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Brolin, l'étoile filante

Tomas Brolin of Sweden takes the ball past Andreas Brehme of Germany
© Foto-net

À la fin des années 80, l'IFK Norrköping emploie en qualité de semi-pro un jeune comptable du nom de Tomas Brolin. À cette époque, l'intéressé n'a évidemment aucune idée de la carrière qui l'attend. Il va pourtant connaître une ascension fulgurante à l'occasion de la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990™. Impressionnant à chacune de ses sorties avec lesTre Kronor, il signe deux buts contre le Pays de Galles et la Finlande qui scellent la qualification de la Suède. * *

Benjamin du groupe appelé à disputer la phase finale, il participe aux trois matches de groupe de son équipe et affronte le Brésil. Tout le monde se souvient encore de son but d'anthologie contre la *Seleçao *: après avoir récupéré le ballon à 25 mètres des cages, il dribble avec élégance Mozer avant de conclure d'une frappe sèche.
Certes, les Scandinaves quittent l'Italie avec trois défaites au compteur (2:1 contre le Brésil, 2:1 contre l'Écosse et 2:1 contre le Costa Rica), mais Brolin a profité de son passage sur la scène mondiale pour marquer durablement les esprits.

À la conquête de l'ItalieLes offres venues de toute l'Europe ne tardent pas à affluer. Le joueur de 20 ans se décide finalement en faveur de Parme, qui a fêté son retour en Serie A en 1990. Brolin ne tarde pas à marcher sur les traces des grands noms du football suédois qui ont marqué l'histoire du football italien comme Kurre Hamrin, Gunnar Gren, Nils Liedholm ou encore Gunnar Nordahl. "En voyant jouer Tomas, j'ai l'impression de remonter le temps. Il peut vraiment aller très loin", confie ce dernier lors de la Coupe du Monde 1990.  

La suite va lui donner raison. Sa première saison en Émilie-Romagne se solde par une victoire en finale de la Coupe de l'UEFA. En 1992, il mène la Suède en demi-finale de l'UEFA EURO. Son dynamisme, sa frappe puissante et sa somptueuse technique en font un joueur aussi polyvalent qu'indispensable. Le sélectionneur Tommy Svensson, lui-même international à 40 reprises, ne s'y trompe pas : il laisse à son génie la liberté d'évoluer où il le souhaite. Le prodige opte pour une place en pointe. "Je touche davantage de ballons et ça me permet de jouer sur mes points forts", explique-t-il.

Au premier tour de l'épreuve continentale, il inscrit l'unique but du match contre le Danemark et signe celui de la victoire sur l'Angleterre (2:1). Malheureusement, l'Allemagne se révèle un peu trop coriace pour les* Scandinaves *en demi-finale. Quelques semaines plus tard, Brolin se distingue à nouveau en signant deux buts en quatre sorties dans le Tournoi Olympique de Football.

Un meneur de génieUnis en 1994. Dans le match pour la troisième place, remporté 4:0, il ouvre le score et contribue à deux autres réalisations. Svensson a sans doute réussi son plus beau coup avant même le début de la compétition, en convainquant celui qu'il considère comme "le meilleur cheval de l'écurie" de descendre d'un cran sur le terrain.

L'idée ne tarde pas à se révéler payante : placé juste derrière Martin Dahlin et Kennet Andersson, Brolin forme avec ses deux attaquants un trio d'une redoutable efficacité. "Je suis prêt à jouer n'importe où, du moment que ça sert l'équipe", répète l'intéressé à l'envi. Son abnégation ne tarde pas à porter ses fruits, car Brolin se montre aussi inspiré à la baguette qu'à la conclusion. Il inscrit 26 buts en 47 sélections en équipe nationale. Son trop bref passage en sélection, de 1990 à 1995, laisse évidemment quelques regrets. En 2005, il est nominé pour le titre de meilleur joueur suédois des 50 dernières années. Il termine deuxième du classement, derrière Henrik Larsson.
* La retraite à 29 ans*
Il ne lui aura finalement manqué qu'un titre en sélection. À défaut de connaître la gloire avec les Blågult, Brolin se console en club. Avec Parme, il remporte une Coupe d'Italie, une Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe, une Coupe UEFA et une Supercoupe d'Europe. "Brolin joue comme un Italien. Il n'y a qu'à sa couleur de cheveux qu'on le reconnaît", s'amuse l'ancien international allemand Günter Netzer. Aujourd'hui encore, le Suédois est considéré comme une légende vivante à Parme. La pirouette qui ponctuait chacun de ses buts est restée célèbre dans son pays natal. Beaucoup de joueurs l'exécutent encore, comme un hommage.

Malheureusement, sa carrière connaît une fin abrupte. Une fracture du pied subie en novembre 1994 pendant les qualifications pour l'UEFA EURO 1996 marque le début de la fin. Éloigné des terrains pendant six mois, Brolin n'est plus titulaire à son retour. Il doit se résoudre à quitter Parme pour Leeds. L'ancien maestro n'est plus que l'ombre de lui-même. Ses nouveaux dirigeants le prêtent au FC Zurich puis à Parme, sans succès. Son passage à Crystal Palace reste tout aussi anecdotique.

En mai 1998, il met fin à sa carrière, à 29 ans. Son étoile s'est éteinte aussi vite qu'elle était apparue dans le firmament du football mondial. En août 1998, il effectue sa toute dernière apparition à l'occasion d'un match de deuxième division entre Hudiksvalls ABK et Kiruna FF. Il joue les 15 dernières minutes au poste de gardien de but.  

*Aspirateurs, poker et musique *Plutôt que de se lamenter sur son sort, le Suédois entreprend de développer de nouveaux talents. Il tourne ainsi dans une vidéo aux côtés de l'ancien tennisman Björn Borg. Il possède également sa propre marque de chaussures et d'aspirateurs. Enfin, il lui arrive de faire des apparitions sur le circuit professionnel de poker.  

L'ancienne star au visage poupin n'a pas connu l'ivresse des sommets bien longtemps, mais elle a su profiter de ces quelques années pour se tailler une place à sa mesure dans l'histoire du football. Un tel exploit vaut bien le sacrifice d'une carrière écourtée.

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