si tu peux jouer".

En rentrant, j'ai demandé à ma mère : "Est-ce que je peux avoir 2 £ pour m'inscrire ?". Mais elle a cru que j'allais les dépenser en bêtises. Je suis quand même allé au centre pour parler avec les responsables, mais je n'étais en Angleterre que depuis trois mois. En chemin, j'ai dit une petite prière : "Dieu, je ne connais pas ces gens et ils ne me connaissent pas. Mais tout ce que je demande, c'est que tu leur souffles de dire oui".

J'ai demandé à l'entraîneur si je pouvais rejoindre l'équipe, mais mon anglais n'était pas parfait et il n'a pas compris. À tout hasard, il m'a dirigé vers les recruteurs. Quand je leur ai dit que je voulais m'entraîner, ils m'ont expliqué ce que je devais faire : "La prochaine fois que tu disputeras un match avec ton école, envoie-nous une lettre et nous viendrons te voir jouer".

Tout excité, je suis parti chez moi en courant. Au moment où j'allais traverser la rue, ils m'ont rappelé et m'ont demandé si je courais plus vite que leurs recrues. J'ai répondu : "Vous verrez bien !". J'ai commencé l'entraînement dès le lendemain.

C'est comme cela que j'ai entamé mon parcours dans le football.

C'est la magie de la vie, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve.

Gael Bigirimana en bref
Né à Bujumbura, Burundi / Âge: 25 ans / Position: Milieu de terrain
Clubs : Coventry City, Newcastle United, Rangers, Motherwell, Hibernian
Gael Bigirimana with Coventry City and Hibernian
© Others

Bigirimana a signé à Coventry City, son premier club, avant de rejoindre Hibernian

Quand on est footballeur, on ne réalise pas toujours qu'on a accompli quelque chose de grand tant qu'on est sur le terrain.

L'histoire récente de ma nation a été marquée par le désespoir. Il y a eu tant de sang versé, le sentiment d'impuissance est si profond, que le pays est comme mort. Quand on mentionne le Burundi en Europe, on se heurte souvent à l'incompréhension. Personne n'en a entendu parler. C'est un lieu oublié, abandonné.

Le Burundi n'a pas les moyens financiers de rivaliser avec des équipes comme le Mali et le Gabon, nos adversaires de groupe en qualification. Nous nous sommes imposés contre tous pronostics.

Pour nous, il s'agissait de bien plus qu'une qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations. Cela, ce n'était qu'un bonus. Il s'agissait d'apporter de l'espoir à une nation dont la population n'attend plus rien depuis longtemps. Le football est un puissant outil de changement.

J'étais encore jeune, mais j'ai été enthousiasmé par l'équipe de Côte d'Ivoire lorsqu'elle a demandé aux deux camps de déposer les armes et de s'unir pour la soutenir quand elle s'est qualifiée pour la Coupe du Monde. Cela ne veut pas dire que tout va s'arranger du jour au lendemain, mais c'est un début.

Le dernier match de qualification a eu l'intensité d'une finale de Coupe du Monde pour nous.

Heureusement, nous avions deux possibilités pour nous qualifier : le nul ou la victoire. Nous nous répétions en boucle : "La victoire est entre nos mains, mais nous perdrons si nous laissons la peur nous contrôler. Dans la vie, si la peur vous domine, elle vous asservit. Le stade a rugi quand nous avons marqué, puis s'est figé quand le Gabon a égalisé.

Ce qui m'a le plus impressionné, c'est que notre équipe ne s'est pas effondrée. Nous avons tenu bon et nous avons combattu comme des guerriers. Nous avons mérité la qualification.

Quand nous avons quitté le stade, à un moment, notre petit minibus s'est mis à tanguer d'un côté et de l'autre sous la pression des supporters fous de joie. On aurait dit que le pays venait d'être libéré !

Vous pouvez imaginer ce que cela représente pour les habitants de toutes les provinces du Burundi. Notre nation est petite, mais très belle.

La qualification m'a laissé sans voix.

Quand j'étais petit au Burundi, ma mère m'amenait au stade voir l'équipe nationale, mais je n'aurais jamais rêvé d'en faire partie. Je me souviens très bien de nombreux garçons qui étaient meilleurs que moi quand on jouait au foot dans la rue. Je n'aurais même jamais imaginé disputer le championnat burundais.

La génération précédente n'était pas moins forte ou moins douée que la nôtre. Les joueurs possédaient un talent inné, ils étaient tous capables d'aller loin. J'étais ébloui chaque fois que je les voyais jouer.

Si quelqu'un m'avait dit que j'appartiendrais un jour à la sélection et à la première équipe qualifiée pour la Coupe d'Afrique des nations, j'aurais cru à un conte de fées.

Papy Faty sera à jamais associé à l'équipe entrée dans l'histoire

Après le match contre le Gabon, il m'a confié qu'il avait rêvé de se qualifier pour la Coupe d'Afrique. Pas pour la Coupe du Monde, juste la Coupe d'Afrique. Je suis heureux qu'il ait réussi à écrire une page d'histoire.

C'est une légende en raison de sa longévité en sélection. Il laisse un souvenir inoubliable. J'espère que nous pourrons redonner le sourire à sa famille et honorer sa mémoire.

Le maillot national possède un énorme pouvoir.

Il m'a été donné la chance de laisser une marque sur le monde. C'est un privilège que je ne tiens pas pour acquis.

Nous avons été portés par notre unité et notre amitié.

L'équipe nationale doit continuer à incarner ces valeurs pour que ce message parle à l'ensemble du pays. Nous sommes tous Burundais.

Peu importe l'apparence d'une personne, sa province natale, son milieu, ses origines familiales. Nous sommes tous Burundais.

J'espère que, que d'une manière ou d'une autre, notre succès ouvrira des horizons nouveaux. Le football est une course de relais. Vous courez, puis passez le témoin à la génération suivante qui doit à son tour faire sa part du chemin. Je remercie Dieu d'avoir eu le privilège de réaliser une belle course.

Nous serons des outsiders à la Coupe d'Afrique des Nations, c'est certain. Mais comme nous sommes un petit pays, nous n'avons rien à perdre. Personne ne s'attend à nous voir gagner le tournoi.

Nous irons et nous jouerons sans peur.

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