Des arguments de poids

Valenciennes' Jean Claude Darcheville controls the ball on February 8, 2009 in Grenoble
© AFP

Les petits matches de foot improvisés entre amis sont rarement des parties de plaisir pour les gamins un tantinet rondelets : quolibets, attente interminable pendant la composition des équipes, abonnement à la place de gardien... Tel est souvent le lot des garçons limités sur le plan athlétique. Pourtant, au fil de son histoire, le football de haut niveau a offert un terrain d'expression aux joueurs éprouvant la même passion pour le ballon rond que pour la bonne chère. FIFA.com rend justice à ces "footballeurs de poids" en citant quelques cas d'espèce.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par le père fondateur de la catégorie "poids lourds", à savoir l'Anglais William Foulke, alias Fatty (le gros, tout simplement). Avec ses 150 kilos sur la balance - vous lisez bien ! -, il n'a eu aucun mal à garder les cages de Sheffield United et de Chelsea ! Certes, Foulke a atteint ce poids en fin carrière, mais tout de même. Un jour, alors qu'il s'ennuyait comme les pierres, il lui prit l'idée saugrenue de se suspendre à sa barre transversale, qui ne résista pas à telle sollicitation... Impossible d'assurer que Fatty a inspiré le célèbre chant de supporters britanniques "Who ate all the pies?" ("Qui a mangé toutes les tourtes ?"). En revanche, une chose est sûre : Foulke a remporté deux FA Cups. La preuve qu'avant d'être un phénomène de foire, il était surtout un bon gardien.

Les Anglais se targuent d'être les inventeurs du beau jeu. Ils oublient souvent de souligner les vertus diététiques de leur gastronomie... Ainsi, Micky Quinn n'a pas seulement bâti sa réputation à coups de buts sous les couleurs de Portsmouth, Newcastle et Coventry City dans les années 1980 et 1990. Il s'est également fait connaître par son physique caractéristique, qui lui a valu le charmant surnom de Sumo. "He's fat, he's round, he's worth a million pounds" ("Il est gros, il est rond, il vaut un million"), s'égosillaient les supporters... Qu'importe : Quinn répliquait à ces moqueries par ses buts et un deuxième degré croustillant. C'est ainsi qu'un jour, il avala un bout de gâteau envoyé depuis les gradins !

Quand il perdait deux kilos, Gazza perdait en puissance. Il n'arrivait pas à se débarrasser des défenseurs de la même façon

Paul Gascoigne, dont le formidable bagage technique n'avait d'égal que le faible pour les barres chocolatées, choisit la même réponse que Sumo *en 1998. Mais *Gazza alla encore plus loin : non content de croquer dans le petit cadeau envoyé par les supporters adverses, il garda le reste dans son short pour s'en régaler plus tard. "Quand il perdait deux kilos, Gazza perdait en puissance. Il n'arrivait pas à se débarrasser des défenseurs de la même façon", expliquait un autre footballeur à tendance gloutonne, Neil Ruddock. Un jour, incapable de rentrer dans le short floqué à son numéro, il lança : "Celui qui le portait avant moi, il devait être taillé comme Kylie Minogue !".

La vengeance est un plat...
"Qui ça ? Ce petit gros, il ne pourra pas me mettre un seul but." Idole de Boca Juniors, le légendaire gardien argentin Hugo Gatti aurait mieux fait d'y réfléchir à deux fois avant de prononcer cette phrase en prévision d'un match contre Argentinos Juniors en 1980. A qui était destinée la pique du filiforme portier boquense ? A un certain Diego Maradona, prometteur numéro dix du club de La Paternal, un quartier de Buenos Aires. Le futur Pibe de Oro répondra sur le terrain le dimanche suivant en claquant quatre buts dans le stade de Vélez Sarsfield. Ce jour-là, les *Xeneizes *s'inclinèrent 5:2.

Pour le légendaire Hongrois Ferenc Puskas, la vengeance est un plat qui se mange... chaud. Au cours de l'échauffement précédant un mach amical en 1953, il avait été la cible des moqueries de certains joueurs anglais. On ne connaîtra jamais l'identité des chambreurs, mais l'on imagine qu'ils se mordirent la langue devant la magnifique prestation de Puskas. Auteur d'un doublé et d'une passe décisive, il est le grand artisan de la victoire des visiteurs dans le mythique stade de Wembley.

La réponse de Ronaldo à ceux qui avaient douté de ses capacités avant la Coupe du Monde de la FIFA 2006 fut encore plus cinglante. Malgré quelques kilos superflus, le Fenomeno devint en Allemagne le meilleur buteur de l'histoire de la compétition...

Ça me fait rire quand on me surnommait 'Le Gros Beto', mais c'était mérité ! Je mangeais huit pizzas par semaine et je descendais six litres de soda...

Le cas Ronaldo nous conduit inévitablement à parler du dossier Gronaldo, surnom peu flatteur attribué à Jean-Claude Darcheville. Malgré un gabarit sans commune mesure avec la taille mannequin de la plupart de ses collègues, l'ancien Bordelais a claqué plus de 100 buts dans les championnats français, anglais et écossais. Sera-t-il capable de sauver Valenciennes de la relégation ?

"Huit pizzas par semaine"
L'Argentin Alberto Márcico, alias "Beto", était bien connu du championnat de France. Non seulement pour ses éclairs de génie sur les terrains de l'Hexagone, où il a brillé avec Toulouse, mais aussi pour ses prouesses répétées dans les pizzerias. "Ça me fait rire quand je me souviens qu'on me surnommait 'Le gros Beto', mais c'était mérité ! Je mangeais huit pizzas par semaine. En plus, je descendais six litres de soda par jour, mais j'avais dû arrêter car ça m'avait provoqué des calculs rénaux", reconnaît le héros de l'élimination du Naples de Maradona lors de la Coupe de l'UEFA 1986. Jacky Paillard faisait partie de ses coéquipiers au Téfécé. Il n'y va pas par quatre chemins pour décrire les qualités de ce talentueux milieu de terrain : "Sans ses blessures, il aurait pu être Maradona. C'est vrai qu'il mangeait beaucoup et que notre entraîneur essayait de le contrôler, mais il était tellement performant sur le terrain qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait !".

Le Colombien *Iván René Valenciano *n'était pas, lui non plus, homme à se serrer la ceinture. Meilleur buteur dans son pays à trois reprises et présent à la Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994, le Bombardero savait utiliser son excellente frappe et sa silhouette pour le moins atypique : "Avec dix kilos en trop, j'ai mis 218 buts. Pas mal, non ? J'ai toujours été dingue des pizzas et des hamburgers, mais maintenant, je me surveille un peu plus. Sinon, je ferais 200 kilos !".

Avec dix kilos en trop, j'ai mis 218 buts. Pas mal, non ? J'ai toujours été dingue des pizzas et des hamburgers...

Parmi les boulimiques du but et de la table dans les années 1990, citons les Argentins Antonio Mohamed et Omar Asad, lequel est entré dans la légende en marquant pour Vélez Sarsfield contre l'AC Milan en finale de la Coupe Intercontinentale 1994. Toujours en Argentine, comment ne pas citer Cristian Fabbiani ? A tous ceux qui stigmatisent ses 102 kilos, El Ogro (l'ogre), récent renfort de River Plate, répond par ses buts et ses mignardises techniques typiquement sud-américaines. "Mon fils n'est pas gros, il a toujours été baraqué ! Ils veulent me le mettre au régime ? Ce n'est pas une bonne idée. Qu'ils le laissent donc manger et il continuera à mettre des buts", assure sa mère Mirtha, cuisinière de son état...

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